L’opposition égyptienne en route vers le palais présidentiel

mardi 4 décembre 2012
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : La Presse.ca
Publié le 04 décembre 2012

L’opposition égyptienne en route vers le palais présidentiel

Plusieurs groupes et partis d’opposition ont appelé les Égyptiens à se rassembler à travers la capitale puis à se diriger « pacifiquement » en fin d’après-midi vers le palais d’Al-Ittihadiya à Héliopolis, en banlieue du Caire, pour cette manifestation dite du « dernier avertissement ».

John Davison et Inès BEL AïBA

Agence France-Presse
Le Caire

L’opposition égyptienne marchait mardi sur le palais présidentiel pour protester contre les nouveaux pouvoirs du président Mohamed Morsi, qu’elle qualifie de « dictatoriaux », et contre un projet de Constitution devant être soumis à référendum dans moins de 15 jours.

Des milliers de personnes ont traversé Le Caire et convergeaient en fin d’après-midi vers le palais d’Al-Ittihadiya à Héliopolis, dans la banlieue de la capitale, pour cette manifestation dite du « dernier avertissement ».

« Dégage ! Dégage ! », criaient à l’adresse du président Morsi des manifestants, dont certains arboraient un autocollant disant : « La Constitution des Frères musulmans est illégitime ».

« Le peuple veut la chute du régime », scandaient d’autres, le slogan phare de la révolte qui a renversé Hosni Moubarak début 2011.
Beaucoup agitaient des drapeaux égyptiens en accusant les Frères musulmans, dont M. Morsi est issu, d’avoir « vendu la révolution ».

« Je ne vais pas voter (au référendum). Morsi et la commission constituante sont illégitimes », a dit à l’AFP Mohamed, un manifestant.
Plusieurs groupes et partis d’opposition avaient appelé les Égyptiens à marcher « pacifiquement » sur le palais, dont les jeunes du 6-Avril, qui avaient contribué à lancer le soulèvement de l’an dernier, et le parti de la Constitution du Nobel de la paix Mohamed ElBaradei.

La sécurité a été renforcée autour du palais avec l’envoi de policiers anti-émeute. Certains commerces et écoles ont prévu de fermer plus tôt.

L’Égypte vit une profonde crise politique qui divise le pays depuis le décret du 22 novembre, par lequel M. Morsi, premier président islamiste du pays, a considérablement élargi ses pouvoirs. Il a notamment mis ses décisions et la commission chargée de rédiger la future Constitution à l’abri de tout recours en justice.

Opposants et partisans de M. Morsi ont manifesté en masse après le décret, et l’annonce par le président de la tenue d’un référendum sur le projet de Constitution le 15 décembre a creusé le fossé entre les deux camps.

Le chef de l’État assure que son décret est « temporaire » et vise à accélérer les réformes démocratiques. L’opposition, elle, estime qu’il s’est arrogé des pouvoirs « dictatoriaux » et exige qu’il annule son décret et le référendum.

Mais les autorités ont campé sur leur position et les Égyptiens de l’étranger sont appelés à voter à partir de samedi 8 décembre.
Le projet de loi fondamentale, adopté en toute hâte par une instance dominée par les islamistes, est accusé de ne pas protéger certains droits fondamentaux, dont la liberté d’expression, et d’ouvrir la porte à une application plus stricte de la loi islamique.

Mardi, l’opposant et ancien patron de la Ligue arabe Amr Moussa, qui s’est retiré de la commission constituante, a dit à la presse que le texte ne contenait pas les libertés qui devraient être garanties au XXIe siècle.

« Le document doit être quelque chose qui rend la vie plus facile pour les Égyptiens (...), pas quelque chose qui requiert des interprétations difficiles, qui fait peur aux gens. Nous sommes au XXIe siècle », a-t-il déclaré.

« L’Égypte va-t-elle accepter qu’un groupe impose sa Constitution ? », s’est interrogé de son côté l’analyste politique Hassan Nafaa.

Pour protester « contre la tyrannie » et contre les articles concernant la presse et les libertés dans le projet de Constitution, plusieurs quotidiens indépendants et d’opposition ont décidé de ne pas paraître mardi. Des chaînes privées doivent rejoindre le mouvement de protestation mercredi.

Le pouvoir judiciaire, à qui le président a interdit de contester ses décisions, est aussi divisé que le pays.

Le Conseil supérieur de la justice a décidé lundi de déléguer des magistrats pour superviser le référendum malgré l’appel au boycottage de plusieurs juges, ouvrant la voie à la tenue du scrutin. Les élections doivent en effet être placées sous supervision judiciaire en Égypte.

Le Club des juges, un syndicat professionnel représentant des magistrats à travers le pays, avait annoncé dimanche qu’il boycotterait le référendum convoqué par M. Morsi. Et la Haute cour constitutionnelle a rejoint la Cour de cassation et d’autres tribunaux du pays dans une grève illimitée pour dénoncer les « pressions » du camp islamiste.

Selon des experts, la décision du Conseil supérieur de la justice n’est pas contraignante, mais elle signifie que des juges sont prêts à superviser le référendum.


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