USA : Les manifestations du Black Friday de la semaine dernière illustrent parfaitement le problème des bas salaires qui sévit aux États-Unis.

mardi 3 décembre 2013
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Equal Times

2 décembre 2013

Les attaques contre les travailleurs/euses américains, État par État
Par Ari Paul

Le mouvement des employé(e)s de Walmart et les manifestations du Black Friday de la semaine dernière illustrent parfaitement le problème des bas salaires qui sévit aux États-Unis.

Des employé(e)s de Walmart et des sympathisant(e)s participent à une journée nationale de manifestations pour appeler à de meilleurs emplois et à de meilleurs salaires

(AP Photo/ Charles Rex Arbogast)

Toutefois, la droite américaine est prompte à raviver les craintes en rappelant que le président américain Barack Obama souhaite, par son ambitieuse action fédérale, imposer le socialisme.

Un rapport publié récemment indique que, entre 2011 et 2012, les droits des travailleurs/euses, les syndicats et les salaires ont subi les conséquences dévastatrices des campagnes stratégiques antisyndicales menées dans les très discrètes assemblées législatives des États.

Dans le Wisconsin, en 2011, le mouvement de protestation des citoyen(ne)s et des travailleurs/euses ordinaires n’avait pas réussi à empêcher une loi interdisant aux fonctionnaires de participer à des négociations collectives, ce qui a marqué le point de départ d’une tendance inquiétante qui se profile dans des États où l’on pensait que les droits syndicaux étaient sacro-saints.

Le rapport de l’Economic Policy Institute (Institut politique économique – EPI) basé à Washington, DC, révèle que, pendant cette période, quatre États ont adopté des lois qui limitent les salaires minimum et quatre autres ont annulé les restrictions sur le travail des enfants.

En outre, le rapport précise que « les États ont également adopté des lois qui privent les travailleurs/euses des droits relatifs aux heures supplémentaires, abrogent ou limitent les droits aux congés de maladie, compromettent la sécurité au travail et rendent plus difficiles les poursuites contre un employeur pour discrimination raciale ou sexuelle ».

Les républicains, souligne le rapport, savent depuis longtemps que les syndicats, en particulier dans le secteur public, sont largement composés de la base démocrate et que les « blue states » – les « États bleus », c’est-à-dire ceux qui votent traditionnellement pour les démocrates aux élections nationales – trouvent leur soutien dans une forte syndicalisation.

Selon le rapport, des organismes tels que la Chambre américaine de commerce et Americans for Prosperity – aidé financièrement par les frères Koch –, faisaient en sorte que les États élisent des militant(e)s antisyndicaux afin d’établir un programme d’attaque des droits des travailleurs/euses.

Dramatique

Parmi les faits les plus graves survenus dans un État à cette époque, il faut citer la législation hostile aux travailleurs/euses du secteur public du Wisconsin – un État qui a vu naître les tout premiers syndicats du secteur public du pays – et l’application de lois sur le droit à travailler, qui interdisent aux sites de travail syndicalisés de rendre obligatoire l’adhésion au syndicat, dans des États tels que le Michigan, le berceau du syndicalisme américain dans le domaine de l’automobile.

L’auteur du rapport, Gordon Lafer, économiste à l’université de l’Oregon, affirme que deux éléments ont joué en faveur des groupes d’action de droite : d’une part, la décision de la Cour suprême, en 2010, d’autoriser les entreprises à verser autant d’argent qu’elles le souhaitaient au profit des campagnes politiques et, d’autre part, la baisse de la participation des électeurs/trices à la vie politique des États.

La possibilité d’injecter de l’argent dans les campagnes a eu une incidence considérable sur la droite en 2010.

« Onze États sont récemment devenus « tout rouges », c’est-à-dire que les républicains contrôlent les trois branches du gouvernement : les deux chambres de l’assemblée législative et le bureau du gouverneur », explique Lafer dans un e-mail adressé à Equal Times.

« Ces onze États comptent notamment une série d’États du Midwest traditionnellement très travaillistes, qui ont jadis été les champs de bataille de la nation : la Pennsylvanie, l’Ohio, l’Indiana, le Michigan et le Wisconsin ».

Par ailleurs, en accordant une telle importance à la politique nationale, ces groupes de droite avaient un avantage pour rechercher des États à leur image.

« La plupart des gens ne connaissent pas les législateurs de leur État, et il est possible d’acheter assez bon marché de nombreuses batailles électorales pour les assemblées législatives des États, à environ 50.000 USD » précise Lafer.

Les républicains et les spécialistes conservateurs expliquent que les syndicats doivent faire des concessions pour que les États puissent s’employer à résoudre les déficits budgétaires et stimuler la croissance commerciale.

Rupture

Or, le rapport de l’EPI rappelle non seulement que les déficits ne sont pas le fait des syndicats, mais aussi que ces lois ont été adoptées alors que les syndicats avaient déjà travaillé avec les gouverneurs pour trouver une solution aux déséquilibres budgétaires.
« La rupture entre l’attitude antisyndicale et la nécessité budgétaire est devenue douloureusement évidente pendant le débat sur la proposition de budget du gouverneur » souligne le rapport.

Lorsque les syndicats du Wisconsin ont annoncé qu’ils avaient approuvé toutes les propositions économiques du gouverneur Walker, y compris d’importantes réductions des acquis sociaux, Walker a déclaré, bien que tout ce qu’il estimait nécessaire pour combler le déficit budgétaire lui ait été accordé, qu’aucun accord ne serait acceptable tant que les travailleurs/euses conservaient le droit de négocier.

« Deux mois plus tard, face aux questions des membres du Congrès américain, Walker a reconnu que certaines des dispositions les plus draconiennes de sa législation ne permettraient pas à l’État d’économiser quoi que ce soit ».

Même si la décision de justice de 2010 a également supprimé le plafond des sommes que les syndicats peuvent verser pour les élections, les observateurs politiques constatent que les entreprises dépensent plus que les syndicats pour les campagnes politiques.

Néanmoins, les syndicats ont eux aussi investi dans les élections au niveau des États, ce qui a généré certains résultats positifs.
Richard L Trumka, le président de la principale fédération syndicale des États-Unis, l’AFL-CIO, a déclaré après le cycle d’élections de cette année : « À New York, les électeurs ont élu le premier maire démocrate depuis des décennies.

Dans le New Jersey, les électeurs ont soutenu l’assemblée législative et voté une augmentation sans précédent du salaire minimum.

Et à SeaTac [dans l’État de Washington], les électeurs sont également sur le point de voter une augmentation sans précédent du salaire minimum ».

Obama

L’inaction de l’État fédéral n’a fait qu’aggraver ces problèmes, alors que les syndicats espéraient que l’administration Obama déferait énergiquement les mesures antisyndicales imposées par les précédentes administrations républicaines des présidents Ronald Reagan et des deux Bush.

Le Congrès, contrôlé par les démocrates aux premiers jours du règne d’Obama, n’a rien fait au sujet de l’Employee Free Choice Act (Loi sur le libre choix des employé(e)s), une des principales priorités législatives des syndicats, qui permettrait aux travailleurs/euses de se syndiquer plus facilement et imposerait des sanctions plus rigoureuses aux patrons qui feraient obstacle aux efforts de syndicalisation.

Lors de ce second et dernier mandat, au cours duquel les présidents américains peuvent généralement prendre plus de risques politiques, le choix d’Obama concernant certains responsables politiques a fait grincer bien des dents dans les rangs des syndicats.

Par exemple, la nouvelle ministre du Commerce est Penny Pritzker, qui détient une partie de la fortune du Hyatt Hotel et qui a lutté contre le syndicat des employé(e)s de l’hôtel à Chicago, la ville d’origine du président.

Les tribunaux fédéraux n’ont guère fait mieux. En effet, un tribunal a récemment jugé que les employeurs n’étaient pas obligés d’afficher de note d’information sur le lieu de travail indiquant que les employé(e)s avaient le droit de se syndiquer, alors qu’ils sont obligés d’informer les travailleurs/euses des autres droits syndicaux.

Et quand bien même l’administration voudrait lancer une bouée de sauvetage, sous la forme de nouvelles normes fédérales du travail, dans les États où les travailleurs/euses ont connu le plus d’échecs, le président se heurterait à l’opposition du Congrès, qui bloque tout ce qu’il essaie de réaliser.

« D’un point de vue politique, il semble impossible d’imaginer la moindre politique économique sérieuse de la part du Congrès au cours des deux années à venir » annonce Lafer.


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