Ouvriers sous-traités et mal traités dans l’industrie allemande de la viande

lundi 30 janvier 2017
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Equal Times
30 janvier 2017

Ouvriers sous-traités et mal traités dans l’industrie allemande de la viande

par Rachel Knaebel

C’est en grande partie de là que viennent les millions de tonnes de viande et de volaille que l’Allemagne ingurgite et exporte. 350 millions de volailles, 19 millions de porcs et plus de 500.000 bœufs passent chaque année par les abattoirs de la Basse-Saxe, une région agricole du nord-ouest du pays.

La zone est devenue au fil des années le cœur de l’industrie allemande de la viande.

Et aussi le lieu de tous les abus en matière de conditions de travail et de salaire des ouvriers qui abattent, découpent et emballent.

Environ un tiers des quelque 30.000 ouvriers chargés de l’abattage et du découpage des bêtes en Allemagne sont originaires d’Europe de l’Est et du Sud.

Une majorité d’entre eux sont employés dans des entreprises sous-traitantes où ils sont régulièrement victimes d’abus en matière de droits sociaux et de droit du travail.

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(AP/Gero Breloer)

La situation désastreuse des travailleurs du secteur est lentement apparue au grand jour il y a quelques années : des salaires à 5 euros (5,20 USD) bruts de l’heure, parfois moins, des ouvriers migrants d’Europe de l’Est entassés dans des logements insalubres pour lesquels ils devaient payer plusieurs centaines d’euros, des journées de 12 à 14 heures ainsi que des conditions de travail extrêmement dangereuses pour leur santé.

« Esclaves salariés dans les abattoirs allemands », titrait le quotidien Süddeustche Zeitung en juin 2013.

« L’industrie de la viande exploite de manière systématique les ouvriers est-européens », renchérissait Die Zeit l’année suivante.

Selon le syndicat du secteur, Nahrung-Genuss-Gaststätten (NGG), un tiers des quelque 30.000 ouvriers chargés de l’abattage et du découpage des bêtes en Allemagne sont originaires d’Europe de l’Est et du Sud.

Sans compter ceux qui œuvrent sur les sites de transformation et d’emballage.

En alertant les autorités locales, la presse, et avec la mise en place de structures d’aide spéciales pour les travailleurs migrants de la branche, les syndicats du secteur ont réussi ces deux dernières à imposer quelques changements.

« Pour parvenir à améliorer la situation, il faut scandaliser l’opinion publique. C’est ce que nous avons fait dans la région. Alors, l’Église a commencé à s’impliquer, les médias se sont intéressés à la question. Aujourd’hui, ces travailleurs migrants sont hébergés dans des logements de meilleure qualité et moins chers », rapporte Thomas Bernhard, responsable régional du syndicat NGG.

En 2014, une cinquantaine d’entreprises du secteur ont signé un code de conduite en matière d’hébergement de leurs ouvriers migrants.

Rien de juridiquement contraignant, mais des lignes directrices qu’elles s’engagent à suivre pour éviter les conditions de vie dégradantes. Des standards que les entreprises sous-traitantes de ces groupes signataires devraient, en principe, elles aussi respecter.

« Mais nous voyons toujours des ouvriers à qui les employeurs retirent 250 (263 USD), 350 (368 USD), voire 400 euros (418 USD) de leur paie pour un hébergement dans des dortoirs de quatre à six hommes par chambre, » témoigne Piotr Mazurek, conseiller dans la ville d’Oldenburg auprès des travailleurs polonais du secteur, dans le cadre du programme Faire Mobilität porté par la confédération syndicale allemande Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB).

Une telle somme suffirait pourtant tout à fait pour avoir une chambre à soi dans une simple colocation, voire un petit appartement.

« Mais les travailleurs acceptent parce qu’ils se trouvent dans une double dépendance de travail et de logement vis-à-vis de leur employeur. S’ils réclament, ils courent le risque de se retrouver à la rue. »

Sous-traitance à grande échelle

Les améliorations promises se font en grande partie toujours attendre sur le terrain.

Ainsi, un salaire minimum de branche existe dans le secteur de la viande depuis 2014. De 7,75 euros (8,11 USD) bruts de l’heure alors, il est aujourd’hui passé à 8,75 (9,15 USD), soit à peine le niveau du salaire minimum national interprofessionnel mis en place en Allemagne en 2015.

« Les ouvriers rencontrent toutefois des difficultés à le faire respecter concrètement sur les rémunérations nettes. Les employeurs font par exemple payer aux employés leurs outils de travail, le nettoyage des tenues de travail… », constate Mazurek.

Quand ils font face à de telles obstacles pour faire valoir leurs droits, les ouvriers migrants font alors appel à lui, car c’est un des seuls vers qui ils peuvent se tourner.

Ils travaillent pour la plupart pour des entreprises sous-traitantes, de petite taille, souvent domiciliées à l’étranger, et dans lesquelles il n’y a aucun représentant du personnel ni, a fortiori de représentant syndical.

Selon les données mêmes du groupement des employeurs de la branche, le Verband der Ernährungswirtschaft, plus de la moitié des ouvriers du secteur sont aujourd’hui employés par des prestataires sous-traitants ou comme intérimaires.

Selon Mazurek, la proportion va jusqu’à plus des trois-quarts dans les quatre très grands groupes qui dominent dans la région de Basse-Saxe.

« Ces 15 dernières années, la proportion de salariés employés directement par les entreprises de l’industrie de la viande a largement baissé, le nombre d’ouvriers employés par des sous-traitants a augmenté, » affirme le conseiller.

« Cela coûte moins cher aux entreprises, et c’est plus flexible en matière de droit du travail. Les ouvriers des sous-traitants reçoivent des salaires en moyenne 60 % plus bas que ceux directement salariés.
Et quand il y a des problèmes d’exploitation grave chez tel ou tel prestataire, les entreprises donneuses d’ordre peuvent se dédouaner et protéger ainsi leur image en changeant simplement de sous-traitant. Avant, il s’agissait essentiellement d’entreprises écrans, de simples boîtes aux lettres enregistrées en Slovaquie ou en Pologne, avec des salariés soi-disant détachés et donc payés aux conditions salariales et de cotisations sociales de là-bas. »

Heureusement, les choses ont changé sur ce point.

Dix-huit entreprises se sont engagées en 2015 à ne plus faire travailler les salariés des sous-traitants qu’aux conditions du droit allemand. Pour autant, elles ne prévoient pas de moins recourir aux prestataires, ce qui est pourtant le cœur du problème d’après le syndicat NGG.

Il demande que la convention collective oblige les entreprises du secteur à augmenter leur part d’employés directs de 10 % chaque année. Il ne s’agirait, en fait, que de faire respecter le droit.

« Normalement en Allemagne, on ne peut faire appel à des contrats de sous-traitance que pour des tâches annexes qui ne constituent pas le cœur de l’activité d’une entreprise. Ce n’est pas la pratique dans le secteur de la viande, loin de là », précise Mazurek.


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