Les jours heureux À Rennes, le programme 
du CNR fait salle comble

lundi 17 mars 2014
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : L’Humanité

Résistance

Les jours heureux À Rennes, le programme 
du CNR fait salle comble

Le film sur le programme du Conseil national de la Résistance, les Jours heureux, remporte 
un vif succès à Rennes. Plus de 
2 700 spectateurs se sont pressés au cinéma. Des centaines ont ensuite participé à des débats passionnés 
pour envisager des perspectives d’actions.

Rennes (Ille-et-Vilaine), envoyée spéciale. Raz-de-marée autour du film les Jours heureux à Rennes. Depuis deux mois, plus de 2 700 personnes se sont pressées au cinéma associatif l’Arvor pour regarder le long-métrage de Gilles Perret sur le Conseil national de la Résistance. Un succès de bouche à oreille qui a failli ne pas avoir lieu.

À sa sortie, le 6 novembre, le film n’était pas diffusé dans l’Ouest.

Sous l’impulsion de la CGT, un collectif s’est créé, avec la FSU, Solidaires, Attac, l’association Action et culture entreprise (ACE), puis l’Unef, pour exiger la projection de cette œuvre d’utilité publique.

«  L’Arvor n’était pas chaud, raconte François Astolfi, tout juste retraité de la CGT des affaires sociales et animateur des débats, mais il a finalement accepté.

Au début, ça a démarré doucement, puis nous avons dû refuser du monde !  »

Des militants, des citoyens concernés, mais aussi des petits patrons, des agriculteurs et le maire de Rennes sont venus jeter un œil.

En cette période tourmentée par la crise et plombée par l’inefficacité gouvernementale, le film fait l’effet d’une bouffée d’oxygène.
En 1944, les résistants n’avaient pas peur d’être utopistes.

Leurs idées ambitieuses, transcrites dans le bien nommé programme du CNR, les Jours heureux, ont bâti notre système social actuel : la sécurité sociale, les retraites par répartition, la liberté de la presse, la nationalisation des banques, de l’électricité…

Un rappel historique qui donne envie au spectateur de retrousser ses manches.

À l’issue de la projection du film, des centaines d’entre eux se sont déjà retrouvés à l’étage du cinéma pour débattre et trouver des perspectives d’action.

Annie s’assied avec son sac de courses.

Elle regarde sa montre : «  J’habite à 20 km de Rennes, je dois prendre le bus, je suis venue parce que j’en ai marre de la pensée unique.  »
Du film, elle retient le contraste saisissant entre la volonté de fer des résistants, Raymond Aubrac, Léon Landini, Stéphane Hessel…

Et la passivité de nombreux hommes politiques actuels.

À l’image du président de la République, qui affirme «  être au pouvoir pour pouvoir  », phrase qui a déclenché l’hilarité dans la salle.

Ou d’un François Bayrou agressif, pensant que défendre les valeurs du CNR, «  c’est aller droit dans le mur  ».

Un spectateur ulcéré, réagit : «  Les politiques sont assis sur une sorte de trône, ça me fait penser au livre, la Violence des riches des Pinçon-Charlot. Le pouvoir est muselé par le CAC 40, et nous, le peuple, n’avons plus la possibilité de nous exprimer.  »

Au fond de la salle, Astrid et Margot, seize ans, écoutent religieusement les interventions.

Alertée par un ami, la mère de Margot a pris sa fille sous le bras.

«  C’est vachement intéressant, constate timidement cette élève en première L à Tinténiac, petite ville à quelques encablures de Rennes. J’aimerais en discuter avec mes potes, mais je ne suis pas sûre que ça les intéresse. Il n’y a pas assez de débats à l’école.  » Aucune des deux lycéennes ne connaissait le programme du CNR.

Pour Jean-Pierre, 60 ans, retraité du service public, les Jours heureux ont «  une résonance particulièrement cruelle avec notre société. Les forces capitalistes ont gagné, elles ont réussi à tout marchandiser.

Notre service public est en train d’être cassé.

Nous n’avons plus de prise sur les choses, on a l’impression de n’être bon qu’à payer les factures.  » Jean-Pierre perçoit le film comme l’allumette pour allumer la mèche.

«  Parfois, les gens se raccrochent à quelque chose pour agir, c’est ce qui se passe ici  », se réjouit-il. Brigitte, sa femme, ajoute : «  Ça nous fait du bien de voir qu’on n’est pas tout seul.  »


L’alchimie a pris avec le public.

Depuis mi-novembre de multiples sujets ont agité les spectateurs :

Comment mettre en place une régie publique de l’eau ? Que faire pour lutter contre la finance ?… Loin des «  bonnets rouges  », l’enthousiasme inédit à Rennes autour du film traduit la soif de changement des Bretons.

Et une volonté de se faire entendre à l’approche des élections.

Gilles Perret, réalisateur du film, n’en revient pas. «  Ils ont fait du film un outil de réflexion pour demain !  »

Une fois les débats terminés, l’aventure humaine continue.

Des centaines de personnes ont laissé leurs coordonnées, soucieux de ne pas relaisser retomber l’élan.

François Astolfi est ravi : «  Les gens ont trouvé un lieu pour s’exprimer ! Certains ont proposé de créer une radio pour diffuser ces idées ou de les faire passer via les réseaux d’éducation populaire.

Ce qui se passe me rappelle les cahiers de doléances de la Révolution, il faut continuer !

Beaucoup de personnes n’ont pas encore vu le film, il n’a pas encore atteint les habitants du Blosne  » (quartier populaire de Rennes).

Intéressées, les unions locale et départementale CGT vont consacrer une journée spéciale autour du long-métrage.

En 1944, le CNR mettait la solidarité au cœur de son programme.

En 2014, les citoyens veulent continuer à imaginer ensemble une autre société.

«  Si les Jours heureux nous permettaient d’élaborer une nouvelle charte du CNR, ça serait super !

poursuit François Astolfi, nous pourrions le présenter au prochain rassemblement sur le plateau des Glières. Le mouvement doit prendre une ampleur nationale pour un autre cadre économique et social, et contre le capitalisme.

Le film, ce n’est que l’écume, la vague, c’est nous.  » Prochaine houle d’indignation ce mercredi à 18 heures à l’Arvor.


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