Il a annulé la présidentielle et reste au pouvoir : La dernière ruse de Bouteflika. Sit-in de protestation des avocats et magistrats devant les juridictions : La contestation du 5e mandat gagne les rangs de la justice

mardi 12 mars 2019
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : El Watan.com

Il a annulé la présidentielle et reste au pouvoir : La dernière ruse de Bouteflika

Hacen Ouali
12 mars 2019 à 9 h 50 min

Il cède sur la présidentielle mais pas sur le pouvoir. Vente concomitante. Report de l’élection présidentielle, mais Bouteflika reste aux commandes et garde la main sur le processus de « réformes politiques ».

Cédant aux pressions populaires, au lendemain de son retour au pays après une hospitalisation à Genève, le chef de l’Etat a décidé de reporter l’élection présidentielle jusqu’à la fin de l’année, assortie d’une conférence nationale « inclusive ». « Si je ne peux être candidat, l’élection présidentielle n’aura pas lieu.

Rien ne se fera sans moi encore moins contre moi », semble vouloir dire le président sortant.

Une victoire en demi-teinte pour les Algériens qui se sont mobilisés massivement depuis l’historique journée du 22 février.

Ainsi, Abdelaziz Bouteflika décide de rester au pouvoir en prolongeant son mandat présidentiel qui prendra fin le 26 avril prochain. Une violation de la Constitution à laquelle la décision du chef de l’Etat ne fait aucune référence.

Pressés par le temps – à un jour de la date fatidique de la validation ou de l’invalidation des candidatures par le Conseil constitutionnel –, les décideurs étaient contraints d’agir. D’évidence, ils sont mis en demeure de sortir de cette impasse. Étroites, les issues sont rares. Celle du 5e mandat est définitivement barrée.

Un sens interdit.

Encerclé de toutes parts, le pouvoir cherche une porte de sortie.

Il procède par une tentative de reprendre l’initiative politique. Mais aussi et surtout une manœuvre pour contourner le mouvement populaire et sa revendication de rejet de la candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat assorti d’un changement du système politique en vigueur.

C’est le scénario validé hier par les mesures prises par le président de la République.

Il va sans dire que la nouvelle démarche politique entreprise par le pouvoir ne tient pas compte des revendications exprimées vigoureusement par la rue depuis trois semaines.

Elle est vouée à être rejetée. Et fortement. Et si aux regards des « insurgés » le coup de balai dans le sérail s’impose et immédiatement, il ne serait pas suffisant pour calmer la colère de la rue.

Du replâtrage. La campagne médiatique lancée par les médias proches du régime et qui a coïncidé avec le retour de Bouteflika au pays n’a dupé personne.

Cette campagne qui s’emploie à faire croire au « bon pacha et mauvais vizir » a été brocardée par beaucoup d’Algériens sur les réseaux sociaux. Il ne sert plus à rien de ruser.

Ça ne fonctionne plus.


« Les corrompus, les affairistes, les ministres et autres clients du régime qui ont dilapidé les deniers de l’Etat sont désignés par le chef (Bouteflika). Il n’a pas été trompé, tout s’est déroulé sous ses yeux et il n’a rien fait, il a laissé faire… », réplique la rue pour mieux situer les responsabilités politiques.

Le processus insurrectionnel en cours dans le pays prend de l’ampleur, s’enracine et libère des territoires jusque-là hyper-caporalisés.

La « révolte » des juges en est un signe.

Le système se désagrège. En face, le pouvoir, fortement déstabilisé par le séisme populaire qui l’a atteint de plein fouet, ne se relève pas encore.

La nouvelle situation qui s’est créée dans le pays est allée au-delà du jeu politique mis en place par le système Bouteflika. Une rupture systémique s’est opérée dans la rue. Désormais, le peuple est devenu l’acteur central.

Il s’est imposé à la fois comme source du pouvoir et contre-pouvoir avec une capacité à bloquer les projets politiques en élaboration.

Le vent de révolte qui souffle sur le pays a désormais engagé la société dans une nouvelle phase historique qui exige des révisions déchirantes. Le pouvoir ne peut se permettre de rater ce moment décisif de l’histoire de la nation.

Il doit dans un premier temps aider et faciliter la mise en place des mécanismes devant servir d’échafaudage au nouveau système en gestation. L’ancien est déjà mort dans l’esprit des Algériens.


Source : El Watan.com

Sit-in de protestation des avocats et magistrats devant les juridictions : La contestation du 5e mandat gagne les rangs de la justice

Salima Tlemcani
12 mars 2019 à 9 h 40 min

La majorité des cours du pays ont connu hier une journée historique.

En plus d’avoir décrété le boycott des juridictions du 11 au 14 mars, des centaines d’avocats, vêtus de leurs robes, ont observé un sit-in de protestation contre le 5e mandat devant le siège de la cour d’Alger, en réponse à l’appel lancé, mercredi dernier, par l’Union nationale des barreaux d’Algérie (Unba).

Dès la matinée, plusieurs greffiers ont tenu eux aussi à exprimer leur soutien au mouvement populaire contre le 5e mandat, avant de céder la place aux robes noires qui ont envahi l’enceinte de la cour, puis les espaces extérieurs avant qu’une grande partie ne sorte dans la rue.

Pris de court, les policiers tentent de fermer le grand portail, en poussant de manière brutale la masse d’avocats.
La tension monte d’un cran et n’était le sang-froid des uns et des autres, la situation aurait tourné au vinaigre.

Pendant plus d’une heure, ils scandaient, entre autres, « Chahada tebiya, fadhiha doualiya » (attestation médicale, un scandale international), « Les avocats debout contre la violation de la Constitution », « Algérie libre et indépendante ».

Le président de l’Unba, Me Sai, déclare : « C’est la naissance de la IIe République. Les avocats ont respecté le mot d’ordre de boycott des juridictions de tout le pays, devant lesquelles des sit-in ont été observés. »

Pour ce bâtonnier de Constantine, l’Algérie vit une « situation inédite », notamment avec ce mouvement de protestation des magistrats à Béjaïa, Annaba, Tizi Ouzou et Guelma.

« Unique depuis l’indépendance du pays, ce mouvement est en adéquation avec celui du peuple. Nous espérons que ceux qui ont le pouvoir décisionnel soient à l’écoute et prennent les décisions nécessaires.

En tant qu’Union, nous avons proposé quelques solutions, à commencer par le report de l’élection, l’instauration d’une période de transition très courte, qui permettra de mener le pays vers une IIe République. »

Entourés par un dispositif policier important, les avocats ont poursuivi leur rassemblement jusqu’en fin de matinée. Les magistrats, quand à eux, estiment « avoir fait un grand pas en avant en brisant le mur de la peur ».

Dans le communiqué rendu public en fin de journée, le Club des magistrats rappelle que « les revendications du peuple algérien sont garanties par la Constitution et par les lois du pays (…) » et explique : « Nous avons un besoin urgent de changement et de réforme pour faire un saut qualitatif vers la démocratie (…). C’est le moment ou jamais d’aller de l’avant. Le corps de la magistrature est un élément essentiel dans la construction d’un Etat de droit, d’institution et de bonne gouvernance. »

La réaction de Tayeb Louh, ministre de la Justice, ne s’est pas fait attendre.

Profitant d’une cérémonie de la Journée internationale de la femme organisée hier au siège de son département, le garde des Sceaux a déclaré : « Un pouvoir judiciaire impartial, à l’abri des tiraillements politiques, et la pluralité des processus et visions constituent le gage de la sécurité et de la stabilité de la nation. »

Et de rappeler que « l’engagement des magistrats, en toutes circonstances, à se conformer à l’obligation de réserve et à s’éloigner de tout ce qui pourrait attenter à leur impartialité et à leur indépendance sont autant de valeurs qu’ils s’étaient engagés à respecter lors de la prestation de serment ».

Pour Tayeb Louh, « le magistrat doit faire preuve d’équité, de loyauté, de probité et de fidélité aux principes de la justice ».

De ce fait, il se dit convaincu que « le magistrat a pleinement conscience du poids de la responsabilité qui lui incombe ». « Le pouvoir judiciaire est conscient de sa responsabilité constitutionnelle, car constituant un pouvoir indépendant exerçant ses devoirs dans le cadre de la loi sur la base de la légalité et de l’égalité. »

Des principes que le Club des magistrats, une organisation en voie de création, a défendus à travers ses deux communiqués, dont celui rendu public hier, où il salue le mouvement populaire et appelle à un Etat de droit et à une justice indépendante.

Le Club a également demandé à ses adhérents – près d’un millier – de refuser de contrôler ou d’organiser le scrutin présidentiel et d’observer des rassemblements de protestation le 11 mars à travers les juridictions du pays.

Pour cette nouvelle organisation syndicale, « le bilan est satisfaisant » même si des rumeurs sur d’éventuelles sanctions contre son porte-parole ont fait le tour des juridictions.

« Nous allons continuer notre combat. Nous allons passer à d’autres actions incessamment pour être en adéquation avec les attentes du mouvement populaire », nous dit-on.


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