Comment la campagne « Fight for 15$ » aux États-Unis a inspiré la « McStrike » des employés anglais de McDonald’s

jeudi 28 juin 2018
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : EqualTimes
26 juin 2018

Comment la campagne « Fight for 15$ » aux États-Unis a inspiré la « McStrike » des employés anglais de McDonald’s

« La plupart d’entre nous travaille dans le cadre de contrats “zéro heure”, ce qui signifie que nous ne savons pas à l’avance combien d’heures nous travaillerons chaque semaine.

Les managers ont réduit les heures d’un de mes collègues et il a du mal à payer son loyer. Il supplie constamment ses collègues de lui donner des créneaux de travail, mais la direction s’en fiche, » a déclaré Annalise Peters, une employée de McDonald’s à Cambridge, au Royaume-Uni, alors qu’elle prenait part à une grève d’une journée le 1er mai 2018.

« De nombreux travailleurs sont des étudiants qui tentent de survivre au coût de la vie à Cambridge. Ils doivent souvent faire des heures même après avoir informé la direction à l’avance qu’ils ont des examens et des cours magistraux à suivre.

La direction nous considère comme remplaçables  ; tout ce qui les intéresse, c’est de réduire les coûts de personnel et que les plannings de travail soient comblés ». La situation est devenue d’autant plus difficile à accepter depuis que McDonald’s a été convoqué par le Parlement Européen, la semaine dernière, pour s’expliquer sur le fait de ne pas avoir payé près d’un milliard d’euros d’impôts sur les entreprises, entre 2009 et 2013.

Mme Peters a rejoint ses collègues des villes britanniques de Cambridge, Manchester, Watford et Crayford pour participer à une « McStrike » (« McGrève » en anglais) organisée le 1er mai 2018, dans le prolongement de la toute première grève des travailleurs de McDonald’s au Royaume-Uni qui s’était déroulée le 4 septembre 2017.

Les travailleurs ont trois revendications  :

la fin des contrats « zéro heure »,

un salaire minimum de 10 livres sterling (13,30 dollars US ou 11,38 euros) par heure

et le droit de se syndiquer.

Ils rejoignent un élan de syndicalisation mondiale des travailleurs de la restauration rapide qui s’appuie sur le succès de la campagne « Fight for $15 » (« Luttons pour 15 $ ») aux États-Unis dont l’objectif consistait à porter le salaire minimum pour tous les travailleurs américains à 15 dollars US (environ 11,20 livres sterling ou 12,75 euros). Depuis le début de la campagne en novembre 2012, aux États-Unis, 22 millions de travailleurs ont bénéficié de hausses de salaire au niveau des États et des villes.

« Avant la première grève, nous avons rencontré les organisateurs et les travailleurs de la campagne “Fight for $15”, » déclare Mme Peters, qui qualifie la campagne américaine d’« inspiration ».

Mais les travailleurs britanniques du secteur de la restauration rapide ont également décroché leurs propres victoires.

Au début de l’année 2018, les travailleurs de McDonald’s recevaient leur plus importante augmentation de salaire en dix ans.

Cette augmentation ne s’appliquait toutefois qu’aux magasins non franchisés, qui représentent environ un quart des 1 270 magasins du Royaume-Uni.

Les travailleurs de McDonald’s se sont unis au syndicat britannique des travailleurs du secteur de l’alimentation, la « Bakers and Allied Food Workers Union » (la BFAWU, également connu sous le nom de Bakers’ Union [Syndicat des boulangers]), qui a déclaré que cette offre constituait un « petit pas dans la bonne direction ».

McDonald’s refuse cependant de reconnaître le syndicat.

« Ils ne veulent même pas nous rencontrer, » déclare Ian Hodson, président du Syndicat des boulangers.

L’organisation communautaire est un élément clé

Au Royaume-Uni, les travailleurs de McDonald’s ne sont pas les seuls à réagir face aux salaires et aux conditions de travail médiocres.

Les travailleurs de la chaîne étasunienne de restaurants TGI Fridays ont quitté leurs postes à trois reprises au cours du seul mois de mai pour protester contre des salaires injustes.

« Les travailleurs dans d’autres restaurants de restauration rapide sont aussi en train de s’organiser, au regard de ce que la McStrike a eu comme effet. Ils en ont assez. »

M. Hodson déclare que le mouvement McStrike du Royaume-Uni a tiré les leçons clés de la campagne « Fight for $15 » aux États-Unis.

« Nous sommes une organisation communautaire, mais il est incroyablement important de reconnaître et de renforcer la compréhension de la façon d’organiser les travailleurs dans une communauté ».

Cela signifie donc que les travailleurs sur le piquet de grève et dans les manifestations n’étaient pas seuls.

« Le soutien du public a été incroyable, » explique Mme Peters.

« Tous les métiers et les syndicats ont manifesté leur soutien, y compris les pompiers, les enseignants, les professeurs universitaires et les étudiants eux-mêmes. »

Il y a eu des divergences concernant le nombre exact de travailleurs qui avaient effectivement fait grève lors de la McStrike, car il est difficile pour ceux qui ont des contrats « zéro heure » de mener des actions syndicales.

« À un moment donné, McDonald’s a même soutenu qu’une seule personne avait fait grève, ce qui est complètement absurde. Leurs relations publiques tentent d’insinuer que leurs 122 000 travailleurs ne souhaitent pas gagner 10 livres sterling de l’heure, » explique Owen Espley, un haut responsable de la campagne pour la justice de l’ONG War on Want, qui lutte contre la pauvreté.

M. Espley explique que même s’il s’agissait d’une toute petite grève, elle a été importante en termes d’attention accordée à cette problématique.

Il déclare également qu’il est essentiel de créer une communauté autour des travailleurs lorsqu’on défie une multinationale :

« Le fait que les travailleurs précaires doivent souvent supplier leurs employeurs pour qu’ils leur donnent des heures démontre le déséquilibre exacerbé qui existe entre le pouvoir de l’employeur et celui du travailleur. Les mobilisations de la collectivité en faveur des employés grévistes invitent un troisième acteur — le public — à participer à ce débat ».

Mme Peters affirme que le soutien du public a été vital
 : « On se sent souvent impuissant face à une telle entreprise géante. Mais le fait que les gens écoutent ce que vous dites et partagent [votre message] sur les médias sociaux vous donne une voix. »

La visibilité de la McStrike a également mis en lumière le problème des travailleurs pauvres dans l’industrie de la restauration rapide. Sheila Salem, qui travaille pour McDonald’s depuis 18 ans, a déclaré au quotidien Daily Mirror : « Mon fils de 15 ans a besoin de l’ordinateur pour faire ses devoirs, mais je dois toujours lui dire d’éteindre l’ordinateur parce que nous n’avons pas les moyens de payer l’électricité. En plus, pendant des semaines, je ne peux nourrir ma famille qu’avec du pain blanc et du fromage bon marché. On n’a pas d’argent pour se payer du luxe… [comme] des bananes, des pommes, des légumes frais. »

M. Espley déclare : « Le fait d’avoir ce dialogue en public peut influencer une entreprise comme McDonald’s, dont le plus grand souci et le principal produit sont l’image de marque. »

Viser haut, s’étendre au monde entier

Une autre idée inspirée par « Fight for $15 » est de se fixer des objectifs ambitieux.

L’objectif de la campagne consiste à plus que doubler le salaire minimum de 7,25 dollars américains, qui n’a pas augmenté depuis 2009. « Ce chiffre de 15 dollars paraissait audacieux au départ, » poursuit M. Espley.

« Mais cette quantité a motivé les travailleurs. Nous avons constaté la nécessité de placer la barre très haut, car les travailleurs ne seraient disposés à engager des actions contraignantes que si le but était d’obtenir des résultats qui ont un impact radical sur leur vie. »

En 2017, Amy Glasmeier, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT), avait calculé que le salaire minimum vital aux États-Unis était de 16,07 dollars américains (13,91 euros) de l’heure.

La campagne « Fight for $15 » a fait grimper les salaires dans de nombreux États américains, 13 d’entre eux garantissant à présent des salaires minimums supérieurs à 10 dollars US (8,66 euros) l’heure.

Au début des années 2020, les États de Californie, Washington DC et New York devraient atteindre les 15 dollars américains.

Et l’effet de cette tendance se fait sentir bien au-delà de l’industrie de la restauration rapide.

« Les travailleurs de la restauration rapide et les travailleurs de Walmart ont entamé des grèves en même temps. Depuis la première grève du Black Friday [le 29 novembre 2012], on ne peut plus distinguer l’impact [de toutes les grèves], » explique Kate Bronfenbrenner, directrice de la recherche sur le travail à l’Université Cornell à New York.

« Dès ce moment, les travailleurs ont alterné les grèves, y compris dans les magasins de vêtements comme Zara. »

Souvent, les grandes multinationales sont réticentes à la syndicalisation, comme l’explique M. Hodson, du Syndicat des boulangers : « Elles intimident les travailleurs pour les empêcher de parler à nos organisateurs, elles menacent leur emploi et leur compliquent la vie s’ils adhèrent au syndicat. De l’argent a même été proposé pour les empêcher d’adhérer au syndicat. »

Aux États-Unis, ce soutien généralisé a joué un rôle important pour déjouer ces tactiques antisyndicales : « Le fait que des personnalités connues [comme Dolores Huerta, la légendaire activiste des droits des travailleurs], des politiciens et des dirigeants locaux et religieux aient raccompagné les travailleurs dans les magasins rendait leur licenciement difficile pour les employeurs, » déclare Mme Bronfenbrenner.

« Et lorsqu’ils ont effectivement eu recours à des pratiques de travail abusives, tous ces gens étaient là pour témoigner, aux côtés des médias, qui leur apportaient un grand soutien. »

Les grèves et les manifestations de la restauration rapide se déroulent à travers le monde entier : des actions ont lieu en Corée du Sud, en Argentine, en Malaisie et en Italie.

L’une des plus grandes actions coordonnées s’est produite le 15 mai 2014, lorsque 33 succursales de McDonald’s en dehors des États-Unis ont organisé des manifestations ou des grèves.

Puis, en 2015, des travailleurs de la restauration rapide de 30 pays sur six continents ont coordonné des actions.

La première grève du Royaume-Uni en septembre 2017 a coïncidé avec des actions en Nouvelle-Zélande, ce qui a permis aux travailleurs d’obtenir 15 dollars néo-zélandais (environ 10,57 dollars américains ou 8,88 euros) par heure, après avoir déjà mis fin aux contrats « zéro heure ».

Pour Mme Bronfenbrenner, la stratégie est claire : « Si vous ne les combattez pas au niveau mondial, vous ne gagnerez pas. »

Améliorer les choses pour tout le monde

Le travail décent dans l’industrie de l’alimentation est possible. Greggs, le plus grand opérateur de boulangeries du Royaume-Uni (plus de 1 850 magasins), a signé une convention collective. Ses 22 000 employés n’ont pas de contrat « zéro heure » ni de rémunération liée à l’âge.

« Cette entreprise est encore massivement rentable », déclare M. Hodson, « et ils ne trouvent pas préjudiciable de donner à leurs travailleurs des salaires et des conditions de travail décents ».

Et aux États-Unis, les avancées réalisées par les travailleurs domestiques ces dernières années montrent que même les travailleurs les plus vulnérables peuvent s’organiser avec succès.

« Je pense que les travailleurs dans les emplois les plus précaires, qui sont souvent des femmes de couleur, ont toujours été disposés à s’organiser, mais ce n’est que dans les années 1980 que quelqu’un a songé à le faire. Mais quand ils se sont organisés — ou lorsque les travailleurs se sont organisés eux-mêmes —, leur résistance a été superbe ».

M. Hodson déclare qu’un changement similaire s’est produit au Royaume-Uni.

« Je pense que les syndicats et les organisateurs avaient l’impression qu’il n’était pas possible d’organiser les travailleurs précaires : c’était trop difficile. Aujourd’hui, ces personnes sont valorisées. Dès que nous commençons à parler de leurs droits aux travailleurs, ils déclarent : “Oui, nous attendions que quelqu’un le propose. Organisons-nous !” »

« Les travailleurs de McDonald’s veulent améliorer les conditions de travail pour tout le monde. Si l’entreprise pour laquelle vous travaillez génère plus de 21 milliards de dollars américains (18,2 milliards d’euros) de bénéfices, pourquoi devriez-vous compter sur les subsides de l’État ou ne pas avoir une vie décente ? »

En regardant vers l’avenir, M. Hodson prévoit que la campagne britannique pour obtenir 10 livres sterling prendra de l’ampleur.

« Nous tenterons de parler à McDonald’s, mais s’ils refusent de discuter et continuent à intimider nos membres, ils s’exposeront à d’autres actions. Nous n’arrêterons pas tant qu’ils ne traiteront pas les travailleurs avec dignité et respect. »

Cet article a été traduit de l’anglais.


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