Habitat coopératif : le choix de l’Uruguay

vendredi 1er janvier 2016
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Alter Mondes
Cet article est paru dans le numéro 42 d’Altermondes

Habitat coopératif : le choix de l’Uruguay

Par Laure Espieu

Le 24-08-2015 à 14:08

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Peu développées en France, les coopératives d’habitants prospèrent en Amérique latine depuis les années 1970. Le modèle uruguayen est le plus répandu. Pablo Caballero, vice-président de la Fédération uruguayenne de coopératives de logement par aide mutuelle (FUCVAM), principale fédération du secteur, revient sur une dynamique exemplaire et les raisons de son succès.

Comment fonctionne l’habitat coopératif en Uruguay ?

Pablo Caballero : Le modèle uruguayen des coopératives de logement émerge officiellement en 1968, avec le vote par le parlement de la loi sur l’habitat qui ouvre la voie à la création d’un nouveau secteur coopératif. Il y a deux types de structures, celles qui prévoient à terme l’accession à la propriété.

Et celles, comme la nôtre, qui sont des coopératives de logement par aide mutuelle et sont fondées sur la propriété collective.

Cela signifie que les travailleurs participent à la construction de leur logement et qu’ils ont ensuite un droit d’usage de ce bien détenu par la coopérative.

C’est principalement grâce à cela que la classe ouvrière uruguayenne a pu bénéficier d’un habitat décent à un prix accessible. À partir des années 1970, c’est d’ailleurs ce système qui a connu le plus de succès.

Les habitants sont donc les promoteurs et les constructeurs de leur futur quartier ?

P.C. : Oui. Ce modèle est basé sur plusieurs principes essentiels, dont l’autogestion.

Les sociétaires assurent la conduite de la coopérative depuis sa création. Ce sont eux qui obtiennent le terrain sur lequel ils vont construire.

Eux qui gèrent l’argent que l’État leur prête, via la banque publique, pour construire les logements.

Et ce sont également eux qui animent la vie de la communauté. Un autre principe de base est l’entraide.

Elle se décline en deux volets.

Dès le premier jour, les sociétaires vont être solidaires pour créer la coopérative. Puis, quand la construction débute concrètement, ce concept de collaboration entre tous se transforme en un capital économique.

Car 15 % de la valeur du bâtiment est apportée par le travail des sociétaires, qui interviennent comme ouvriers de construction. Pendant deux ans, chaque foyer consacre vingt-et-une heures par semaine au chantier. Tout est mutualisé, il n’y a pas de propriété individuelle.

L’avantage est que cela permet de garantir aux familles la pérennité de leur logement. Elles ne peuvent pas le perdre, même en temps de crise.

En Uruguay, nous avons connu une série de crises économiques très importantes et le fait que les associés soient propriétaires collectivement des logements, et non pas individuellement, fut un élément qui leur a permis de ne pas perdre leur toit.

Quel soutien peut être apporté aux familles en difficultés ?

P.C. : Une cotisation mensuelle permet le remboursement du crédit, les investissements et les dépenses extraordinaires.

Pour les familles qui se trouvent en difficulté et ne peuvent participer, un fonds de secours a été créé pour éviter de mettre en péril la collectivité.

En basant notre idéologie sur la propriété collective, nous sortons nos logements du marché.

Ce n’est plus une marchandise, mais un droit, le droit de vivre dans une habitation digne. C’est à la fois une assurance économique et une revendication idéologique.

Combien de personnes sont aujourd’hui concernées ?

P.C. : Il y a désormais 550 coopératives dans le pays, auxquelles participent quelque 25 000 familles, soit environ 100 000 personnes. La taille des coopératives varie de 6 à 200 sociétaires, mais en respectant toujours le principe de la démocratie directe.

Le système se base sur la participation d’égal à égal de tous les sociétaires : un homme, un vote. Les grandes décisions se prennent en assemblée générale.


Comment peut-on expliquer ce succès ?

P.C. : La première chose à obtenir pour que ce système puisse exister est un cadre légal. Cela veut dire des lois qui soutiennent le développement de ce modèle.

Ensuite, il doit y avoir des terres où construire et de l’argent pour financer la construction.

’État doit donc faciliter le crédit et offrir des conditions positives aux travailleurs. Il doit également garantir la pérennité des habitations.

Mais, derrière, il faut aussi une organisation qui soutienne toutes les coopératives dans leur ensemble.

Car si elles sont seules pour négocier avec l’État, elles n’auront certainement pas la possibilité de faire entendre leurs revendications avec la force nécessaire.

Pour nous, cela s’est fait avec le temps, mais c’est une des principales raisons du succès.

Quelles sont les perspectives pour l’avenir ?

P.C. : Au niveau national, un nouveau groupe de coopératives s’est formé pour reconstruire de vieux édifices du quartier historique de Montevideo, la capitale du pays, en utilisant les bâtiments d’origine et en les réhabilitant. C’est un exemple qui montre que nous restons très dynamiques. À l’international, il nous semble fondamental de créer un cadre légal qui confronte toutes les législations sur le logement dans chaque pays latino-américain. Aujourd’hui, il n’existe rien sur ce thème. Nous allons donc engager un dialogue transversal avec les États avant la fin de l’année. C’est fondamental.

Comment s’opère la diffusion du système ?

P.C. : Plusieurs expériences sont menées.

En partenariat avec le centre de coopération suédois We Effect, nous avons commencé à transposer le modèle dans cinq pays d’Amérique centrale, Nicaragua, Salvador, Guatemala, Costa Rica et Honduras.

En un demi-siècle, nos coopératives ont inspiré de nombreux pays, quatorze au total en Amérique latine. Et une expérience similaire est également en cours en Haïti.

Pensez-vous que la proposition uruguayenne pourrait inspirer le développement de l’habitat coopératif en France ?

P.C. : Nous pensons que ce système peut être adapté à tous les pays. Mais, une fois de plus, son succès dépend de la manière dont les gens s’approprient l’idée. La population doit se demander si elle est disposée à obtenir un logement qu’elle ne pourrait certainement pas avoir autrement, mais qui ne sera pas sa propriété individuelle. Nous pensons que c’est possible car, quel que soit le lieu, ce dont les gens ont besoin, c’est d’un endroit digne où s’installer pour vivre. D’autant que chacun a la possibilité d’utiliser ce logement pour le restant de ses jours.


Pablo Caballero, était présent à Vaulx-en-Velin lors de la pose de la 1ère botte de paille, pour la coopérative d’habitants « Chamarel- les Barges » et aux 10 ans de l’association « Habicoop »
Pablo CABALLERO
Secrétaire Général de la FUCVAM


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