Monténégro : un « Tribunal des femmes » pour l’ancienne Yougoslavie. Les crimes de guerre fait aux femmes

mardi 29 novembre 2011
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Le Courrier des Balkans

Monténégro : un « Tribunal des femmes » pour l’ancienne Yougoslavie

Par notre correspondant

Mise en ligne : lundi 28 novembre 2011

Lancée en 1992, l’initiative citoyenne des tribunaux de femmes a pour objectif de développer une justice pacifique, solidaire et équitable. Dans l’espace post-yougoslave, des associations féministes se sont rassemblées pour créer un Tribunal des femmes de la région, qui devrait voir le jour d’ici 2013.
Ljupka Kovačević, directrice du Centre pour les études féminines de Kotor raconte la genèse de ce projet original et ambitieux.

Par Mustafa Canka / traduit par Persa Aligrudić

Les organisations féminines de la région ont lancé une initiative dans le but de fonder un Tribunal des femmes. Ainsi, les femmes des territoires de l’ancienne Yougoslavie témoigneront, non seulement des expériences tragiques survenues au cours de la dernière guerre, mais elles parleront aussi de tout le contexte extrêmement mauvais pour le « beau sexe » dans la région.

Cette initiative résulte d’une collaboration entre plusieurs organisations féminines des anciennes républiques de Yougoslavie. Le but de ce tribunal des femmes est de créer de nouveaux concepts de justice et de paix, expliquent les responsables du Centre pour les études féminines de Kotor.

« Un tribunal symbolique »

La directrice de cette organisation, Ljupka Kovačević, constate que pendant les dernières guerres les femmes ont été les plus grandes victimes, et qu’elles le sont encore dans la transition actuelle.

« L’initiative a pris forme lorsque les femmes ont vu qu’il y a d’autres alternatives pour parvenir à la justice, c’est à dire lorsqu’elles ont compris que la justice institutionnelle n’avait, jusqu’à présent, jamais satisfait la justice. La deuxième raison de cette initiative est que le problème des femmes en tant que victimes de guerre n’a jamais été traité.

« Il s’agit surtout d’un tribunal symbolique, un événement quotidien. Après cela, d’autres initiatives seront lancées, différemment selon les pays.

Cela signifie qu’il y aura une pression sur l’État, sur tous les États, sur leurs autorités afin que certaines questions soient obligatoirement prises en considération. Il s’agit de dire la vérité de ce qui arrive aux femmes. Par conséquent, c’est un discours individuel avec un contexte particulier », précise-t-elle.

Avec ce tribunal des femmes, il sera possible d’adresser des informations sur les violations des droits de la personne au niveau national, régional et international, selon une approche féministe de la justice.

Les exemples existants établissant les tribunaux de femmes dans le monde sont un modèle sur la manière dont on peut, en unissant les forces, le savoir et l’expérience, créer un espace pour les femmes et chercher de nouvelles voies pour parvenir à la justice qui rendra la dignité aux femmes.

Les tribunaux des femmes, qui apparaissent au sein de la société civile et des mouvements sociaux, offrent la possibilité aux femmes, non seulement de témoigner de leurs expériences d’injustice au quotidien, mais aussi de créer des nouvelles conceptions de justice et de paix.
Les crimes contre les femmes reconnus par le TPI

Ljupka Kovačević ajoute que depuis la mise en œuvre de cette initiative, les violations pendant les guerres, la prostitution forcée, les grossesses forcées et l’enfermement des femmes pour en abuser sont considérés comme des crimes. « Pour la première fois, ces quatre types de crimes ont été reconnus comme crimes de guerre à La Haye et jugées comme tels. Jusqu’à présent, il n’y avait pas de crimes de guerre liés aux femmes. »

Il est important pour le tribunal des femmes d’établir les faits, mais encore plus le contexte dans lequel les crimes ont été commis pour que la guerre ne se renouvelle pas. « C’est très compliqué, personne n’aime cela, personne ne le veut. On ne le veut ni dans nos pays, ni à l’étranger. Personne ne désire parler du passé, surtout pas discuter du sort qu’ont subi les femmes pendant la guerre et de ce qu’il faut faire pour que les choses changent », poursuit Ljupka Kovačević.

« Les tribunaux des femmes sont un lieu pour faire entendre leurs voix, les entendre témoigner, mais aussi pour assumer la responsabilité de la justice, créer un modèle féministe de la justice, stimuler l’étique féministe de responsabilité et de souci, consolider un réseau de solidarité et une construction commune d’une paix équitable ».

Outre le Centre de Kotor, des organisations similaires de Serbie, de Bosnie et Herzégovine, de Croatie, du Kosovo et de Macédoine participent à ce projet, et Ljupka Kovačević espère que leurs collègues de Slovénie les rejoindront sous peu.

Ces tribunaux de femmes existent dans le monde depuis 1992 et près de 40 affaires y ont déjà été jugées. Le jury est composé de femmes et d’hommes. Les tribunaux ne prononcent pas de verdict ,mais décident d’apporter des condamnations publiques.

De la sorte, ces décisions exercent une pression sur les institutions publiques et la conscience des gens. Selon Ljupka Kovačević, un tribunal des femmes dans l’espace de l’ancienne Yougoslavie pourrait commencer son activité en 2013.


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