Les raffineurs de Grandpuits s’allient aux écologistes face au « projet de casse sociale » de Total

mercredi 17 février 2021
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Basta

Les raffineurs de Grandpuits s’allient aux écologistes face au « projet de casse sociale » de Total

par Malika Barbot 16 février 2021

Les raffineurs de Grandpuits mettent fin à leur mouvement de grève. Pour autant, le bras de fer se poursuit contre le plan social de Total. Aux côtés des écologistes, les salariés vont mettre en place d’autres modes d’actions.

Après plus de deux mois de grève contre un plan social de suppression d’emplois, les raffineurs de Grandpuits, en Seine-et-Marne, changent de mode d’action.

« Lors de la dernière assemblée générale le 11 février, nous avons décidé d’arrêter le mouvement, mais on va continuer cette lutte, sous d’autres formes. Les salariés sont fatigués », annonce Adrien Cornet, élu CGT. Trois syndicats – CFDT, Force Ouvrière, CFE-CGC – se sont prononcés en faveur d’un accord avec Total. La CGT, elle, refuse de mettre fin au bras de fer contre les licenciements.

Adrien Cornet, lors de son discours le 9 février. © Malika Barbot.

À l’occasion du dernier comité social et économique de la raffinerie le 9 février, une centaine de personnes se sont rendues devant la tour Total à la Défense, à l’appel des raffineurs et du collectif « Plus jamais ça » [1].

Une manifestation animée par une batucada et marquée par quelques tensions avec les forces de l’ordre, lorsque les grévistes ont tenté d’approcher le siège de Total. « Non, Total ne fera pas partie de la transition écologique. C’est un mensonge, un mensonge éhonté. Ils suppriment des emplois partout, par milliers, pour garantir leur profit, sans se préoccuper ni des familles ni de l’environnement », expliquait alors Adrien Cornet.

Les grévistes se sont rendus devant le siège de Total, lors du dernier CSE. © Malika Barbot

Les grévistes applaudissent les discours devant le siège de Total. © Malika Barbot

700 emplois menacés selon les salariés

D’ici 2024, Total souhaite stopper ses activités de raffinage pour lancer le projet « Galaxie » : une reconversion dans le biocarburant, le bioplastique et la mise en activité de deux centrales photovoltaïques.

La multinationale a annoncé vouloir garder 250 des 400 salariés actuels de Grandpuits. Elle évoque des départs à la retraite anticipée et des mobilités au sein de la filiale, pour le reste des employés.

De leur côté, les salariés dénoncent le plan social et alertent sur près de 700 emplois menacés, dont 200 directs. Gérard, raffineur à Grandpuits, a fait le déplacement à la Défense, malgré le froid glaçant, pour protester.

Un café dans une main, il se réchauffe auprès d’un feu qui se consume dans une brouette : « Aux 400 salariés, il faut ajouter environ 50 personnes en CDD ou intérim, ainsi que les entreprises extérieures qui font de la sous-traitance. Elles vont aussi être impactées. » Les grévistes ont pu avoir le soutien de Anas Kazib. Militant au NPA et syndicaliste à Sud-rail, il souligne l’importance de cette lutte et le sens qu’elle a, dans cette période de crise sociale et sanitaire. « Vous avez un rôle à jouer dans notre classe aujourd’hui pour son émancipation, pour qu’elle essaye d’aller chercher un souffle dans cette période. Pour lutter contre cette classe dominante qui nous asphyxie, lance le militant. Et ça, ça n’a aucun prix. C’est supérieur à toutes les grèves, qu’elles soient perdantes ou victorieuses. »


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« Coller du vernis écolo sur un projet de casse sociale »

En janvier dernier, plusieurs organisations – les Amis de la Terre, Attac, la CGT et la Confédération paysanne – publiaient un document : « Pourquoi le projet Total n’est ni écolo ni juste ».

Pour les signataires, la stratégie climat de Total se résume à du « greenwashing » justifiant la suppression d’emplois.

Étude de la commission européenne et rapports à l’appui, les organisations dénoncent l’utilisation d’agrocarburants : « Remplacer les énergies fossiles par des biocarburants est sans doute l’une des pires idées pour lutter contre le dérèglement climatique : l’effet est inverse à cause de la déforestation induite et du changement d’affectation des sols ». Concernant le recyclage du plastique, les organisations restent tout aussi sceptiques. « Sans politiques publiques pour baisser durablement la consommation de plastique, le recyclage ne restera qu’un écran de fumée », estiment-elles.

Fumigènes lors du rassemblement du 9 février. © Malika Barbot

Gérard, salarié depuis 19 ans dans l’entreprise, explique : « En fin de compte, ce que fait Total n’a rien à voir avec l’écologie. C’est pour faire beau. J’ai vu pas mal de choses changer, dont le fait de vouloir restructurer petit à petit. Là ça arrive chez nous, mais ça a commencé bien avant. Total a déjà commencé à casser les emplois, dans le Nord, sur d’autres sites. »

Le directeur de Greenpeace France, Jean-François Julliard s’insurge lui aussi de cette façade.

« On est vraiment convaincus aujourd’hui que Patrick Pouyanné (PDG de Total) et ses troupes sont là pour coller une sorte de vernis écolo sur un projet de casse sociale et ça c’est absolument insupportable », détaille-t-il.


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Une alliance rare « entre le rouge et le vert »

Chez les raffineurs, la question de l’alliance avec les écologistes revient souvent.

Elle a une dimension nouvelle et permet d’instaurer un rapport de force plus dynamique et plus solide face au géant du pétrole.

François Ruffin, député de La France insoumise tire son chapeau et encourage.

« Je dois dire que malheureusement, des combats dans le monde ouvrier j’en ai vu un paquet. Bien souvent il y avait une opposition entre les écolos et la CGT. Une opposition entre le rouge et le vert. Mais là, il y a quelque chose de nouveau que vous mettez en œuvre, souligne-t-il au micro. Je veux saluer le travail commun que vous avez fait pour démonter les arguments de Total. »

S’opposer à un projet comme celui-ci, c’est parfois faire face à des contradictions ou des doutes. Mais pour Jean-François Julliard, « si on n’arrive pas à dépasser ces contradictions, si on n’arrive pas à militer ensemble, si on n’arrive pas à trouver des solutions ensemble, on ne parviendra à rien. On n’arrivera ni à protéger les emplois ni à accomplir la transition écologique. On a absolument besoin d’être ensemble aujourd’hui ».

Des militants et militantes ont couvert la façade de Total d’affiches contre le greenwashing. © Malika Barbot

« Lors du comité social et économique de mardi [9 février], la direction a annoncé garder le cap de son projet. Un projet qui reste d’ailleurs flou sur certains points », explique Adrien Cornet. Selon lui, il manquerait une soixantaine d’emplois, notamment dans la maintenance, la sécurité et l’organisation. Un seul pompier devrait par exemple être recruté : « C’est complètement insuffisant, avec une organisation pareille, on va devenir le prochain Lubrizol », lâche-t-il, en référence à l’incendie de Rouen, le 26 septembre 2019.

« Total coupable ». 9 février 2021. © Malika Barbot


Rassemblement du 9 février. © Malika Barbot

Ce lundi 15 février, une nouvelle Assemblée générale a eu lieu à Grandpuits.

« La Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] nous soutient, assure t-il. On va continuer de se battre, par tous les moyens possibles. » Ce jeudi 18 février, à 14 heures, les raffineurs ont prévu de se rassembler devant la Direccte à Melun. Adrien Cornet conclut : « Elle a aujourd’hui dans ses mains la responsabilité de valider ou non le PSE proposé par Total. »

Malika Barbot
Photo de Une : Les salariés de Grandpuits, devant le siège de Total le 9 février 2021. © Malika Barbot.
Notes
[1] « Plus Jamais ça » regroupe des associations et syndicats, qui s’opposent à l’opposition permanente entre enjeux sociaux et environnementaux et défendent une transition juste pour lutter contre la casse sociale et le changement climatique. https://plus-jamais.org/
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