Main arrachée à Notre-Dame-des-Landes : la Zad sous le coup de la stupeur. Les circonstances de cette blessure restent floues. Sur la Zad, l’émotion est intense.

mercredi 23 mai 2018
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Reporterre

Main arrachée à Notre-Dame-des-Landes : la Zad sous le coup de la stupeur

23 mai 2018 / Nicolas de La Casinière (Reporterre)
Un jeune homme a eu la main droite arrachée par l’explosion d’une grenade GLI-F4, mardi sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Les circonstances de cette blessure restent floues. Sur la Zad, l’émotion est intense.

• Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage
Trois heures après le drame, la Zad est sous le choc, oscillant entre rage et abattement sans trop d’information précise sur les circonstances qui ont laissé ce zadiste mutilé sur le carreau.
On l’a su très vite, il a eu une main arrachée par une grenade GLI-F4. Son nom ?

Personne ne le sait encore.

Depuis, des zadistes découvrent qu’il est originaire de Marseille, retrouvent un de ses amis proches, pour qui cette idée de ramasser une grenade pour la relancer ne cadre pas du tout avec le comportement de son pote.

La famille est prévenue.

En prenant soin de demander à la victime ce qu’elle veut faire savoir des circonstances et de ses intentions.

Sur l’affrontement qui a valu à ce zadiste de perdre la main droite, voici les premiers éléments d’information.

Quand la grenade a explosé, la victime était auprès d’un passage en creux entre deux champs, cernée de haies, face à la forêt de Rohanne, entre Bellevue et La Chateigne.

Les gendarmes encerclaient la forêt pour permettre aux camions de déblaiement de retirer les matériaux des décombres.

C’était dans un moment de relative accalmie, après un affrontement plus intense.

Quelques cailloux, pas plus, vers les gendarmes mobiles qui décident de dégager le groupe d’une trentaine d’opposants.

Le ministère de l’Intérieur en a vu cinquante, selon son communiqué : « Une cinquantaine d’opposants radicaux cagoulés se sont attaqués aux forces de l’ordre en leur jetant notamment des cocktails Molotov et des projectiles. »

Des affrontements le 22 mai.

Le lieutenant-colonel Philippe Marestin, officier presse de la gendarmerie nationale, a apporté quelques précisions par téléphone à Reporterre : « On avait ce matin des opérations de dégagement, de déconstruction à la fois sur les axes et sur les parcelles où les structures avaient été installées illégalement au cours des deux derniers jours.

Depuis le matin, on avait un certain nombre de forces déployées pour procéder à ces opérations.

On avait notamment des déblaiements sur le chemin de Suez où plusieurs barricades avaient été réalisées, qu’il fallait déblayer.

Nous avions des gendarmes qui étaient entre le squat de Bellevue et l’ancien squat du Chateigne, on a eu une cinquantaine d’opposants particulièrement virulents qui harcelaient les forces de l’ordre qui étaient justement en bouclage pour protéger les opérations de déblaiement.

À coups de cocktails Molotov et de divers projectiles, ils empêchaient ces opérations de se dérouler normalement.

Donc, les gendarmes mobiles ont tiré du gaz lacrymogène — grenades lacrymogènes instantanées de classe F4 (GLI-F4), qui combinent à la fois un effet sonore, un effet de souffle et un effet lacrymogène — pour pouvoir dégager cette zone.

L’un des opposants a ramassé une grenade au sol, et lorsqu’il a ramassé la grenade au sol, la grenade lui a explosé au niveau de la main. Donc, il a été secouru rapidement, médicalisé, puis évacué par voie routière sur le centre hospitalier de Nantes. Il était aux alentours de midi. Le parquet de Saint-Nazaire a saisi la section de recherche de Nantes pour faire la lumière sur les circonstances de ces blessures. »

Les habitants de la Zad font entendre un autre son de cloche.

« Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y avait pas de cocktail Molotov, assure à Reporterre un membre de ce groupe.
C’est une grenade, ou plusieurs, qui a mis le feu au taillis.

Il faut même ajouter que, quand ce bord du bois a cramé, c’est nous qui avons été chercher deux extincteurs à Bellevue.

Mais comme les flics tenaient le bout de forêt en feu, il était impossible de passer pour l’éteindre. »

Après négociations, les extincteurs ont été fournis aux gendarmes vers 14 h, mais cela n’a pas suffi à éteindre les flammes.

À l’accueil de la ferme de Bellevue, à 400 mètres du lieu où est tombée la victime, un petit cahier avec des surlignages en jaune a enregistré les heures où l’information est arrivée : « 12 h 23 : Une personne blessée traînée hors de zone au nord. 12 h 34 : Une autre personne s’est fait embarquer. »

Radio Klaxon, la voix de la Zad sur les ondes, annonce à 11 h52 « un blessé grave, demande de soutien urgent Médics entre Bellevue et la Chateigne » ; puis à 15 h 10, « la personne qui a été blessée à la main selon nos sources a voulu ramasser la grenade pour la repousser et laisser passer ses camarades et elle a été plaquée au sol par la gendarmerie, c’est à ce moment exact que la grenade a explosé ».

Que s’est-il passé à l’orée de ce champ ?

« Franchement, la version selon laquelle il aurait ramassé la grenade pour la relancer, je peux pas la croire. On le sait tous qu’il faut pas les ramasser, ces engins-là. C’est écrit partout, tout le monde est au courant. Ce qu’on peut relancer, c’est juste les palets lacrymogènes, mais les grenades au sol non éclatées, et qui viennent de tomber, personne ferait un truc pareil », soupire cette zadiste, consternée.

Sur place, la procureure de Saint-Nazaire se refuse à toute déclaration.

Dans un chemin plus loin, une femme officier de communication de la gendarmerie refuse tout aussi net de répondre aux journalistes.

Un petit groupe des protagonistes, qui étaient sur place, est encore là, sous le choc.

Leurs témoignages sont assez flous : « Les gendarmes se sont remis à nous tirer dessus, tout le monde courait, on a reculé dans le champ.

— Quand la grenade a explosé, les gendarmes qui venaient de charger lui ont sauté dessus…

— Il a levé le bras, montrant son moignon aux copains, mais bon c’est un témoignage indirect, je ne fais que rapporter ce que m’a dit un gars qui y était.

— Il était à quelques mètres de moi, mais franchement, je n’ai rien vu. Ça se passe très vite.

— On a eu l’impression que les gendarmes fauchaient l’herbe à coups de pied pour cacher les traces. »

Une photo parvient vers 16 h sur un téléphone portable.

Plutôt insoutenable. Les deux jeunes femmes qui l’ont reçue se méfient, vérifient leurs sources :

« Faut être sûr que c’est bien ça. D’abord, qui te l’a envoyée, cette photo ?

— Un gars avec qui j’ai déjà été en contact sur Facebook », répond cette femme, qui ne sait plus manipuler son téléphone, tellement l’image la choque.

On y voit un jeune homme à terre dans l’herbe, tête renversée, bouche ouverte par la douleur, T-shirt blanc déchiré, torse nu ensanglanté, le bras droit ballant.

Un moignon rouge sang à la place de la main, des lambeaux de chair. Du sang sur le ventre, du sang dans l’herbe. Autour de lui, des pompiers portant des casques de gendarmes, les mêmes qui accompagnent les escadrons depuis la semaine passée. Ils portent des parkas sombres rayés de bandes fluo grises et jaunes et des baudriers orange siglés « infirmier ».

Une photo éprouvante que Reporterre a choisi de ne pas publier.

Une photo de guerre.

Elle contredit la communication du parquet de Saint-Nazaire, saisi de l’enquête, qui rapporte qu’après évacuation vers le centre hospitalier universitaire de Nantes, et « au regard des blessures occasionnées, il a été amputé de la main droite et demeure hospitalisé. Ses jours ne sont pas en danger ».

Qui a pris et transmis cette photo ? « D’après ce qu’on me dit, ce serait un gendarme…

— Non, c’est pas possible que la gendarmerie se vante de tels “exploits”.

— Pas l’institution, mais peut-être un gendarme à titre individuel, soit pour faire le malin, soit parce que lui-même est écœuré. »

Alors que les pompiers au service des gendarmes ont pris en charge le blessé, la violence ne s’est pas arrêtée.

À 14 h 20, le cahier de l’accueil de Bellevue enregistre trois nouveaux blessés : « Flashball dans le coude, un éclat de grenade dans le dos, un éclat de grenade de côté. » Un des trois a perdu connaissance.

À 17 h, une conférence de presse de l’équipe médicale de la Zad se tient à La Rolandière, à 50 mètres des fourgons de gendarmes, pare-choc contre pare-choc. Ambiance sous tension.

La représentante de l’équipe Médics explique qu’« il est assez peu probable et pas du tout crédible que la personne ait ramassé la grenade volontairement, étant donné qu’elle était en train de fuir. Quant à nos soignants, ils n’ont pas pu prendre en charge le blessé, qui n’était pas accessible. Nous n’avons pas de nouvelles de cette personne, évacuée par les forces de l’ordre.
On ne sait pas si on va réussir à en avoir.

Mais nous lui apportons tout notre soutien.

On sait les conditions difficiles, d’être interrogé dans sa chambre d’hôpital, avec des pressions pour influer sur le témoignage. »

Elle évoque les autres blessés du jour : une personne avec des éclats de grenade dans la fesse, avec des plaies de deux centimètres de large et autant de profondeur. Un autre avec des morceaux d’éclats dans le dos.

Devant les micros, le zadiste qui l’accompagne a la voix étranglée d’émotion : « Depuis le 9 avril [début des expulsions], de nombreuses personnes ont été atteintes à quelques millimètres d’organe vitaux, donc à quelques millimètres de la mort.

On est à plus de 300 blessés. On craint vraiment un mort. Si l’on veut éviter le pire, il faut que l’État arrête d’utiliser des armes létales contre nous. »

Voir vidéo
https://reporterre.net/Main-arrachee-a-Notre-Dame-des-Landes-la-Zad-sous-le-coup-de-la-stupeur


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