Hongrie/ Vaulx-en-Velin : Hommage à Mihaly Csako dit Michel

vendredi 18 janvier 2019
par  onvaulxmieuxqueca
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Hommage à Mihaly Csako dit Michel

Première partie
Avertissement, ce texte a été écrit dans « l’urgence » faisant appel à la mémoire. De plus il est le témoignage, voir le témoignage du témoignage, qui peut embellir la réalité. Ce récit a un seul but, rendre un hommage aux femmes et aux hommes qui se sont battus et continuent à se battre en Hongrie dignement pour la démocratie, la justice sociale, l’écologie,… . Il appartient aux historiens et autres chercheurs à nuancer ces propos et mettre ce témoignage intime en perspective avec d’autres faits. Mais l’importance aujourd’hui, c’est de saluer à travers la mémoire de Mihaly Csako, toutes celles et tous ceux qui en Hongrie comme ailleurs méritent notre respect, car ce sont nos compagnons de luttes sur des valeurs essentielles, faisant mentir tous ceux qui à travers l’information spectacle, nous montrent un peuple mouton, sans capacité à réfléchir et à se battre.


La première fois que nous avons dialogué avec Mihaly Csako, c’était en 1979, au camping Roma de Budapest. C’est le syndicaliste internationaliste Pal Forgacs et sa compagne Flora Fencsik, que nous connaissions déjà (livraison de livres non autorisés chez eux) qui l’a guidé jusqu’à nous « les porteurs de valises » venu « clandestinement » de Lyon, mais en fait de Vaulx-en-Velin (1).

Mihaly Csako, professeur de sociologie à l’université de Budapest venait de perdre son emploi, licencié du jour au lendemain, sans possibilité de dire au revoir à ses étudiants.

Le pouvoir lui reprochait d’avoir signé deux pétitions, une, protestant contre la volonté du gouvernement de l’époque de limiter le droits de l’avortement aux femmes et l’autre d’avoir signé une pétition de solidarité avec la charte 77 (printemps de Prague). Visiblement ces deux prises de position étaient insupportables pour le régime de János Kadar.

Ayant retrouvé un travail moins intéressant, mais lui permettant de « dégager » du temps, il avait commencé un travail de recherche sur le syndicalisme. C’est pourquoi il voulait nous rencontrer pour connaitre notre point de vue sur les syndicats CGT, FEN et la CFDT (avant le recentrage).

Mihaly Csako, connaissait très bien l’histoire et le mouvement syndical français. Fils d’un dirigeant syndical hongrois, enfant, il accompagnait son père dans des conférences et réunions syndicales où il croissait bon nombre de dirigeants syndicaux du monde entier.

De plus, dans le cadre d’échange d’étudiants, il vint, pour une formation, en mars 1968 à Paris. Ce fut une double formation (universitaire et sur le terrain) ! Il en gardera toute sa vie un grand intérêt pour le mai 68 français et pour le printemps de Prague… Le syndicalisme à la recherche d’une véritable démocratie.

Mais avant de poursuivre sur une partie de la vie militante de Mihaly Csako (Michel), il nous faut planter le décor, avec au moins deux personnes, deux personnages (2) haut en couleur, pour comprendre dans quel contexte cela se situe et comprendre la force de ces femmes et hommes qui dans la dignité et la constance ont su dire NON et faire ce qui devait être fait.
Pàl Forgacs fortement lié à Mihaly Csako et Laszlo Rajk (fils), un symbole pour la Hongrie.

2ème partie

Pàl Forgacs :

Pàl Forgacs (Paul) toute sa vie était liée au syndicalisme.

Paul devient à 16 ans secrétaire de son syndicat de pâtissier à Budapest avant la seconde guerre mondiale.

Il plonge « dans une sorte de clandestinité syndicale pendant toute cette période. A l’approche de la libération, il est invité par la direction « confédérale » de son syndicat (sociaux démocrates et communistes) à se rentre à une réunion à la « « bourse du travail » » de Budapest pour relancer en plein jour le syndicat.

Il arrive au lieu-dit, avec deux heures de retard, dû à de multiples contrôles d’identité. La salle est dans un désordre indescriptible, montrant qu’une lutte a eu lieu… Renseignements pris, c’est l’armée rouge qui, troublée par cette réunion, a arrêté l’ensemble des participants, pour remplir le quota de prisonniers que chaque armée victorieuse avait droit (3).

« Piqué » par la libération et sa volonté de reconstruire le mouvement syndical en Hongrie, il devient à 24 ans le directeur de l’école de formation de son syndicat…chargé des relations internationales (il est très doué pour les langues, français, allemand et plus).

C’est ainsi qu’il est invité en France et commencera à bien connaitre les divers syndicats français de l’époque. C’est certainement à cette occasion qu’il fit connaissance de Louis Saillant et que naît entre eux, une amitié et une solidarité réciproque.



Louis Saillant, « est le représentant de la CGT au Conseil national de la Résistance (CNR), dont il prend la présidence le 11 septembre 1944. On le retrouvera ensuite à Alger, comme représentant de la CGT au GPRF. En novembre 1944 il est délégué par le CNR à l’Assemblée consultative provisoire. Il y siège jusqu’à la dissolution de celle-ci, en août 1945.

À la Libération, il entre au Bureau confédéral. En mars 1946, à l’issue de la « Conférence syndicale mondiale », qui se tient à Paris sous la présidence de Léon Jouhaux et en présence de trois cents délégués de soixante-cinq pays, naîtra la Fédération syndicale mondiale, dont il deviendra le secrétaire général jusqu’en 1968. » Il est également « Membre du Mouvement de la paix »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Saillant


Après l’espérance immense de la libération et de la construction syndicale, l’ « orage » pointe son nez. Le rouleau compresseur du « stalinisme » joue à plein régime. Il contrôle l’ensemble des rouages de la société hongroise… Paul refuse d’adhérer au parti communisme… Déchu de toutes ses responsabilités au sein de son syndicat, commence une période « noire »… Mais le syndicalisme continue à l’animer. Il trouve un travail, mais il sera souvent licencié, ses « patrons communistes » trouvent qu’il a trop d’influence sur les ouvriers.

En 1956 il est élu président du conseil révolutionnaire de son entreprise.

Pendant la 2ème intervention de l’armée rouge, le grand conseil ouvrier de Budapest demande aux entreprises alimentaires de ne pas faire la grève, pour éviter d’asphyxier la grève générale et le travail des conseils ouvriers (4). Ce qui explique qu’il ne sera pas réellement inquiété après 1956.

Au gré des cycles d’ouverture et de fermeture du régime, il retrouve pour un temps des fonctions syndicales… Mais il faudra une intervention déterminée de Louis Saillant, pour que Paul, puisse être élu membre de la CE de la FSM, comme représentant de la chimie.

A la FSM Pal Forggacs participe au service économie et l’internationale jusqu’à la fin de l’année 1968 où lui et son ami et camarade, Louis Saillant seront démis de leurs fonctions pour s’être solidarisés avec le printemps de Prague. Tous les deux resteront simplement membres de la CE pendant quelque temps.

C’est à ce moment qu’une lente évolution personnelle de Paul et Flora (sa compagne) va s’effectuer, les « pousser » vers l’opposition démocratique de Hongrie, autour de la revue Beszélő (4) (non autorisé, mais légale) en rendant de nombreux services à celle-ci.

Dans les années 80, il organise une université ouvrière volante (d’appartement en appartement), participe au comité de défense des pauvres avec de nombreuses autres personnalités, s’intéresse toujours au syndicalisme. Il devient en 1988 le présidant d’un 1er syndicat libre de Hongrie, qui deviendra plus tard la LIGA, animateur de la grève victorieuse des taxis de Budapest et bien d’autres. Mais la maladie le « ronge ». Il démissionne de ses fonctions au moment d’un gros conflit dans la LIGA (5).

Et c’est Öry Csaba qui réussit à prendre la direction de la LIGA.

Paul sera avant de mourir un des principaux animateurs de la Charte démocratique en organisant de grandes manifestations contre le racisme et l’extrême droite (6)

Quelques semaine avant sa mort, j’ai rencontré pour la dernière fois Pal Forggacs (7).

Il était très affaibli mais toujours profondément ancré dans un syndicalisme international, prompt à la solidarité et à l’échange… Il m’exprima sa joie des transformations démocratique de son pays, tout en étant fortement inquiet du sort des ouvriers, des retraités et de la jeunesse.

Quelque part, l’ombre des conseils ouvriers de 56 planait, sans l’avoir abordé, sur le bilan de cette transition (les usines appartiennent aux ouvriers).

Dans une telle transition, qu’elle est la place de la démocratie économique, la gestion ouvrière…

Mais pour cela, il aurait fallu des mots pour les exprimer et débattre sereinement.
Mais à ce moment-là, et dans le contexte de la « chute du mur de Berlin », les mots manquent. Les coopératives sont le synonyme pour beaucoup de hongrois (et Europe centrale) d’une structure bureaucratique et non humaine, les entreprises d’état, une structure bureaucratique, inefficace et anti-ouvrière profitant aux nouveaux riches.

Le tout doublé d’une incompréhension (Est Ouest) entre militantEs de la justice sociale et rendit le débat et les propositions concrètes, impossible… Seul le capitalisme sauvage, pouvait s’imposer pour une longue période, avec bon nombre de résistances.
Il organise la solidarité politique et financière en mettant en place, par exemple, des camping de vacances pour les enfants polonais, avec le syndicat polonais Solidarność


(1 ) pour faciliter la compréhension, nous disions que nous venions de Lyon, mais en réalité une grande partie de ces porteurs de valises, travaillaient, habitaient ou allaient habiter à Vaulx-en-Velin. Ils étaient enseignant (école émancipé, bulletin « L’école causse »), ouvriers/employés (CGT) employés (CFDT).

(2 )

et d’autres comme János Kis, Pierre Kende « La deuxième révolution d’octobre » (Le Seuil 1978), écrit avec K. Pomian, Haraszti Miklos « Salaire aux pièces ». « Ouvrier dans un pays de l’Est . », Gáspár Miklós Tamás (Attac Hongrie et plus) https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A1sp%C3%A1r_Mikl%C3%B3s_Tam%C3%A1s... et beaucoup plus de personnes

(3 )

l’ensemble de ces dirigeant syndicaux, seront enfermés dans des goulags, une partie mourra dans ces camps, les autres sont revenus grâce à la ténacité des personnes comme Pàl Forgacs mais dans un état physique et moral désastreux…

(4)

Beszélő  : parloir, jeux de mot désignant le parloir de la prison et le pouvoir de parler.

(5)

Des débats vifs auront lieu à l’intérieur de la liga entre Paul et Öry Csaba. Suite à la maladie de Pàl Forgacs qui fut contraint de démissionner de-là présidence de la LIGA, Öry Csaba le remplacera, et à partir de ce moment la LIGA se transformera en courroie de transmission du pouvoir de Viktor Orbán. Lors des attaques contre le code du travail en Hongrie, qui sera le point de départ de toutes les attaques contre les codes du travail *en Europe et plus, la ligua sera perçue comme un syndicat qui signe les documents gouvernementaux plus vite que son ombre. Öry Csaba est actuellement député européen et un soutien à Viktor Orbán.

* « La Hongrie : un laboratoire politique ?

Plusieurs observateurs tendent à penser qu’il s’agit là d’un véritable laboratoire politique au cœur de l’Europe : il s’analyse à la lumière des déceptions politiques et vis-à-vis du système démocratique, qui émergent dans plusieurs endroits de l’Occident mais aussi du fait de l’essoufflement d’un modèle économique alignant les plans d’austérité qui plongent la population hongroise dans une situation de plus en plus précaire (1/3 des hongrois vivent en dessous du seuil de pauvreté dont un million dans des conditions d’extrême misère !). »

http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article2100
Vendredi 2 décembre 2011, trois leaders confédéraux – MSZOSZ, LIGA et les Conseils ouvriers (Munkástanácsok) - ont accepté l’invitation du ministre de l’économie, M. Matolcsy, pour signer un accord sur le Code du travail, remettant de fait en cause le contrat de travail, et de véritables négociations collectives.
http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article2009

(6)

Source Le Monde diplomatique (mai 1993) par Jean-Yves Potel : ……les idées xénophobes s’amplifient, notamment au sein du parti au pouvoir à Budapest ; la récession économique s’approfondit : en 1993 le chômage atteindra 17 % de la population active et l’inflation 15 %. Les scénarios gris ou franchement noirs sont discutés ouvertement dans les cercles politiques et un mouvement de citoyens, la Charte démocratique, organise de grandes manifestations contre les périls antidémocratiques.
Vieil opposant, fondateur du premier syndicat indépendant, M. Pàl Forgàcs, porte-parole de la Charte, se confie : « J’ai connu deux dictatures, celle de Hitler et celle de Staline, et je perçois aujourd’hui des signes alarmants.
La démocratie n’est pas encore définitivement acquise. Si nous ne mobilisons pas l’opinion publique, la situation tournera mal à la moindre provocation. » Il insiste sur les visées déstabilisatrices de l’extrême droite qui pourrait tirer parti de la guerre proche qui déchire la Yougoslavie.
D’après les syndicats, deux millions et demi de personnes (sur 10,8 millions d’habitants) vivent avec des revenus inférieurs au minimum vital officiel (12 000 forints par mois), tandis que les classes moyennes dilapident leurs réserves et s’appauvrissent. « La misère, conclut ce vieux routier du syndicalisme, ne favorise pas l’organisation revendicative. Elle est l’alliée du nationalisme et du populisme. Le temps travaille pour eux. ».
https://www.monde-diplomatique.fr/1993/05/POTEL/45267

(7)

Chronique de MARIE Patricia, le 11/02/1997 à 0h00 « La croix »
https://www.la-croix.com/Archives/1997-02-11/Chronique-_NP_-1997-02-11-422019
Un article ou se glisse quelques erreurs, mais sur le fond, fortement juste.


3ème partie

Laszlo Rajk, père et fils :

Laszlo Rajk s’engage très tôt dans le mouvement communiste hongrois. La famille Rajk est « divisée » comme dans la chanson de Jean Ferrat « Maria », son frère est membre de l’extrême droite…Vite remarqué, il s’engage dans les brigades internationales où il se retrouve avec la direction du parti communiste hongrois sur l’un des fronts républicains d’Espagne.

Un « incident » va opposer Laszlo Rajk à la direction de son parti, à propos de la distribution des repas sur ce front. Les repas livrés, dépendent du nombre de personnes valides sur le front le matin. L’« incident » repose sur comment distribuer les repas des « morts et évacués ».

Laszlo Rajk père, considère que ces repas doivent être distribués équitablement entre tous, la direction du PC Hongrois impose qu’ils soient uniquement distribués à la direction du front… Cette rébellion va être sans doute déterminente lors du procès de Moscou à Budapest dont il sera victime.

A la fin de la guerre d’Espagne, il se retrouve dans un camp d’internement en France… En « manœuvrant » il réussit à partir en Allemagne.

Puis d’Allemagne clandestinement, il retourne en Hongrie, où il participe à la résistance contre le nazisme.

Quelque temps avant la libération de Budapest en décembre 1944, il est arrêté et son sort déjà céllé. Le frère de Laszlo, Endre Rajk, sous-secrétaire du parti fasciste, s’arrange pour retarder la procédure. « Libéré » il reprend sa place dans la résistance…Le frère de Laszlo est alors arrêté. Laszlo utilise une procédure semblable pour sauver son frère. Endre Rajk réussit à partir de la Hongrie.

Les actes de résistances et ses activités communistes sur le sol Hongrois, font de Laszlo Rajk la personne la plus populaire au sein du parti, comme à extérieur (contrairement à ceux venant de Moscou).

Son meilleur ami est János Kadar qui devient le parrain de son fils Laszlo. Laszlo Rajk, père, toujours aussi populaire, commence à avoir des ennuis.

Il est arrêté le 30 mai 1949 avec sa femme Julia. Laszlo fils, qui n’a alors que quelques mois, est placé dans un orphelinat et change de nom (István Kovács).

On accuse le couple d’être titiste, fasciste, trotskiste, agents de l’impérialisme et des services secrets… Laszlo Rajk, père, refuse de signer de tels mensonges, malgré la torture… János Kadar, son meilleur ami et parrain de son fils, qui est à la tête du ministère qu’occupait Laszlo Rajk, vient le voir et lui explique qu’il sait qu’il n’est pas coupable, mais que le parti a besoin de ce procès et s’il accepte il ne sera pas exécuté.

Quelque temps plus tard, Laszlo Rajk craque et signe toutes les accusations, sans doute au nom du parti.

Laszlo Rajk est condamné à mort et exécuté (en 1949 il avait 40 ans). Sa famille et ses ami(e)s ne sachant pas si son épouse Julia (a2) est emprisonnée ou a été exécutée secrètement, arrivent à savoir où est Laszlo fils. Après de nombreuses démarches, la famille adopte Laszlo fils, ne sachant pas si sa maman est encore en vie. Ils décident de dire qui sont ses parents.

Mort de Staline. La période « libérale » venant de Moscou, l’étau se desserre, Julia est libérée. Elle récupère son fils. Elle « milita courageusement pour que son mari soit de nouveau enterré avec les honneurs qui lui étaient dus. 100 000 personnes au moins assistèrent à ses funérailles le 6 octobre. »(Les Frères Rajk, de Duncan Shiels).

Le 23 octobre 1956 commence la deuxième révolution d’octobre, celle des conseils ouvriers.

« Julia, alors très proche du révolutionnaire Imre Nagy, et son fils Laszlo, furent au cœur des événements ainsi qu’après que les chars soviétiques aient écrasé la révolution (Les Frères Rajk, de Duncan Shiels) et l’entrée en piste de János Kadar comme chef du nouveau gouvernement. Imre Nagy, Julia, Laszlo et d’autres responsables de cette courte période se réfugient à l’ambassade de Yougoslavie.

Mais quelques semaines après, l’ambassade les remet à la nouvelle autorité Hongroise.

Tout le groupe, adultes et enfants, seront exilés en Roumanie. Imre Nagy et d’autres seront exécutés sur place en 1958.

Plus tard, les survivants sont autorisés à rentrer en Hongrie. Laszlo Rajk fils devient le symbole du 56 hongrois parmi la population, et devient « intouchable » comme un peu Jean-Paul Sartre en France…Il devient dissident (et architecte et artiste) dès le début des année 1970, avec bon nombre d’autres jeunes intellectuels (souvent membre du parti).

Ils « baignent » dans la révolte de la jeunesse internationale de Mai 68. L’activité de ces jeunes va bon train, recherches sur le terrain, écritures qu’ils demandent à être imprimer officiellement.

Ces demandes sont souvent non autorisées, mais imprimées quand même avec les moyens du bord sur place (clandestinement) et à l’étranger.

Ils prennent la défense de Che Guevara, et plus et plus… Les ennuis avec la « justice » commencent.

C’est à ce moment-là que Laszlo Rajk à l’idée (comme en France) de demander à sa mère et aux ami(e)s de sa maman (dignitaires du mouvement communiste des diverses périodes), de venir témoigner en faveur de ces jeunes.

Et c’est efficace.


Le groupe de diverses compositions, se structure autour de la revue Beszélő (4 ), et tisse des liens avec les anciennes oppositions de 1956, en France par exemple (Pierre Kende, « Les cahiers Hongrois »).

Le groupe s’organise, par exemple autour de la littérature et fait des recherches sur le terrain. Mais ces écrits ne passent pas le stade de la censure.

Ils sont alors soit imprimés clandestinement sur place, soit les manuscrits arrivent à Paris (Pierre Kende) pour être imprimé.

Puis des porteurs de valises transportent ces livres à Budapest, dans des appartements amis. Ils sont ensuite vendus, des jours précis, dans l’appartement de Laszlo Rajk (a1).

Laszlo Rajk, symbole de la révolution de 1956, János Kadar son parrain n’ose pas l’interpeler de peur des conséquences sur l’opinion publique.
Ce qui explique que Laszlo Rajk, soit sur tous les fronts et « protège » ainsi les activistes de diverses causes, (charte 77, comité de défense des pauvres, mouvement naissant de l’écologie, désarmement nucléaire, liaison avec les oppositions démocratiques des pays de l’Est, tentatives de se présenter aux élections) tout en poursuivant ses activités professionnelles.

Il s’investit fortement pour le désarmement nucléaire à l’Est comme à l’Ouest (a3). Après la chute du mur de Berlin, il sera élu député, membre du parti libérale (au sens américain) « Alliance des démocrates libres ». Lors de cette ouverture, il « dépensât » beaucoup d’énergie pour que des Rroms soient élus. Il réussit en partie à atteindre son objectif mais pour peu de temps, le capitalisme sauvage « ayant pris la main »…

Lors de la révision de la constitution et la suppression du mot République et des valeurs liées à celle-ci, Laszlo Rajk organisa une exposition d’art pour dénoncer cette remise en cause.

(a1) Longtemps Laszlo, a habité un petit appartement au centre de la ville, ayant cette particularité d’avoir deux entrées. C’est là qu’étaient vendus les livres et publications non autorisés.

Les acheteuses et les acheteurs de ces livres étaient les plus déterminés de l’opposition large. Ils achetaient plusieurs exemplaires du même livre, les distribuaient dans leurs réseaux.

Ces livres lus étaient de nouveau distribuer dans d’autres réseaux, jusqu’à ce qu’ils soient en « miette ».

Chaque fois que Laszlo Rajk ne pouvait pas être dans son appartement, une descente de police avait lieu, raflant l’ensemble des publications non autorisées. Souvent la police cherchait également des agrafes et agrafeuses, qui permettaient d’agrafer les revues (une centaine de pages), sans ces agrafes pas de possibilité d’assembler ces publications diverses, ce qui limitait ainsi le nombre de lecteurs par numéro.

A la mort de la mère de Laszlo, les autorités exigèrent que Laszlo laisse son appartement du centre-ville de Budapest, pour prendre l’appartement de sa maman, bien plus grand et plus adapté pour un grand architecte comme était Laszlo. Il résista au maximum à ces ordres-là, car l’appartement était dans un quartier tranquille où peu de monde passait et qui n’avait qu’une porte d’entrée, ce qui rendait plus facile le repérage des acheteurs de livres non autorisés.

(a2) Lire cet article « Hongrie 1956, Júlia Rajk ou le pouvoir du deuil »
https://www.cairn.info/revue-clio-femmes-genre-histoire-2015-1-page-153.htm

(a3) Officiellement c’était une orientation du gouvernement Kadar, mais dans la réalité, le gouvernement empêchait toute activité qui allait dans ce sens. La propagande gouvernementale était contre les armes nucléaires à Ouest, mais se taisait sur ces mêmes armes à l’Est.


4ème partie suite de la 1ère partie

Mihaly Csako


Mihaly Csako, après l’expérience de mai, juin 68 en France, rentre en Hongrie.
Il fait partie des intellectuels de cette époque « portés » par l’enthousiasme de la révolte internationale de la jeunesse de 68 et celle du printemps de Prague, croquant la vie et le travail intellectuel à pleine dents.

Nous avons cru comprendre (mais peut-être une mauvaise interprétation) qu’il faisait partie des espoirs du parti communiste hongrois qui espérait que bon nombre de ces jeunes deviennent des conseillers du parti.

Dans tous les cas, cela ne durera pas longtemps. La recherche sur le terrain n’était pas conforme à la réalité du parti, la vie sociale était à l’opposé de ces mêmes réalités (vie collective, dans un grand appartement…).

Mais il n’était pas encore classé comme opposant.

Michel était du genre déterminé, discret mais efficace, intellectuel résolument indépendant. Son parcours de « dissident » est semblable à celui de Laszlo Rajk. Il sera, avec János Kis (b1) et Pàl Forgacs, notre interlocuteur privilégié lors de nos voyages en Hongrie. En quelques heures d’entretien avec eux, nous avions un paysage politique complet.

Mihaly Csako avec sa compagne de l’époque (morte trop tôt) suivait de près, dans le cadre de son travail et en tant qu’opposant, toutes les minorités (religieuses, nationales, Rroms …) et les « mouvements émergeants » (écologie,…).

Au milieu des années 80, il mit au point un système qui n’avait pas de nom en Hongrie, mais que nous, porteurs de valises de France, pouvions décrire comme une bourse au travail (référence à l’histoire des Bourses du Travail en France).

Cela consistait à faire deux listes, une liste de personnes ayant perdu leur emploi car classées comme opposant et une autre liste d’emplois recherchés dans diverses institutions et entreprises.

Cette dernière liste était alimentée par des informations de salarié(e)s de ces diverses institutions et entreprises. Cette Bourse du Travail, qui n’avait pas de nom, était visiblement efficace pour énerver grandement la police, mais ce qui énervait particulièrement les autorités c’est qu’elle n’avait pas de nom.

Comment enquêter sur quelque chose qui n’a pas de nom ?

Avant la création du 1er syndicat libre et indépendant, il fit partie de la poignée de personnes qui travaillaient à sa mise « en route » : adhésions des premiers membres (clandestins), préparation du 1er congrès de ce syndicat (trouver la salle pour ce congrès, prévenir la presse) et ceci sans que la police politique ne soit au courant.

Il était particulièrement chargé, avec un petit groupe, d’acheminer les congressistes sur le lieu resté secret, et ceci à la barbe de la police.

Pal Forgacs arrive le premier, avec un petit groupe de protection, suivi des journalistes arrivés par un autre canal, qui installent leur caméra, et c’est l’arrivé des congressistes.

Pàl Forgacs déclare l’ouverture du 1er congrès du syndicat, les caméras tournent, la police ne peut pas intervenir, le syndicat est né.

Nous avons su plus tard, petit à petit et par petits bouts (car modeste, comme les résistants de France qui considéraient que c’était normale de le faire) comment lui et son groupe avait opéré, classiquement dans la clandestinité pour un évènement pareil. Il y avait plusieurs rendez-vous secondaires. Là, il n’y avait qu’un (S) rendez-vous, tout près du « Club du métro » (lieu du congrès), ce qui sans doute désorientât la police (qui peut-être n’avait pas trop envie d’intervenir, la fin du régime étant proche).

Après la création de ce premier syndicat indépendant, très rapidement d’autres syndicats se créèrent sous la présidence de Pàl Forgacs. Pendant cette période Michel exerça plusieurs responsabilités au sein du syndicat.

Compte tenu de la connaissance de Michel du syndicalisme en France, il propose de rencontrer la CGT, la CFDT, FO (peut-être la FEN) en France.

Le plus difficile a été avec la CGT qui accepta la rencontre, mais refusa toute relation (directe) avec ce syndicat.

Pàl Forgacs, avant son retrait de ses responsabilité à la tête de la Liga, demanda à Michel de devenir le correspondant de la revue lyonnaise « Diagonale Est Ouest », ce qu’il fit pendant toute la durée de cette revue.

Lors de ce travail, Mihaly Csako sera invité deux fois à l’école Anatole France de Vaulx-en-Velin pour parler de la situation en Hongrie. Il connaissait assez bien la ville de Vaulx-en-Velin et il était particulièrement intéressé par le fonctionnement de cette école publique (pédagogie Freinet). L’un de ses thème de recherche pendant de longues années était la démocratie à l’école et dans l’enseignement.

Lors d’un voyage à l’orphelinat de Recas (Roumanie) pour la journée internationale des droit de l’enfant, les élèves de cette école, accompagnés de leur enseignante, de deux emplois jeune, de mon père et moi, nous avions fait une étape à Budapest. C’est ainsi que nous avions visité le parlement hongrois, grâce au secrétaire d’ Öry Csaba, qui est venu nous chercher, nous les Vaudais, et nous étions passés devant tout la longue file d’attente, comme une délégation officielle. Michel, à ce moment doyen de la faculté de sociologie, nous a permis de résoudre un problème d’importance, lors de ce voyage.

Lors de son dernier voyage en France, il rencontra les responsables du Monde Réel de Vaulx-en-Velin, structure qui l’intéressait particulièrement notamment l’organisation de son AMAP. Il espérait son développement en Hongrie.

Il a suivi de près la gestation de la coopérative Chamarel Les Barges.

Il se faisait une joie d’assister, avec ses enfants à l’inauguration de cette coopérative d’habitants. Seule l’accélération de sa maladie l’empêchât d’être présent en septembre 2017.

Constamment solidaire des mouvements sociaux en Hongrie et dans le monde, il devint, par amitié, le correspondant du site « On vaulx mieux que ça » pour la Hongrie.

Nous lui devons de nombreux articles sur les mouvements de solidarité avec les SDF, « La ville est à Tous » (manifestations, occupations de logements vides, lutte contre les expulsions, remise en état de logements précaires, …).

vidéo d’un immeuble vide par « La ville est à Tous »

Pas de traduction, mais pouvons comprendre l’essentiel.

"Il nous informe de " La révolution des clowns " (ENFIN, ÇA BOUGE !http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article1646)

Il soutien l’initiative de Milla, mouvement citoyen pour la défense d’une presse libre, soutient aussi de la grève de la faim de journalistes pour défendre la télévision publique qui passait sous le contrôle du gouvernement, la défense de la République hongroise.


Il sera aussi à SZOLIDARITÁS, un mouvement citoyen qui au commencement regroupait 100 syndicats qui refusaient la casse du code du travail (la Hongrie servait de test pour les attaques futures du code du travail en Europe et dans le monde (b1). Ces mouvements « déplaçaient » beaucoup de monde dans la rue.

Lors de l’anniversaire de 1956, ce mouvement contesta l’appropriation de la révolution de 1956 par le gouvernement Orban et ainsi de celui de l’extrême-droite hongroise avec le renfort du FN avec Bruno Gollnisch.

Ce mouvement fut présent aux élections (deux députés) puis déclinât (b2)
Il fut aussi dans les mouvement d’étudiants, « les chemises à carreaux », la défense de l’école publique, en passant par la défense résolue des Rrom.


Avant de mourir, il avait travaillé avec des étudiants et lycéens pour mettre en place « le parlement des étudiants » un lieu de débat pour la jeunesse et de proposition de lois pour défendre les revendications de la jeunesse.

Ces jeunes viennent de lui rentre un beau hommage sur leur site, voici un extrait « Il nous a enseigné l’humanité, la tolérance, la dignité »…"non seulement ses conseils et ses réflexions étaient précieux » …

« mais il nous accompagna à plusieurs reprises, lors des tournées dans le pays, pour nous aider à écouter les étudiants locaux à comprendre leurs pensées. Il croyait à l’éducation démocratique, le mouvement étudiant indépendant, et remuait ciel et terre afin de faciliter notre travail. »…

« Sans son aide et son excellent travail aujourd’hui il n’y aurait pas du Parlement étudiant indépendant, notre travail scientifique serai moindre et surtout il y aurait beaucoup moins de monde, il nous aida a la socialisation politique des jeunes.

Reposez en paix, Mike !

https://diakparlament.blog.hu/2019/01/14/csako_mihaly_1941-2019_emlekere

Mihaly Csako, fut invité sur le plateau des Glières (b3) et ce fut un grand moment pour lui et celles et ceux qui l’écoutèrent.

Il permit un moment de solidarité avec le plus grand mouvement de grève étudiante (Lutte populaire) du Québec (2012).

Mais aussi, de façon complètement imprévue, il y eut cette rencontre avec Charles Piaget sous le chapiteau du Rhône, où Michel lui raconta l’histoire d’un de ses amis et de son épouse.


Ce couple d’amis participait à un stage de formation à Paris. A la fin de celui-ci, il restait 15 jours avant leur départ.

Ils décidèrent de faire du stop, et de passer ces 15 jours à visiter la ville où la voiture s’arrêterait. La voiture s’arrêta à Besançon, le conducteur mis au courant de leur projet, leur indiqua quelques lieux touristiques, mais aussi qu’il y avait une grève à Lip.

Et c’est ainsi que ce couple d’amis restera 15 jours à Lip où ils étudièrent de plus près la grève. Plus tard, devenu professeur d’université à Budapest, il organisera chaque année un cours sur la grève de Lip et fit jouer au « Chomageopoly » ses étudiant(e)s.

Autre moment émouvant, après son intervention sur le plateau, un ancien résistant Rrom Raymond Gûreme vint le voir, pour le remercier de son intervention sur les Rrom en Hongrie. Pour Michel ce fut le plus beau compliment de son séjour en France.

Michel était un tisseur de lien social, politique et historique.

C’est ainsi, par exemple, que le mouvement SZOLIDARITÁS, après un petit cours de formation de Michel sur le programme du CNR que ce mouvement compris l’importance de ce programme et tenta de l’intégrer dans son action.

http://www.citoyens-resistants.fr/spip.php?article294

Pour finir, la vie de Michel, comme celles et ceux de Hongrie ou d’ailleurs est là pour nous rappeler que partout dans le monde des personnes se battent et qu’il ne faut jamais renoncer à nos valeurs et inlassablement construire tous ensemble un autre monde au service de tous.

Mihaly Csako fini son discours sur le plateau des Glières par ces mots qui lui ressemblaient profondément : « Vive la Résistance, vive la République, vive la Solidarité internationale »

Au revoir Michel.

Jean Sintes

Merci aux vaudais(e)s, lyonnais(e)s, porteurs de valises, Marie-Line, Martine, Edith, Mireille, Luce, Jean-Paul (le promoteur de ces actions), Poulou, Georges, Gérard C., Gérard F., José, Alain, … ceux de Nantes, ceux de Nice et de Paris pour leurs actions de solidarité internationale. Dommage que seules quelques poignée de personnes en France aient pu être des porteurs de valises et comprendre l’enjeu qui se jouait dans ces pays dit de l’Est.

N’oublions pas le travail formidable de la revue "l’Alternative" puis de la "Nouvelle Alternative" édition Maspéro.
Et le bulletin "Solidarité avec Solidarité" de Lyon


(b1) La Hongrie : un laboratoire politique ?

Plusieurs observateurs tendent à penser qu’il s’agit là d’un véritable laboratoire politique au cœur de l’Europe. Il s’analyse à la lumière des déceptions politiques et vis-à-vis du système démocratique, qui émergent dans plusieurs endroits de l’Occident mais aussi du fait de l’essoufflement d’un modèle économique alignant les plans d’austérité qui plongent la population hongroise dans une situation de plus en plus précaire (1/3 des Hongrois vivent en dessous du seuil de pauvreté dont un million dans des conditions d’extrême misère !).
http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article2100

(b2) Un article du journal « L’Humanité »
Szolidaritás : l’espoir à gauche en Hongrie
Dimanche, 15 janvier, 2012
https://www.humanite.fr/szolidaritas-lespoir-gauche-en-hongrie

(b3) lire son intervention sur le plateau des Glières en 2012
RESISTANCE !
http://alternatifs81.fr/?p=5396


A l’enterrement de Mihály Csákó, beaucoup de roses jaune, symbole des luttes d’hier et d’aujourd’hui.

Ci-joint deux liens d’articles écrit par notre ami Mihály Csákó, l’une sur « l’histoire »* d’une chanson « la rose jaune » et l’autre sur l’enterrement d’ Árpád Göncz un homme de la Résistance et de 1956, résolument antifasciste**…Ou cette chanson fut au centre de cette cérémonie.

* Hongrie : János Bródy, Zsuzsa Koncz, liberté et espoir un long chemin.
Tu crois que la rose jaune s’ouvrira encore,
Tu crois que nous accepterons les mensonges
Tu crois que nous pardonnerons tout toujours
Tu crois que nous nierons nos rêves
Qu’il serait beau d’être ensemble parmi les fleurs, ma chérie
Il n’y a plus de fleurs, ni toi même
Pourquoi avons nous laissé les choses comme ça
Ne crois pas que cela est bon comme ça,
N’importe qui le dit
Ne crois pas que tout va bien,
N’importe qui veut t’attraper
Ne crois pas que nous sommes changés par un mot d’ordre
Ne crois pas que la rose jaune va encore s’ouvrir
https://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article1228

**

Hongrie mort et enterrement d’ Árpád Göncz. Árpád Göncz est un homme de la Résistance et de 1956, résolument antifasciste. Sous le régime d’Orbán Viktor il défend les principes de la république, Il était le dernier qui n’a pas confondu le pouvoir de l’amour avec l’amour du pouvoir.

https://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article4559


Décès de l’architecte hongrois Laszlo Rajk à l’âge de 70 ans

http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article5111


Luce Servandon une porteuse de valise, solidaire de l’opposition démocratique en Hongrie avant la chute du mur de Berlin est décédée après une longue maladie.

Les livres transportés par les porteurs de valises, alimentaient la « boutique de samizdat » dans l’appartement de László Rajk, avant la chute du mur de Berlin… Luce est morte presque en même temps que László Rajk, la porteuse de valises et le distributeur de ces livres.

MERCI LUCE, pour tes combats multiformes.


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