Mort de Ben Bella, héros de l’indépendance algérienne et Ahmed Ben Bella, l’Algérie et l’autogestion.

dimanche 15 avril 2012
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Source : Le Monde

Mort de Ben Bella, héros de l’indépendance algérienne.

Le Monde.fr | 11.04.2012

Par Isabelle Mandraud (avec Georges Marion)

Etrange destinée. Ahmed Ben Bella, 96 ans, ne verra pas son pays, l’Algérie, célébrer, le 5 juillet, le cinquantième anniversaire de son indépendance, tout comme il n’a pas vécu les combats pour y parvenir.

C’est dans les prisons françaises que le premier président de l’Algérie indépendante a suivi la guerre de 1956 à 1962 - raison pour laquelle, sans doute, il eut la vie sauve, quand tant d’autres de ses camarades périrent.

C’est à Alger, où il s’est éteint, que cette figure historique séjournait dans une quasi-indifférence depuis 1990 après un retour triomphal en 1962 suivi d’années d’exil. Ben Bella ?

Les jeunes Algériens ont oublié. La faute, en partie, aux manuels scolaires qui avaient gommé sa trace jusque dans les années 2000.

Fils de petits paysans marocains ayant émigré, Ben Bella est né dans la commune algérienne de Maghnia, près de Tlemcen, à un jet de pierres de la frontière avec le Maroc. Etait-ce en 1916 ou en 1914 ? L’Etat civil n’étant alors pas très pointilleux sur les naissances des indigènes, le doute subsiste.

Mais puisqu’il faut bien décider d’une date, l’historiographie du personnage retiendra 1916. A l’âge de 21 ans donc, après des études secondaires à Tlemcen écourtées, il effectue son service militaire dans le 141e régiment d’infanterie alpine à Marseille. Passionné de football, il y fréquente même l’Olympique de Marseille.

Démobilisé, il rempile en 1943, après l’occupation de l’Afrique du Nord par les alliés lorsque se forma la future armée d’Italie, et rejoint le 5e régiment des tirailleurs marocains. La conduite héroïque de l’adjudant Ben Bella, et sa détermination dans la bataille de Monte Cassino - au cours de laquelle il sauve la vie de son capitaine Offel de Villaucourt -, lui valent d’être quatre fois cité et décoré de la Médaille militaire. Une distinction accrochée sur sa vareuse par le général de Gaulle en personne, ce qu’il ne manquera jamais de rappeler avec coquetterie à ses hôtes français.

Dernier en date : François Hollande. En décembre 2010, le candidat socialiste à l’élection présidentielle avait rendu visite à l’ancien dirigeant algérien dans sa ravissante demeure du Paradou, dans le quartier de Hydra, sur les hauteurs d’Alger. Affaibli mais droit comme un i, Ben Bella avait fait faire à son invité le tour de son bureau sur les murs duquel des dizaines de photos noir et blanc, dont celles du Che, étaient accrochées. "Comme tous ceux qui venaient s’entraîner aux armes, M. Mandela venait manger le couscous tous les vendredi à la maison", avait-il glissé avec fierté.

Comme pour bon nombre d’Algériens, l’engagement de "Si Ahmed" dans le militantisme actif pour l’indépendance débute en 1945. Le 8 mai, tandis que la France en liesse célèbre l’armistice, les manifestations de Sétif et Guelma, en Algérie, auxquelles s’étaient mêlés des nationalistes algériens, dégénèrent en émeutes après le tir sur la foule de policiers français. Des centaines d’Européens furent massacrés, entraînant une répression féroce de l’armée qui fit plusieurs milliers de morts.

Ben Bella devient alors responsable local du Parti du peuple algérien (PPA), puis du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) qui lui succède.

Elu conseiller municipal dans son village natal, il finit peu à peu par acquérir l’étiquette de "très dangereux" des agitateurs les plus recherchés de la police française. Militaire expérimenté, il intègre l’organisation spéciale (OS) chargée de récolter des fonds et des armes, le bras armé du MLTD.

En mai 1950, il est arrêté pour avoir préparé et participé à l’attaque de la Grande Poste d’Oran, qui rapporte à l’organisation un butin de 3,17 millions de francs.

Deux ans plus tard, il s’évade de la prison de Blida et parvient à gagner Le Caire, en Egypte, où se sont installés quelques-uns de ceux qui lanceront l’insurrection, le 1er novembre 1954, contre la puissance coloniale.

Jusqu’ici, Ben Bella reste cependant un inconnu.

Tout change le 22 octobre 1956. Ce jour-là, parti de Rabat, au Maroc, en compagnie de quatre autres dirigeants de la révolution algérienne, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït-Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf, à bord d’un avion affrété par le sultan du Maroc pour se rendre à Tunis, Ben Bella est arrêté.

Et de quelle manière !
Bien que volant dans l’espace international, l’avion est intercepté par la chasse française et contraint de se poser à Alger, où la DST attend les passagers. L’image des cinq hommes, menottés, sur le tarmac après ce qui apparaît comme le premier détournement de l’histoire aérienne, fera le tour du monde, soulevant une formidable émotion. Le socialiste Alain Savary, secrétaire d’Etat aux affaires marocaines et tunisiennes, qui n’avait pas été tenu au courant, démissionne.

La presse relate abondamment l’épisode et retient surtout le nom d’un homme. Subitement, selon la formule de Jean Lacouture, "l’insurrection algérienne avait un nom, peut-être une tête" : Ben Bella.
Dès lors, du fond de sa cellule, il gère les règlements de compte internes au FLN, devient un enjeu dans les négociations secrètes que mène le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et le général de Gaulle. Au point que ce dernier évoque de lui-même le leader du FLN lors d’une conférence de presse, bien qu’aucune question ne lui avait été posée à son sujet : "quelqu’un, je crois, m’a demandé des nouvelles de Ben Bella..."

Sitôt les accords d’Evian signés, le 18 mars 1962, suivis, le lendemain, d’un cessez-le-feu, le prisonnier est libéré. Mais les dissensions internes au FLN empirent, et l’imprévisible, l’ingérable, Ben Bella, y prend sa part.

A peine sorti de prison, il appelle à la mobilisation de quelque 100 000 soldats pour aller combattre Israël, au grand dam du GPRA dont il remet en cause, en s’opposant vertement à son chef de file Mohamed Boudiaf, la légitimité.

Le combat fut bref. Fort de son alliance avec le chef de l’armée de l’ouest, Houari Boumédiène, il entre triomphalement à Alger en août 1962.

En s’appuyant sur cette armée, qui deviendra un acteur central de la vie politique algérienne, Ben Bella concentre alors dans ses mains tous les pouvoirs : président de la République, secrétaire général du FLN, ministre de l’intérieur, des affaires étrangères...

Il lance une réforme agraire qu’il promet "totale", nationalise à tour de bras le commerce et l’industrie, allant jusqu’à inaugurer lui-même une coopérative de teinturerie, et prône, sur les conseils du trotskiste Michel Pablo (de son vrai nom Michalis Raptis), l’autogestion.

Réformes plus ou moins heureuses pour l’économie balbutiante d’une toute jeune nation qui en paie parfois encore le prix. "C’est un homme qui ne réfléchit qu’avec ses oreilles", disait de lui, non sans cruauté, l’un de ses anciens ministres.

Profondément croyant sans être dévot - il a tenté, par un décret, d’interdire l’alcool en Algérie -, Ben Bella entend marier socialisme et islamisme. "L’islam est profondément socialiste, il condamne l’usure, déclare-t-il à la télévision française en 1963. L’islam nous aide à pratiquer le socialisme, il n’y a aucune contradiction." Mais sa gestion est aussi entachée par la répression de l’insurrection kabyle et les féroces représailles contre les harkis.

Deux ans à peine après sa nomination à la présidence de la République, il est renversé, le 19 juin 1965, par son ancien complice devenu rival, le ministre de la défense devenu vice premier ministre, Houari Boumédiène.

Jeté en prison, Ben Bella y restera plus de douze ans, sans jamais être jugé, puis placé en résidence surveillée, une période pendant laquelle il épouse Zohra Semalli.

Le couple adoptera par la suite trois enfants, deux filles et un garçon. Ce n’est que le 30 octobre que Chadli Benjedid, troisième président de l’Algérie indépendante, le gracie. Ben Bella s’exile alors en Suisse - comme Hocine Aït-Ahmed -, dont il ne reviendra que dix ans plus tard, lorsque l’Algérie connaît une brève période d’ouverture.

Ben Bella s’est déjà engouffré dans la brèche, en fondant un parti politique, le Mouvement pour la démocratie en Algérie, pour défendre son nouveau cheval de bataille, l’écologie. Mais le souffle n’y est plus. En dépit de sa gloire passée, Ben Bella, isolé et impuissant, voit son pays basculer dans une horrible guerre civile.

Partisan d’une réconciliation nationale - il participe à la réunion, à Rome, sous l’égide de l’organisation catholique Sant’Egidio, des principaux partis algériens, dont le Front islamique de salut pour tenter, sans succès, de trouver une issue -, il se réconcilie lui-même avec l’actuel président Abdelaziz Bouteflika en s’affichant à plusieurs reprises à ses côtés.

En 2007, Ben Bella est nommé président du groupe des sages de l’Union africaine. Le "zaïm", le sage, est pourtant encore capable de griffer. Ses récentes déclarations dans la presse, notamment sur son ancien camarade de guerre, Hocine Aït-Ahmed, "plus Kabyle qu’Algérien", feront scandale.

Isabelle Mandraud (avec Georges Marion)


Source : l’association pour l’autogestion

Ahmed Ben Bella, l’Algérie et l’autogestion.

Par Robi Morder, publié le 13 avril 2012

Ahmed Ben Bella, premier président de la jeune république algérienne, est mort le 11 avril 2012 à Alger.

C’est sous sa présidence que sont promues des expériences autogestionnaires avec notamment les « décrets de mars 1963 ». dans lesquels on reconnaît les apports de Michel Raptis (Pablo) et du révolutionnaire algérien Mohamed Harbi.

Comme le notent dans Le Monde du 12 avril Isabelle Mandraud avec Georges Marion : « En s’appuyant sur l’armée, qui devient un acteur central de la vie politique algérienne, Ben Bella concentre alors dans ses mains tous les pouvoirs : président de la République, secrétaire général du FLN, ministre de l’intérieur, des affaires étrangères…

Il lance une réforme agraire qu’il promet « totale », nationalise à tour de bras le commerce et l’industrie, allant jusqu’à inaugurer lui-même une coopérative de teinturerie, et prône, sur les conseils du trotskiste Michel Pablo (de son vrai nom Michalis Raptis), l’autogestion ».

C’est sous sa présidence qu’est adoptée en 1964 la « Charte d’Alger  ».

Jouant sur un registre bonapartiste entre les factions et les clans, ses hésitations amènent à l’affaiblissement de sa position alors que la nouvelle bureaucratie et l’armée renforcent les leurs.

Ecrivant un an après les décrets de mars un article (« L’autogestion en Algérie »), le rédacteur de Sous le drapeau du socialisme relève que « se crée à l’intérieur même de l’autogestion une couche bureaucratique ».

On le trouve dans les extraits que nous avons rendus publics sur notre site http://www.autogestion.asso.fr/wp-content/uploads/2011/09/autogestionalgerie.pdf. Le congrès des travailleurs de la terre de 1964 aussi a été « révélateur des ambiguïtés de Ben Bella, de ses volte-face.

On va assister dans la presse à des offensives tous azimuts des tenants du conservatisme et des étatistes.

Les socialistes autogestionnaires avaient en leur sein surtout des laïcs. Ils étaient accusés d’anti-arabisme, d’anti-islamisme et surtout d’athéisme.

La campagne commençait donc contre la gauche. Et comme Ben Bella considérait l’Islam comme le ciment normatif de la société, il s’est montré plus sensible aux pressions de ses amis qui instrumentalisaient la religion, qu’aux intérêts du monde ouvrier dont il se réclamait en catimini » rapporte Mustapha Benfodil dans son article « Mohamed Harbi et les « volte-face » de Ben Bella » (Tamurt.info du 26 mai 2011). Renversé par le coup d’Etat de Boumedienne, Ben Bella est emprisonné en 1965. Malgré une campagne pour sa libération et celle des autres emprisonnés Il ne sera libéré qu’en 1979. Mohamed Harbi et Hocine Zaouane, alors en résidence surveillée, arrivent à quitter leurs surveillants et l’Algérie en 1973. A Rome, ils expliquent leur position.
— 
Source : Tamurt.info

Mohamed Harbi et les « volte-face » de Ben Bella

Mustapha Benfodil

Convié à participer à ce colloque en hommage à Claudine Chaulet, l’éminent historien Mohamed Harbi choisit d’apporter son témoignage sur le congrès constitutif de la Fédération nationale des travailleurs de la terre (FNTT), qui a eu lieu en décembre 1964, et qui s’est trouvé au cœur d’une sournoise opération de remise en cause de la politique autogestionnaire.

26/05/2011 - par Mustapha Benfodil

Cet épisode se révélera, en outre, fortement symptomatique des luttes idéologiques qui tiraillaient la toute jeune République algérienne.

Dressant un état des lieux du mouvement syndical post-1962, Mohamed Harbi dira : « La guerre terminée, la recomposition du mouvement syndical va se faire dans une grande confusion ».

Et de souligner l’opacité qui caractérisait la préparation de ce fameux congrès de la FNTT. « Les non-syndiqués étaient admis à participer à la désignation des délégués. Par le truchement des cadres techniques et des employés du ministère de l’Agriculture, le ministre (Ahmed Mahsas, ndlr) faisait main basse sur la Fédération des travailleurs de la terre et pouvait s’assurer une majorité au congrès de l’UGTA », relève Harbi.

Le groupe favorable à l’autogestion contre-attaque. « Zerdani saisit la Commission d’orientation. Décision est prise de faire barrage à l’étatisation de l’autogestion et au projet de prise en main de l’UGTA.

On fait alors réunir tous les membres du Comité central qui se réclamaient plus ou moins d’une orientation de gauche, qui étaient tous partisans d’une Algérie laïque, et qui n’avaient pas accepté que l’enseignement coranique soit introduit dans l’école.

Nous étions pour une formule qui favorisait la diffusion de la civilisation musulmane en ce qu’elle avait de vivant, et non pas de la tradition morte. »

On prend dès lors la mesure des conflits idéologiques, comme nous le disions, qui faisaient rage entre les différents clans. « Nous avons décidé de déclencher une campagne d’information pour dénoncer les jeux de l’ombre. »

« Dès l’ouverture du congrès, le président Ben Bella apporte sa caution au ministre de l’Agriculture. Il s’adresse aux délégués et leur dit : je vous présente Mahsas qui a fait la prison avec moi. Il n’a de leçon à recevoir de personne. » Le climat s’envenime : « On s’appuie essentiellement sur les délégués (…) Ils étaient un peu effrayés parce que la veille du congrès, ils ont été placés dans un endroit particulier à Rocher Noir et surveillés par des cadres du ministère de l’Agriculture.

Ensuite, Boucharfa est venu avec un revolver à la main, au vu et au su de tout le monde, et les a menés au congrès.

Il y avait un décalage total entre le discours et les interventions des délégués et la commission qui va sortir du congrès. » A partir de là, s’engage un bras de fer entre le groupe de Hocine Zehouane et le clan rival qui se solde par un clash. « Ce congrès était révélateur des ambiguïtés de Ben Bella, de ses volte-face. On va assister dans la presse à des offensives tous azimuts des tenants du conservatisme et des étatistes. Les socialistes autogestionnaires avaient en leur sein surtout des laïcs.

Ils étaient accusés d’anti-arabisme, d’anti-islamisme et surtout d’athéisme. La campagne commençait donc contre la gauche. Et comme Ben Bella considérait l’Islam comme le ciment normatif de la société, il s’est montré plus sensible aux pressions de ses amis qui instrumentalisaient la religion, qu’aux intérêts du monde ouvrier dont il se réclamait en catimini.

Le résultat, on le connaît… », conclut Harbi. Au cours du débat, l’historien précisera : « Il faut savoir que l’occupation spontanée des terres après l’indépendance est un mythe. Les gens s’appropriaient ces terres comme un butin. Des moudjahidine ont expulsé les ouvriers agricoles originels.

A Skikda par exemple, on a découvert que tous les ouvriers agricoles ont été expulsés de la plaine et les tribus s’en sont emparées. J’ai dit à Ben Bella que la formule n’était pas viable, et que si on veut que le pays ne soit pas en proie à des entités tribales, il fallait créer des coopératives avec de petites parcelles, mais Mahsas a refusé cette formule. »

Mustapha Benfodil

Un petit aperçu de la vie de Ben Bella en vidéos. http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article1403


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