L’hôpital public en Hongrie, « c’est l’enfer sur terre »

lundi 18 avril 2016
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : le site HULALA

18 avril 2016 par hu lala

L’hôpital public en Hongrie, « c’est l’enfer sur terre »

Régulièrement, les journaux rapportent des histoires plus sordides les unes que les autres qui se passent dans les murs des hôpitaux publics en Hongrie. Tímea Szabó, députée du parti de gauche « Dialogue pour la Hongrie », s’est faite engagée incognito comme aide-soignante dans un hôpital public de Budapest.

Elle raconte sur son blog ce qu’elle y vit au jour le jour et jette ainsi une lumière crue sur l’état de délabrement du secteur de la santé publique.

Ce qui suit est la traduction d’un article paru le 4 avril 2016 dans le quotidien de gauche « Népszava », sous le titre « A valós helyzet maga a földi pokol » – Kórházi dolgozónak állt a politikus.

« La situation réelle, c’est l’enfer sur terre. Après ma journée d’hier je peux affirmer qu’il n’est pas exagéré de dire que les gens iront mourir doucement dans les hôpitaux  », écrit sur sa page Facebook Tímea Szabó, membre de la présidence de « Dialogue pour la Hongrie » et qui a décidé d’aller enquêter par elle-même sur les nouvelles alarmistes concernant l’état des hôpitaux, de plus elle le fait « d’en bas », elle s’est engagée en tant qu’aide infirmière – c’est en tant qu’aide-infirmière volontaire que je vais travailler pendant un mois dans le service cardiologie du secteur pathologies internes d’un hôpital de Budapest, pour connaître de l’intérieur les soins médicaux hongrois et voir de mes propres yeux l’ampleur du mal.

J’espère pouvoir plus tard aider sur le fond les malades et les infirmier(es) et médecins qui travaillent ici. Car, que diable, il n’est pas possible de continuer à s’amuser avec le secteur de la santé – a écrit la femme politique du mouvement Dialogue pour la Hongrie, qui partage sur son blog ses expériences et les événements de ses journées de travail. Ce qui suit est un extrait de tout cela.

Suivre le blog et la page facebook de Tímea Szabó

Vendredi matin. je me suis mis au travail hospitalier pour un mois. Là où je suis aide infirmière, dans le secteur pathologies internes, ce sont presque exclusivement des hommes et des femmes âgés qui sont alitées, plusieurs sont malheureusement au stade terminal, impotents. Plusieurs ne reçoivent pas de visite ou rarement et ils n’ont rien hors du lit et du pyjama. La petite table à côté du lit est vide. Il n’y a pas d’assiette, de verre, de couvert ni de papier toilette.

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Celui ou celle qui est allé à l’hôpital récemment sait qu’on ne reçoit pas comme ça ce genre de choses. Les infirmières non plus.
Pendant la distribution du petit déjeuner, je beurre les tartines, je demande à l’une des infirmières où je dois déposer le « sandwich » qui est préparé, sur lequel se trouvait un morceau de charcuterie de provenance quasi-indiscernable. Elle me dit : « je ne sais pas. Je le donne de la main à la main  ».

Bon appétit !! J’ai honte qu’il doive manger ainsi.

Plus tard, j’interroge l’infirmière principale : n’y a-t-il pas au moins une serviette, ce sur quoi elle me regarda amèrement en souriant : elle ne sait plus quand il y en a eu pour la dernière fois.

|Elle est celle qui par ailleurs jongle admirablement avec les 260 000 forints (soit environ 860 euros) que le service cardiologie reçoit chaque mois pour rester en état de marche.
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Encore une fois : 860 euros !…..moins que ce qu’a dépensé János Lázár (ndlr : directeur de cabinet du Premier ministre) pour une seule nuit de chambre d’hôtel à Milan.

Puisque nous étions vendredi 1er avril, c’est-à-dire le premier jour du mois, dans le service il fallait commander les fournitures nécessaires pour un mois.

L’interrogation principale étant : sur quel matériel doivent-ils rogner ?

Électrode de pacemaker, récipient pour les excréments, couches ou gants en caoutchouc.

Il n’y a pas assez d’argent pour quoi que ce soit.

Il faut planifier habilement car si cela s’épuise, il faut deux ou trois jours pour trouver de l’argent quelque part et pour le faire livrer.

En attendant…pas d’examen.

Nous économisons les gants en caoutchouc, m’a dit l’une des infirmières, comme ça ce ne sont pas les malades mais nous-mêmes que nous mettons en danger lors d’un examen. Elle a déjà attrapé une infection par le passé et est restée chez elle deux semaines.

Le manque d’infirmière est intenable.

Dans le service elles sont deux en même temps pour vingt malades pendant douze heures.

L’une d’entre elles après trois années gagne 90 000 forints (ndlr : un peu moins de 300 euros), depuis l’âge de huit ans elle veut devenir infirmière.

La seconde, après trente-deux années de travail gagne 140 000 forints (environ 460 euros).

Ces infirmières vont au vestiaire se changer à 6h du matin.

Ensuite, parfois elles balaient l’enduit qui est tombé de leur armoire pour que la poussière n’aille pas sur leur habit.

La garde commence, moi j’arrive après 7h, alors qu’elle sont déjà submergées de travail.

A 11h je jette un œil sur l’horloge, quant à elles, elles ne se sont pas assises une seule minute.

C’est surhumain la façon dont elles supportent cela douze heures par jour.

Elles me demandent : et toi, tu fais quoi quand tu n’est pas là ?

Je me sens soulagée, elles ne savent pas qui je suis, je ne joue pas à l’infirmière, pas de traitement « VIP ».

Il n’y a que des infirmières et des malades.

« Maintenant ne rentre pas car nous changeons un pansement sur une jambe ulcéreuse. Il vaut mieux que tu ne regardes pas ».

J’y vais, en pensant que je sortirai si je me sens mal. Je me suis sentie mal. Je n’ai pas vu la blessure, seulement le pansement retiré. J’ai regardé le visage de l’infirmière, elle aussi a saisit la table de nuit un moment.

« Tu sais le problème, c’est que l’ulcère a une odeur douce caractéristique que je ne supporte pas ».

Mais bon, il le faut. Le visage de l’autre infirmière ne tressaille pas : « Je m’efforce que cela ne fasse pas mal », répète-t-elle au monsieur. Mais cela fait mal.

Nous sortons, moi j’exprime mon horreur, elles sourient.

Peux-être que tu t’habitueras, disent-elles.

Sinon, ce n’est pas grave. Dans l’une des chambres, une vieille dame a de la salmonelle dans l’urine.

Nouvel examen. Elles mettent les gants, les enlèvent. Pendant ce temps un malade dehors en ambulance, douleur de poitrine, il faut un électrocardiogramme. Des pas rapides. « Bonjour, ça va faire un peu froid, je vous en prie ne vous effrayez pas. Nous sommes prêts. » Retour dans les autres chambres.

Les médicaments ont déjà été distribués, les malades transférés, de nouveaux arrivent. Pas le temps de s’asseoir.

Il n’y a pas plus d’infirmières, il n’y a pas d’équipements, il n’y a pas d’argent.

Il y a de la persévérance, celle des infirmières.

Je m’en vais et je me demande : où est Balog ?(ndlr : Balog Zoltán, ministre des ressources humaines)

Pourquoi ce n’est pas lui qui est ici, en fait ?

Qu’a-t-il dit déjà ?

Que le manque d’argent peut être remplacé par l’amour et l’attention ?

S’il est malade, il avalera sûrement de l’amour au lieu de médicaments…

Dans le gouvernement l’arrogance et l’insouciance sont au sommet.

Il faut remettre les 400 milliards de forint dans le secteur de la santé, rien d’autre. (ndlr : soit à peu près 1 milliard 300 millions d’euros).

Il n’est pas possible de ne pas respecter les travailleurs !

Il n’est pas possible d’accomplir ce travail pour si peu !

Tout simplement pas ! C’est seulement grâce à elles que le système tient. Lundi matin je reprends le travail.

Traduction réalisée par Paul Maddens.


A lire

Hongrie : « nous sommes unis et nous ne les laisserons plus continuer comme ça. »

http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article4700

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