Québec. Quand le député de Mercier Amir Khadir cède le pas ! Le flambeau est passé l’histoire de Québec solidaire continu

jeudi 10 mai 2018
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Presse-toi à Gauche

Quand le député de Mercier Amir Khadir cède le pas !

mardi 8 mai 2018 / DE : Pierre Mouterde

Après Françoise David, c’est donc au tour d’Amir Khadir de céder le pas, ou pour le moins d’annoncer qu’il ne se représentera pas comme député de Québec solidaire dans Mercier en octobre 2018.

Certes, à la différence du ministre Martin Coiteux et de bien d’autres, il ne s’en est pas tenu à l’argument passe-partout des raisons familiales et a affirmé qu’il continuera à militer activement dans QS. Il n’en demeure pas moins que son départ sonne pour Québec solidaire comme la fin d’une certaine époque, ou peut-être plus justement comme le passage de bâton entre une génération et une autre, expression de ce nécessaire renouvellement dont tout parti doit faire preuve s’il veut rester... vivant.

C’est d’ailleurs ce sur quoi Amir Khadir se plait à insister.

Si l’on veut lutter contre la personnalisation et les dérives du pouvoir, si l’on veut rester cohérent avec les propres valeurs de la gauche, il faut bien pouvoir —après 12 ans de politique à la tête de QS— montrer l’exemple, et par conséquent laisser la place à d’autres.

Et ce n’est pas là un simple argument de circonstance. Déjà, il y a quelques années en arrière, au moment où Françoise David avait été élue et où se posait la question de qui serait dès lors « le porte-parole député » de QS ainsi que son représentant au débat des chefs, Amir Khadir avait de lui-même, laissé la place, arguant que dans un parti féministe comme QS, c’était quelque chose qui allait de soi.

En fait, depuis la naissance de QS —et même auparavant au sein de l’Union des Forces Progressistes— cela a toujours été une de ses préoccupations et correspond sans doute à un trait de sa personnalité, aussi étonnant qu’il puisse paraître à ceux et celles qui voient d’abord en lui quelqu’un ne mâchant pas ses mots et prenant un malin plaisir à pourfendre les puissants ou encore à jouer au frondeur intempestif et iconoclaste. (Rappelez-vous l’épisode de ce soulier lancé en 2008 contre une effigie du président US George W. Bush !).

En effet, il a toujours voulu s’assurer que les différentes sensibilités ou partis-pris au sein de QS puissent arriver à cohabiter en bonne intelligence, mieux encore, convivialement !

Et qu’importe si bien souvent il prenait ses aises vis-à-vis des sentiments dominants existant au sein de QS, pour de son propre chef, aller porter son soutien à tel ou tel groupe critiqué, ou encore réconforter tel individu stigmatisé, faisant tout pour discrètement atténuer les pots cassés, poussant chacun à mettre de l’eau dans son vin, à chercher coûte que coûte le consensus, de manière toujours très pragmatique. Très proche en cela d’ailleurs, d’une certaine culture québécoise.
Bien intégré à la vie québécoise

C’est là l’étonnant : Iranien d’origine, mais arrivé avec sa famille à l’âge de dix ans à Montréal, il a su —tout en préservant sa culture première— s’intégrer parfaitement à la vie québécoise, en métissant de manière très originale traditions et savoirs d’ici et de là-bas. Que l’on songe par exemple au fait qu’il ait très vite embrassé (dès son passage en 2000 comme candidat au Bloc québécois) la cause indépendantiste du Québec, ou encore su relativiser bien pragmatiquement —au nom des accomodements raisonnables— la question du voile dont il sait pourtant tout ce qu’il représente d’intégrisme crasse dans son pays d’origine.

Mais plus que tout, il a su préserver en lui cette approche politique si propre aux gens du sud, eux qui savent que ce n’est qu’en luttant d’arrache-pied, qu’en ayant le courage de se tenir debout contre vents et marées qu’on pourra désserer quelques-uns des cruels et injustes rapports de force qui, via la mondialisation capitaliste contemporaine, pèsent sur le destin de leur pays.

Cette approche là, il ne l’a jamais perdue, quitte à se lancer tout seul, en franc tireur, dans la bagarre, loin des consignes de son parti.

C’est elle qui non seulement lui a permis de trouver les mots justes pour dénoncer en 2008 les exactions de Paul Émile Rousseau de la Caisse de dépots ou encore les arrogances hautaines d’un Lucien Bouchard en 2011 ou d’un Gaétan Barrette en 2018.

C’est elle qui en 2012 lui a permis de défendre l’idée de « désobéissance civile », puis d’affronter la tête haute la tempête médiatico-politique qui s’est déchaînée autour de lui quand, en plein Printemps érable, sa fille a été arrêtée et sa maison perquisitionnée par la police.

Une boussole pour Québec solidaire

Et c’est elle –mâtinée par son sens du consensus— dont on souhaiterait qu’elle ne manque pas à l’avenir à QS.

Car avec le recul du temps, on ne peut qu’admirer ce patient travail politique auquel il a participé conjointement avec Françoise David, en construisant un parti de gauche qui, à la différence de tant d’autres formations semblables de par le monde, a su loin des divisions déchirantes et sans perdre son âme, croitre et rassembler chaque fois plus d’adhérents, au point d’être aujourd’hui capable de peser de manière non négligeable sur la scène politique du Québec.

Et à l’heure où la nouvelle direction de QS cherche ses marques, peine parfois à trouver sa boussole, entre l’ouverture nécessaire et le maintien d’une identité forte (pensez à l’affaire Marissal), il vaudra la peine de se souvenir de ce sens de l’intervention politique si originale, fait tout à la fois de larges aspirations démocratiques et d’intransigeantes volontés de ruptures.

En n’oubliant, ni l’un, ni l’autre.

Sans cela, il n’y aura pas de Québec solidaire... vivant.
Pierre Mouterde
Sociologue, essayiste (dernier ouvrage : Les stratèges romantiques, Écosociété)
Québec, le jeudi 3 mai 2018


Source : Presse-toi à Gauche

Ma campagne avec Amir : 10 ans plus tard

mardi 8 mai 2018 / DE : René Charest

Il a appris que ma mère vient de mourir. Et il veut m’offrir ses condoléances. Je suis touché. Amir n’est pas un ami, c’est un compagnon de lutte que je croise quelques fois par année sans plus.

Je le remercie en lui disant qu’il est un chic type. Dans la foulée de la conversation, je lui indique que je ne suis pas heureux dans mon poste syndical et que j’aimerais bien faire autre chose. Si jamais il entendait parler de quelques choses pour moi… Il ne répond pas sur le coup. J’entends un léger murmure et il me dit : «  je t’appelle dans quelques jours ».

Quelques jours plus tard, il me contacte pour m’offrir le poste d’attaché politique pour la campagne de l’automne 2018. Amir se présente pour la troisième fois dans Mercier. Pour lui, c’est la dernière chance. Il veut gagner. Il me dit : « Je veux une équipe comparable aux Red Wings de Détroit ».

Je veux que tu en fasses partie. Il faut dire qu’à l’époque, je suis dans une forme exécrable. Je vis une crise émotionnelle importante. J’ai rompu avec une femme que j’aimais plus que tout.

Sur le plan du travail, c’est la crise. Et je viens de perdre ma mère.

J’explique à Amir que je n’ai pas la forme requise pour acquitter cette tâche. Il me demande : est-ce que tu as envie de faire ce travail ?

Oui, bien sûr… Il me dit : « Je ne suis pas psychologue, mais il me semble que si on te change de milieu de travail et de vie, tu pourrais aller beaucoup mieux ».

J’accepte de tenter le coup, mais on s’entend sur un plan b si jamais la forme n’est pas au rendez-vous. Je ne veux pas l’empêcher de gagner cette bataille.

Et c’est là qu’a commencé une des plus belles expériences de ma vie militante. La campagne des mois de novembre et décembre 2008 menant à l’élection du premier député résolument à gauche dans l’histoire politique québécoise.

Le défi était grand. Mais on croyait aux chances de l’emporter contre Daniel Turp du Parti Québécois. Amir Khadir était connu de l’électorat de Mercier. Québec solidaire avait encore la réputation d’un parti marginal, mais le capital politique d’Amir était fort.

La campagne aura été certes intense, mais en général tellement plaisante. Un jour, après une diffusion au métro Mont-Royal, je reviens auprès de Josée Vanasse et le regretté François Cyr, alors coresponsables de la campagne de Mercier.

Je leur explique que je n’ai jamais observé, dans ma vie militante, des gens faire des détours, non pas pour éviter le candidat, mais plutôt pour venir à sa rencontre. Le matin même dans un café, Amir sermonne un policier qui dans une période de moyens de pression porte des pantalons militaires de camouflages. Il lui dit avec émotion que les Québécois et les Québécoises sont pacifiques et qu’ils n’appuieront pas les policiers s’ils continuent à s’habiller d’une manière semblable. « Si vous voulez des conseils, demandez à mon ami syndicaliste » dit-il en me pointant du doigt. Il est 8 :00 a.m. Les gens sont encore endormis.

Mais malgré tout, quelques-uns l’applaudissent.

Inutile de dire que ma forme est revenue en force. Accompagner Amir était un sport, parfois extrême, qui aiguisait au maximum tous les sens. C’était une succession de sprints parsemés de débats stratégiques animés plusieurs fois par jour. C’était l’extase. Celui ou celle qui aime la politique va comprendre. Contrairement à ce que je venais de vivre dans le syndicalisme, mon militantisme avait un sens. Je savais pourquoi j’agissais. J’allais chercher Amir le matin chez lui et allait le reconduire le soir. J’étais en dialogue constant avec lui.

Quand il était trop énervé, j’essayais de le calmer. Quand il était trop fatigué, j’essayais de l’animer. S’il avait des doutes, j’essayais de lui trouver les réponses. S’il était trop sûr de ses idées, j’essayais de nuancer. Ce qui me touchait, c’est lorsqu’il prenait la peine de me demander comment j’allais, si je remontais la pente, si je me sentais bien. Quand je lui disais que j’étais heureux, il me disait qu’il était content d’entendre ça. Mais je coupais court. C’était moi l’adjoint. Je devais m’occuper de lui.
Après avoir choisi de garder Amir dans le comté de Mercier et d’éviter les voyages en région, on commence à croire vraiment à nos chances de gagner. Le pointage nous avantage. Amir parle aux gens. Des péquistes lui disent qu’ils l’aiment, mais qu’ils ne peuvent se résoudre à voter pour lui ? Amir répond qu’il y aura beaucoup de péquistes à l’Assemblée nationale après les élections. « Donne-moi une chance, si tu n’es pas satisfait, tu me battras aux prochaines élections. » Des jeunes lui disent qu’ils ne croient pas au système électoral ? « Des gens sont morts dans l’histoire pour obtenir un suffrage universel ».

Amir parle de politique, de musique, de sport, de poésie et il prodigue, bien sûr, de temps en temps des conseils de santé, et ce, en particulier, auprès de personnes aînées en mal de médecins de famille. Et il lui arrive même de soigner des gens, dont une personne itinérante gisant ivre sur la rue. Encore là, je remarque que beaucoup de gens se déplacent pour venir lui parler. On court, on débat, on s’obstine parfois, mais l’énergie et le plaisir ne s’essoufflent pas. Au contraire, c’est renouvelable.

Dans une chronique sur Amir, Pierre Foglia avait dit de lui qu’il fallait retenir de lui trois choses : sa grande intelligence, son côté délinquant et bordélique. Je peux donner beaucoup d’exemples pour appuyer cette hypothèse. Mais il faut ajouter quelque chose : qui me semble fondamental lorsqu’on parle d’Amir. Je pense à son sens de l’humanité. C’est un terme que j’utilise rarement qui peut être assimilé à toutes sortes de niaiseries ou mièvreries.

Mais la manière de m’accueillir dans son équipe en 2008, sa manière de parler aux gens de Mercier et de faire de la politique en général, évoquent une motivation profonde : celle d’être au service du bien commun et de dénoncer toutes les entraves à la pleine émancipation des hommes et des femmes. C’est une posture intellectuelle et politique, mais elle est aussi animée par une affection inépuisable pour l’humain.

10 ans plus tard, Amir vient d’annoncer son départ. Je pense parfois à cette campagne dans Mercier et à cette rencontre avec Amir quand il m’arrive de questionner mon militantisme et de me demander pourquoi je fais tout ça alors que tant de gens vivent dans leurs conforts de la classe moyenne. Le questionnement n’est pas très long. Je n’ai pas le temps de trouver la réponse que je recommence tout de suite la bataille.

René Charest


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