Québec :Les parents face à l’école - Des clients ou des citoyens ?

dimanche 10 février 2013
par  onvaulxmieuxqueca
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Nous mettons en ligne cet article, sans partager forcement l’ensemble de cet écrit. Mais cet article nous semble encore plus intéressant au vu des parallèles possibles entre la société du Québec et la nôtre.


Source : le Devoir Libre de penser

Les parents face à l’école - Des clients ou des citoyens ?

9 février 2013 | Marie-Andrée Chouinard
Éducation

Les parents ont souvent des considérations basées sur la performance de leur propre enfant.

Face à l’école, les parents pourraient-ils être un peu moins « clients » et un peu plus « citoyens » ?

Réagissant avec force au phénomène en vogue des « parents-rois » tentés de régir l’école au nom d’un certain chacun pour soi, l’ancien directeur d’école - au public comme au privé - Marc St-Pierre pose la question, quitte à lancer un pavé dans la mare.

« À force de vouloir compulsivement répondre aux désirs de tout le monde, l’école est de moins en moins une institution régie par le droit et la recherche du bien commun », explique celui qui a été enseignant, mais aussi directeur adjoint de commission scolaire. « Elle devient un service qui se monnaye et se consomme à la carte. Chacun en veut plus pour son argent.

L’école devient le terrain de jeux des faiseurs d’opinions et, pour peu qu’on sache quoi promettre pour la mettre au goût du jour, elle devient électoralement intéressante.

Et pourtant, ce n’est pas sa capacité d’être superficiellement au goût du jour qui peut assurer sa réussite durable, non plus qu’améliorer sa contribution à l’édification d’une société plus juste et équitable. »

Ce constat pousse donc ce père de cinq enfants maintenant retraité à rêver d’un monde où le parent client s’effacerait au profit du parent citoyen.

« Les parents devraient s’élever un peu au-dessus de considérations trop collées sur la performance de leur propre enfant pour penser davantage à la recherche du bien commun », explique-t-il en entrevue, précisant que soumettre les profils scolaires aux diktats du marché n’a servi qu’à accentuer les inégalités sociales.

« La division des tâches, des rôles et des responsabilités entre l’école et la maison a toujours existé. Malheureusement, cette division n’a jamais été moins consensuelle qu’aujourd’hui. »

Ce qui mène à la confusion des genres que l’on sait : parents exigeants, performants, pas contents, intransigeants. Enseignants dérangés, excédés, méprisés.

« L’école a besoin des parents pour se faire au quotidien.
Mais elle a besoin également que les parents s’élèvent un temps au-dessus de la mêlée et revêtent leurs habits de citoyens pour contribuer de façon solidaire à l’avènement d’une École publique responsable, équitable et communautaire, au service de tous les enfants », écrit dans un texte soumis au Devoir Marc St-Pierre, qui à ses heures a aussi été membre du Conseil supérieur de l’éducation.

Le parent client, depuis quand ?

Elle est bien loin cette époque où la parole du maître d’école était d’or. Où la maîtresse du village, bien connue de la famille longtemps avant que la lignée de bambins de la maisonnée aille chauffer les bancs de sa classe, méritait tout le respect lié à sa fonction.

« C’est toute la famille qui a beaucoup changé depuis cette époque », explique Renée B. Dandurand, anthropologue et philosophe, professeure honoraire à l’INRS au Centre urbanisation, culture et société.

« Aujourd’hui, on a moins d’enfants, et ce plus petit nombre a un grand impact sur leur place dans la famille. Ils reçoivent beaucoup d’attention de la part des parents ; le choc d’une classe où ils partagent le prof avec une vingtaine d’enfants, c’est immense. »

Par-dessus tout, les mentalités ont subi une métamorphose complète. « On parle souvent de société individualiste, mais moi, j’aime mieux dire que c’est le souci de soi ou le narcissisme qui guide les conduites. Souvent, l’enfant est un autre soi-même pour le parent », ajoute Mme Dandurand.

On comprend mieux tous les efforts qui seront déployés pour que le minisouverain soit traité aux petits soins par l’école… « La loi d’obligation scolaire date de 1943. C’est dire qu’il n’y a pas si longtemps encore, l’enfant était considéré par sa famille comme de la main-d’oeuvre sur la terre et un bâton de vieillesse.

Aujourd’hui, l’enfant est devenu un être sans prix, un être unique », poursuit la professeure de l’INRS.

La course aux minutes

S’ajoutent à ces effets sociologiques des changements qui influent aussi sur la dynamique entre les parents et l’école : comme le fait que les gens soient de plus en plus instruits, ce qui a considérablement amoindri la vénération pour le maître.

Que les familles soient désormais à géométrie variable, ce qui constitue un défi de taille pour les enseignants.

Que les enfants ne soient plus élevés à l’obéissance, mais plutôt plongés tout petits dans le grand bain de l’autonomie, avec comme effet que l’autorité n’agit plus sur eux comme elle agissait auparavant sur les cohortes d’élèves.

Que les parents, dans cette optique de prolongement de soi de passage à l’école, sentent une nécessité d’intervenir de laquelle ils ne peuvent se passer.

Pas si étonnant qu’on en soit là compte tenu du mince espace-temps réservé désormais au temps de qualité passé en famille. « Le temps manque aux parents ! »

Le psychologue et ex-député du Parti québécois Camil Bouchard n’a pas remisé son intérêt vif pour la famille québécoise et son rapport avec les enfants.

Depuis la publication d’Un Québec fou de ses enfants, en 1991, il observe que deux tares enferment les parents dans une course vouée à l’échec.

« L’endettement, et le manque de temps », explique-t-il, soulignant le caractère inquiétant d’un taux d’endettement au Québec de 158 $ pour 100 $ disponibles après impôts et taxes payés.

« Pour compenser le manque de temps, on consomme, et on s’endette. Pour sortir de l’endettement, on travaille », dit M. Bouchard, père de trois et désormais grand-père de trois.

« Ça fait des familles qui croient moins à l’effort collectif qu’on doit consentir pour avoir une meilleure vie de famille. »

Des familles qui ne s’attardent plus à la richesse extrême que constitue un réseau de services de garde comme celui que le Québec a bâti ou un congé parental somme toute très généreux lorsqu’on se compare. Camil Bouchard rêve d’aller encore plus loin.

« Il faudrait inventer une fiscalité pour les jeunes familles, une fiscalité qui encouragerait l’épargne. Et puis, on devrait élargir le congé parental [de 52 semaines actuellement, concentré sur la première année de vie de l’enfant] et ajouter huit semaines qui pourraient être utilisées sur les douze premières années de vie de l’enfant. »

Une poussée de fièvre du petiot par un beau lundi matin ? Une rencontre sollicitée par un prof à 15 h un mercredi ? Vive cette banque de congés parentaux dans lequel le travailleur-parent pourrait piger.

Rapport triangulaire

Tout cela pour soutenir le bien-être et le développement de l’enfant, deux objectifs communs à la fois à l’école et la famille.

« L’idée selon laquelle l’enfant a besoin non seulement de son parent, mais de son prof aussi pour que son développement soit maximal est une idée maîtresse, pourtant complètement absente des discours entourant l’école et la famille », déplore Camil Bouchard.

« Ça sert au développement, au bien-être, à la persévérance scolaire aussi. Quand le triangle est solide, on ne peut souhaiter mieux pour l’enfant.

Mais dès qu’un côté s’effrite, entre le prof et le parent, ou entre le prof et l’élève, tout est remis en question. Tant qu’on n’aura pas compris cela, ni aménagé l’horaire, des parents et des profs, pour permettre à ce triangle d’exister, on n’y arrivera pas. »

***

Composition des familles canadiennes et québécoises

9 389 700 familles ont été dénombrées au Canada selon le recensement de 2011, en hausse de 5,5 % par rapport à 2006.

12,8 % d’entre elles étaient monoparentales dirigées par une femme.

51,9 % des familles de recensement étaient formées de couples mariés en 2011 au Québec, tandis que 31,5 % étaient composées de partenaires en union libre et 16,6 %, de familles monoparentales.

Les enfants

Pourcentage de la population que représentent les 0 à 14 ans au Québec en 2011 : 15,9 %

Moyenne canadienne : 16,7 %

Types de ménages

3 395 345 ménages sont recensés en 2011 au Québec. Parmi ces ménages, 23,9 % étaient composés de couples avec enfants âgés de 24 ans et moins vivant au domicile familial, une variation en pourcentage de - 0,9 % par rapport à cinq années plus tôt.

Temps de travail

36,4 heures ont été consacrées au travail en 2011 en moyenne par les Canadiens. En 1976, ils en consacraient 38.

Utilisation d’Internet

91,3 % C’est le taux d’utilisation d’Internet dans un ménage avec enfants de moins de 18 ans au Québec. Il chute à 71,7 % quand il n’y a pas d’enfants.

Sources : Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec.


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