Vaulx-en-Velin : Intervention au Conseil Municipal du 9 Octobre 2013 sur les Rroms

mercredi 30 octobre 2013
par  onvaulxmieuxqueca
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Dominique VIGNON conseillé municipal Front De Gauche de Vaulx-en-Velin.

INTERVENTION Conseil Municipal DU 9 OCTOBRE 2013 SUR L’AIDE AU CAMP DES RROMS

Je voudrais apporter des précisions importantes sur certains points du débat difficile, soulevé à propos de la délibération qui nous est soumise. Je le ferai à la fois en tant que représentant de la majorité FDG, et comme témoin direct dans le camp avec les familles, des évènements qui se sont produits à partir de l’incendie du 15 Aout.

Je veux d’abord souligner que les 1300 euros que le Secours Populaire va recevoir, ont permis de faire face pendant le week end du 15 Aout, sur 4 jours, aux besoins les plus urgents des 150 personnes au moins touchées par l’incendie, et qui se trouvaient dans les cendres de leurs cabanes, absolument sans rien, avec des bébés de moins de 15 jours, et sans aucune présence des pouvoirs publics, ni même des associations, des partis politiques, dans un dénuement totalement inhumain.

Un tout petit groupe a assuré une aide d’extrême urgence en distribuant de l’eau potable, de la nourriture, des couches, des vêtements d’enfants, et en organisant une consultation bénévole d’un médecin pour les petits enfants.

Encore plus inhumaine a été l’expulsion qui a suivi, le 23 Aout. Elle a jeté plus de 300 personnes à la rue, dont un grand nombre d’enfants et des bébés de quelques semaines. Ces familles depuis, ont été systématiquement empêchées par la police de s’installer ailleurs, nous en sommes témoins, à Décines, Feyzin ou Villeurbanne.

Je dénonce aussi comme témoin direct les mensonges du préfet, qui a fait annoncer par les media que "les familles avec des enfants de moins de 3 ans" avaient été "relogées", alors que seules quelques familles avec des enfants de moins de 3 mois ont pu avoir quelques nuitées en hôtel F1, suite à une pression incessante des bénévoles et des professionnels présents, - je pense à Médecins du Monde et au directeur de la MDR de Vaulx-en-Velin qui a interpellé sa hiérarchie alors que rien n’avait été mis en place pour l’hébergement d’urgence. Ce mensonge honteux cache le non respect par le préfet de la circulaire du 26 Aout 2012, signée par 6 ministres, qui prévoit qu’en cas d’expulsion, des solutions d’hébergement d’urgence doivent être prévues.

Ce sont des hommes et des femmes comme nous, leurs enfants sont des enfants comme les nôtres, et on accepte qu’ils soient traités comme des ordures." Une politique qui laisse de côté une partie de la population est forcément vouée à la haine" disait l’abbé Pierre. Le vieux, lui, au moins, il nous a transmis sa capacité d’indignation...

Devant la situation créée par l’existence des camps, le discours dominant, sans cesse distillé par les média, est "qu’on ne peut rien faire", que le démantèlement des camps est inéluctable, face à l’exaspération des riverains etc... et que selon le ministre de l’intérieur, "les roms ont vocation à revenir en Roumanie et en Bulgarie" car - je cite - "il est illusoire de penser qu’on règlera le problème des populations rom uniquement à travers l’insertion".

Cette position va dans le sens de l’instrumentalisation systématique des difficultés vécues avec les minorités par le Front national.

Après l’instrumentalisation qui porte sur l’Islam de France, et non plus sur l’origine ethnique, avec une référence pervertie à la laïcité, c’est maintenant au tour de la minorité rom de subir le sort de bouc émissaire, sur un terrain bien préparé par le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010...

Or, de quoi s’agit-il objectivement, si l’on prend la mesure du problème ?

Il y a en France aujourd’hui 20.000 rroms, c’est à dire des immigrants d’origine roumaine, bulgare, et kosovare, en majorité, qui parlent le romani, ne sont pas pour la plupart, des nomades, et fuient la misère, l’exclusion, et la ségrégation scolaire. Ils viennent en France dans le cadre des accords européens sur la liberté de circulation et de travail, mais ne bénéficient pas de l’autorisation de travailler, à cause d’une exception demandée par la France, et qui aboutit évidemment à empêcher leur intégration.

La confusion est souvent entretenue avec les gens du voyage français, souvent nomades, et qui sont à peu près 200.000 en France. Dans l’agglomération lyonnaise, ces rroms migrants sans statut sont approximativement 2.000, et en nombre relativement stable, contrairement aux autres migrants et demandeurs d’asile. Donc 2000 sur 1,3 million ! Et on voudrait nous faire croire qu’ils posent un problème insoluble, qu’ils menacent le marché du travail ?

Si les 58 communes du grand Lyon acceptaient chacune de prendre en charge quelques familles, sur un terrain sans proximité immédiate avec des riverains, avec un minimum d’équipements comme des caravanes, l’eau, le ramassage des ordures, des sanitaires suffisants, un suivi médical préventif et curatif, une scolarisation des enfants, et surtout le droit à travailler dans des emplois correspondant à une faible qualification, avec un accompagnement associatif pour les démarches administratives en vue d’accéder progressivement au logement, le problème prendrait une dimension bien moins dramatisée et médiatisée.

Entre 1950 et 1970, la France a intégré 2 millions de travailleurs immigrés, et leurs familles, souvent passés par des bidonvilles, mais qui avaient le droit de travailler, et ont pu trouver leur place pour le plus grand nombre.

Ils ont apporté une contribution essentielle à la croissance de notre pays et à notre bien-être à tous en construisant à bas prix et au détriment de leur santé nos infrastructures.

Pourquoi aujourd’hui cibler 20. 000 personnes, c’est à dire au maximum 5.000 emplois déqualifiés et offerts à des volontaires pour des secteurs en pénurie d’emploi ?

Ils sont là, ils sont des hommes comme nous, et la différence culturelle n’est en aucun cas une raison pour affirmer leur soit disant" incapacité à s’intégrer" d’après M. Valls. Mais leur présence questionne notre repli, notre peur, notre consommation inutile.

Alors, que faire ? L’expérience nous apporte quelques pistes :

1 - Faire pression pour que le problème soit porté au niveau du Grand Lyon par l’ensemble des maires, avec des propositions limitées et réalistes à l’écoute des associations impliquées. C’est ce que demande notre équipe municipale depuis des mois, sans véritable succès, car à la demande de Bernard Genin, le préfet a convoqué le 18 Septembre une réunion de tous les maires, à laquelle sont venus seulement les maires les plus concernés des villes les plus défavorisées de l’agglomération ;

2 - Dénoncer les expulsions et le démantèlement des camps d’une dimension viable, en application de la circulaire du 26 Aout 2012, sachant que les expulsions ne font qu’aggraver la concentration et la désorganisation des camps existants, ce qui les rend effectivement inhumains.

C’était devenu le cas de celui de Vaulx sud à partir du moment où les expulsés de St Priest sont venus s’ajouter en Juin au 1er camp. Les expulsions ne font qu’aggraver la situation pour des familles encore plus démunies de tout, perdant leurs liens de solidarité, et souvent la possibilité de scolariser les enfants, seule issue vitale pour l’intégration.

3 - Faire pression pour que soit reconnu à partir du 1er Janvier 2014 le droit au travail.

4 - Assurer la scolarisation des enfants, ce qui est une obligation juridique très peu respectée . Le corps enseignant et de nombreux parents sont prêts à coopérer,

5 - Recueillir l’expérience des villes qui ont pris le risque de faire quelque chose, comme Indre sur Loire, dans la banlieue de Nantes, où le conseil municipal a choisi de mettre en jeu son mandat sur cette question devant la population.

Sur les 50 familles accueillies sur un terrain, en 3 ans, 5 ont pu s’intégrer complètement à la ville, et la municipalité a pu s’entendre avec d’autres villes pour que les 45 autres familles soient acceptées sur de petits camps lorsque l’entreprise propriétaire a demandé à récupérer son terrain.. En Seine St Denis, plusieurs villes ont commencé une démarche d’intégration travail-logement, et dans le Grand Lyon, le projet Andatu malgré ses limites, mériterait d’être analysé, évalué et étendu. Je ne prétends pas que ces expériences soient transférables intégralement, mais elles donnent à réfléchir.

6 - Faire pression pour que les fonds européens destinés à l’intégration des roms en Roumanie, Bulgarie, Kosovo, ne soient pas détournés.
Pour conclure, je me réjouis de voir avec mes amis du FDG tous unis, qu’on mène la bataille de "l’humain d’abord", de la démocratie, contre le F.N. et les idées noires avec lesquelles il contamine la société française.


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