Ahmed Ben Bella : le symbole et au-delà

lundi 16 avril 2012
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Alencontre
Une interview Benjamin Stora

Ahmed Ben Bella : le symbole et au-delà

Publié par Alencontre le 12 - avril - 2012

Quelle image gardez-vous d’Ahmed Ben Bella ?

Benjamin Stora : D’abord, c’est un symbole de l’Algérie indépendante. Sa disparition intervient alors que l’Algérie s’apprête à fêter les 50 ans de son indépendance. C’est un symbole de la guerre d’indépendance contre la France. Il a été la personnalité la plus médiatisée pendant cette période. Enfin, après le coup d’État de 1965 et son emprisonnement, il est devenu un symbole pour la liberté et la démocratie.

Que retenez-vous de la présidence de Ben Bella ?

Benjamin Stora : Ce qu’on retient de la période de la présidence de Ben Bella, c’est une effervescence politique où on allait jusqu’à parler d’autogestion. Même s’il y eut la guerre des sables en 1963 (entre le Maroc et l’Algérie, ndlr) et l’interdiction de certains journaux, ce fut une période de liberté pour les Algériens. (Médiapart, 12 avril 2012)

Que représentait Ahmed Ben Bella dans l’Algérie d’aujourd’hui ?

Benjamin Stora : Il est d’abord le premier président de la République algérienne indépendante. Il a, à ce titre, une valeur mythique très forte. Il a aussi été le personnage algérien le plus médiatisé pendant la guerre d’Algérie par la presse française et internationale. Le troisième point c’est que la présidence d’Ahmed Ben Bella entre 1962 et 1965 est plutôt synonyme d’effervescence politique, de liberté dans l’imaginaire algérien. La réalité est plus complexe. Sous Ben Bella il n’y avait pas non plus de liberté absolue. Il a écrasé la révolte en Kabylie en 1963. Il y a eu aussi la guerre des sables en 1963 contre le Maroc. Mais sa pratique du pouvoir contraste avec ce que va connaître l’Algérie à partir de 1965, c’est-à-dire le coup d’État de Boumediene. Il y a un avant et un après-1965 en Algérie, l’avant-1965 étant considéré comme plus libre que l’après-1965 quand les militaires sont arrivés au pouvoir de manière visible.

Quel sens donner à sa présence lors de la dernière investiture de Bouteflika en 2009 ?

Benjamin Stora : C’était un soutien symbolique à Bouteflika, pas un soutien très politique. Un soutien nationaliste. Il avait déjà 93 ans ! C’était une marque évocatrice par rapport à ce qu’il représentait pour l’Algérie. Il représentait le passage de l’Algérie à l’indépendance. Évoquer ce personnage aujourd’hui est important au moment où on s’apprête à commémorer le cinquantième anniversaire de l’indépendance.

Comment analyser son éviction du pouvoir en 1965 ?

Benjamin Stora : Il s’agissait d’un coup d’État militaire pur et simple. L’armée a tout simplement pris le pouvoir avec la volonté de construire un État fort en Algérie en réprimant les libertés publiques, en mettant fin à cette parenthèse de confusion, d’installation difficile d’un État algérien indépendant. Il y avait la volonté d’instaurer une sorte de bonapartisme. Ben Bella avait lui-même passé un accord avec l’armée algérienne en 1962. Il était arrivé au pouvoir en s’appuyant sur ce qu’on appelait l’armée des frontières. Il était lui-même devenu un peu l’otage de cet accord politique. Trois ans plus tard, il a été destitué au profit des militaires dirigés par Boumediene depuis 1958. Boumediene voulait un État fort, la suppression des partis politiques, une presse sous surveillance. Il a interdit toute une série d’organisations. Ahmed Ben Bella restera ensuite 15 ans en prison. Il devient ainsi un personnage emblématique synonyme de privation de liberté.

Quel rôle a-t-il eu pendant la guerre d’Algérie ?

Benjamin Stora : Ahmed Ben Bella s’est engagé dans l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a combattu à Monte Cassino en 1943 et a ensuite été décoré. Il s’est engagé ensuite dans le nationalisme politique après le massacre de Sétif en 1945. Il est alors devenu le responsable de l’organisation secrète qui préparait la lutte armée. Il a été arrêté par les Français en 1950, il s’est évadé. Il est l’un des neuf chefs historiques qui ont décidé le déclenchement de cette guerre en 1954. Il n’était pas le plus connu des leaders à cette époque-là. Il est devenu plus populaire parce qu’il y a eu une importante médiatisation de son arrestation par la France en 1956. La presse égyptienne l’a fortement mis en avant. C’était un tribun, un homme qui savait parler aux populations, aux foules. Il avait un rapport charismatique à la politique. (Le Figaro, 12 avril 2012)


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