QUEBEC : UN DIE IN A TROIS-RIVIERES POUR LES FEMMES AUTOCHTONES

mercredi 28 octobre 2015
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Presse-toi à gauche (Québec)

mardi 27 octobre 2015, par Marie-Hélène

UN DIE IN A TROIS-RIVIERES POUR LES FEMMES AUTOCHTONES

[Dans le cadre de la manifestation de la Marche Mondiale des Femmes qui s’est tenue à Trois-Rivières le 17 octobre dernier et qui a rassemblée plus de 10 000 personnes, un die in a été organisé pour réclamer une enquête publique indépendante sur les femmes autochtones disparues ou assassinées]

Pour le 17 octobre à Trois-Rivières, la Marche mondiale des femmes avait fait un appel à la mobilisation pour recueillir 1186 femmes afin de participer à un die-in.

Des femmes autochtones ont pris la parole et à un moment, l’animation cesse et des coups de tambours se font entendre.

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C’était notre signal : s’étendre à terre.

Le symbole devait être efficace, voir un aussi grand nombre de femmes au sol.

C’est un visuel marquant quand on sait ce qu’il représente.

Comme la souligné Viviane Michel, le nombre de femmes disparues ou assassinées représenterait 8 0000 femmes québécoises ! C’est énorme.

C’est en geste de solidarité, comme femme allochtone, que je me suis aussi allongée. J’ai fermé les yeux et j’ai écouté, j’étais déjà émotive.

Viviane Michel aussi, ça s’entendait dans sa voix. Dans ma tête : je ne sais pas de quoi on a l’air couché à terre, quel visuel ça donne…je regarderai les photos plus tard, je sais qu’il va en avoir, le silence est tellement grand que j’entends les petits clics d’appareils photo. Je ne vois pas, mais je ressens une lourdeur.

Puis on s’est relevé, une personne m’a tendu la main. Ça l’air un peu naïf, mais je sais que ce n’est pas à moi qu’elle voulait tendre la main et je sais que ce n’est pas moi qui en avait besoin. C’était davantage le geste de solidarité que nous avons envie qui se concrétiser entre les peuples autochtones et allochtones.

Ce geste de solidarité commence par la reconnaissance de la revendication d’obtenir une enquête publique indépendante pour les femmes autochtones disparues ou assassinées. Ce geste est d’autant plus important dans le contexte actuel où de plus en plus de femmes dénoncent d’autres formes de colonialisme, on pense ici à celles de qui ont pris tout leur courage pour dénoncer le viol des policiers sur elles.


Source : Presse-toi à gauche

dimanche 25 octobre 2015, par Cecilia Valdebenito, Pierre Mouterde

TOUT UN TISSU SOCIAL POUR RENFORCER LA PAROLE DES FEMMES AUTOCHTONES

Beaucoup a déjà été écrit sur les abus des policiers de la SQ à Val d’Or. Et beaucoup ont avec raison insisté sur l’énorme scandale que de telles révélations soulèvent ainsi que sur le courage de ces femmes qui ont osé témoigné à visage découvert malgré la peur et les risques d’éventuelles représailles.

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Car ce n’est pas rien ce que l’émission Enquête nous a fait connaître : des mauvais traitements systémiques, des agressions sexuelles, des abus de pouvoirs, des violences physiques répétées ; tout cela semble-t-il pratiqué depuis longtemps par 8 policiers en exercice, soit près de 20% de l’ensemble du corps policier de Val d’Or.

Mais peu se sont interrogés sur les raisons de fond qui ont conduit à ce que cette détresse des femmes autochtones de Val-d’Or soit révélée au grand jour et provoque la commotion générale que l’on sait.

Obligeant aux lendemains du visionnement de l’émission, le gouvernement à dénoncer avec beaucoup d’émotion de tels agissements, et surtout à prendre des mesures concrètes immédiates : suspension administrative des 8 policiers, nouvelle enquête menée cette fois-ci par les enquêteurs du SPVM et non plus par la SQ, etc.

Au-delà du choc médiatique

Il est vrai que beaucoup connaissent à ce propos l’explication passe-partout : la journaliste de l’émission Enquêtes de radio Canada, Josée Dupuis, était venue — accompagnée de son caméraman Emmanuel Marchand— assez dans la région de Val-d’Or pour tenter de voir quelle forme pouvait prendre au Québec le drame des 1186 femmes autochtones canadiennes disparues.

Et elle s’était intéressée au cas de Cindy Ruperthouse, femme autochtone de 44 ans de Val-d’Or dont on n’a plus aucune nouvelle depuis le printemps 2014. Eh voilà qu’en plus de découvrir que la SQ n’avait pratiquement mené aucune enquête autour de son cas, elle tombe sur des femmes qui se mettent à lui raconter les propres sévices qu’elles ont subies et continuent à subir de la part d’un certain nombre de policiers en exercice !

Mais au-delà du choc produit par ces révélations médiatiques, ce qui n’a peut-être pas été mis assez en lumière, c’est le rôle joué par le Centre d’amitié autochtone de Val d’Or et en particulier par sa directrice Édith Cloutier.

On l’a dit et redit, il n’est jamais simple pour une femme –quelle qu’elle soit— de dénoncer un agresseur, et encore moins pour une femme autochtone, qui plus est en situation de pauvreté chronique, quand ce n’est pas de détresse absolue. Alors imaginez : oser dénoncer un policier et le faire devant une journaliste inconnue, en parvenant à ce que son témoignage garde une quelconque légitimité, cela ressort de l’exploit pur et simple.

À moins que justement vous ne vous sentiez pas tout seule, mais soutenue et appuyée par une communauté qui fait lien et corps avec vous et qui dispose d’une institution qui a su se mettre au service de tous les Autochtones résidant ou de passage en ville, quels qu’ils soient, qu’elles soient !.

Être en lien

C’est justement ce que le Centre d’amitié de Val d’Or ait parvenu à faire au fil de ces dernières années. Il a pris très au sérieux cette nouvelle configuration de la condition autochtone faisant qu’un nombre grandissant d’Autochtones du Québec (et particulièrement de femmes) tendent à séjourner en ville plus longtemps et à s’y installer ; avec tout ce que cela implique pour eux d’aléas et d’incertitudes puisqu’ils perdent ainsi la protection de leur communauté originaire et doivent affronter un monde urbain allochtone a priori hostile.

Le centre est devenu ainsi « leur maison » et leur point de référence et d’appui au cœur de la ville, offrant à tous et toutes avec un succès grandissant et sans distinction de nations ou de communautés d’origine, des services culturellement pertinent et sécurisant : services à la petite enfance, aux ainés, soutien psycho-social, ateliers culturels, hôtellerie, garderie, clinique médicale, etc.

Mais plus que de mettre en place des services adaptés à ces nouvelles réalités urbaines, ce qui guide Edith Cloutier et son équipe sur le long terme, c’est surtout l’espoir de participer au développement d’« une communauté citoyenne autochtone urbaine » se constituant peu à peu à travers les valeurs de l’holisme et de l’empowerment ainsi qu’autour d’un projet social visant autant à la ré-édification individuelle et collective qu’à l’établissement de nouveaux ponts avec la société allochtone.

Et à n’en pas douter, c’est cette « communauté citoyenne » qui était là aux côtés des femmes autochtones qui ont osé parler à l’émission Enquête. C’est cette « communauté citoyenne » qui, pour une bonne part, est à l’origine de leur prise de parole collective et de son succès.

Et c’est ce qu’il ne faudra pas oublier quand on cherchera à trouver des solutions de fond à la détresse que ces femmes autochtones de Val-d’Or peuvent vivre et qui, à y regarder de près, n’est qu’un des symptomes de ces formidables difficultés à être pleinement reconnus que connaissent les peuples autochtones du Québec.


Pierre Mouterde, sociologue et essayiste, auteur avec Louis Bordeleau de Paskhabigoni, une histoire pleine de promesses, Mémoires du Mouvement des centres d’amitié autochtone du Québec (1969-2008), RCAAQ, Québec 2008.

Cecilia Valdebenito, anthropologue et consultante en milieu autochtone en santé et services sociaux depuis 15 ans.


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