Corée du Sud : Victoire des grévistes de Samsung après 41 jours de grève.

mardi 8 juillet 2014
par  onvaulxmieuxqueca
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« Cette lutte est historique dans le sens où c’est la première fois qu’un syndicat regroupant de nombreux travailleurs de Samsung parvient à obtenir un accord-cadre négocié collectivement en faveur des conditions de travail chez Samsung et de la reconnaissance du syndicat, ce qui ouvre une brèche dans la politique d’entreprise « zéro syndicat » que pratique Samsung depuis 76 ans ».

Source : Equal Times

Corée du Sud : Victoire des grévistes de Samsung malgré le climat de répression

8 juillet 2014

par Se-Woong Koo

Le 28 juin 2014, après 41 jours de grève, les travailleurs de Samsung Electronics Service sont parvenus à un accord de principe avec la direction sur de nombreuses questions, telles que le salaire, les conditions de travail et la syndicalisation.

Dans l’ensemble du pays, les travailleurs manifestaient depuis le 19 mai 2014, notamment au siège de Samsung Electronics à Séoul et devant la résidence du futur directeur général présumé, Lee Jae-yong, afin de protester contre l’attitude de Samsung qui, selon les dépliants syndicaux distribués lors des manifestations, réprime les activités syndicales et impose « un nombre d’heures de travail meurtrier et des conditions de travail inhumaines alors que les salaires continuent de diminuer ».

La grève a commencé après que Yeom Ho-seok(1), âgé de 34 ans, s’est suicidé dans une voiture le 17 mai à Jeongdongjin, une petite ville côtière située à l’est de la Corée du Sud.

Yeom, qui était dirigeant syndical, a expliqué son geste dans une lettre : « Je me sacrifie parce que je ne peux plus supporter le sacrifice et la douleur des autres, ni la situation difficile dans laquelle se trouvent les membres du syndicat ».

La crise entre le syndicat et la direction s’est subitement aggravée lorsque 300 policiers sont venus emporter de force le corps de Yeom, le 18 mai 2014, alors qu’il avait demandé dans sa lettre à être « incinéré et à ce que ses cendres soient dispersées ici [sur le lieu de sa mort] le jour de la victoire », et au mépris du consentement écrit de ses parents autorisant le syndicat à conserver sa dépouille, souligne un représentant syndical.

La police affirme quant à elle que seuls 80 agents avaient été envoyés sur place. Ils ont refusé de préciser sur quelles bases juridiques reposait leur présence.

Le décès de Yeom est le troisième depuis le rassemblement, l’an passé, des travailleurs du syndicat de la métallurgie Korean Metal Workers’ Union (KMWU) de la branche Samsung Electronics Service.

Dans le premier cas, le travailleur est mort d’épuisement, et dans le deuxième le travailleur s’est suicidé lui aussi pour manifester sa protestation.

Depuis la création du syndicat, les travailleurs déplorent les mesures de coercition systématiques de la part de leur entreprise qui, au sein du groupe Samsung, représente 24 % du PIB de la Corée du Sud.

Ils accusent la société d’avoir fermé trois centres de service dans lesquels un syndicat est présent et de ne pas avoir donné de travail au personnel syndiqué.

Les travailleurs, chargés des réparations après-vente pour la vaste gamme de produits de la société, déclarent que Samsung Electronics fait appel à différentes entreprises sous-traitantes qui servent d’écran à sa branche dédiée aux services, Samsung Electronics Service, afin de se soustraire à toute responsabilité juridique en ce qui concerne le salaire et le bien-être des travailleurs.

« Une sous-traitance déguisée »

Chong Hyewon, la directrice exécutive du service international du KMWU, qui représente les travailleurs contestataires, s’est félicitée de cet accord de principe.

« Cette lutte est historique dans le sens où c’est la première fois qu’un syndicat regroupant de nombreux travailleurs de Samsung parvient à obtenir un accord-cadre négocié collectivement en faveur des conditions de travail chez Samsung et de la reconnaissance du syndicat, ce qui ouvre une brèche dans la politique d’entreprise « zéro syndicat » que pratique Samsung depuis 76 ans ».

Toutefois, un porte-parole de Samsung Electronics maintient que des entreprises sous-traitantes externes, ou « collaboratrices », emploient les travailleurs contestataires même s’ils portent l’uniforme de Samsung au travail et s’ils sont envoyés par les centres d’appels de Samsung Electronics Service.

Dans un communiqué de presse au sujet de l’accord, Samsung Electronics Service a confirmé que l’entreprise considérait ces travailleurs comme des employés d’entreprises tierces, précisant qu’elle « saluait l’obtention sans heurt de l’accord entre les entreprises collaboratrices et le syndicat ».

Mais comme l’explique Jamie Doucette, professeur de géographie humaine à l’université de Manchester et expert dans le domaine du travail et de la démocratisation en Corée du Sud, le refus de Samsung de reconnaître qu’elle emploie des travailleurs syndiqués est conforme à une pratique courante des entreprises sud-coréennes.

Dans un email adressé à Equal Times, Doucette écrit : « Les syndicats internationaux tels que la Fédération internationale des travailleurs de la métallurgie ont fait pression sur la Corée pour éliminer le recours à la sous-traitance détachée ou « déguisée », qui permet d’utiliser les contrats pour maquiller des relations de travail directes et priver les travailleurs de leurs droits de négociation collective ».

L’accord du 28 juin, signé officiellement entre le KMWU et les entreprises sous-traitantes de Samsung Electronics Service, ont promis, sous réserve de confirmation, le soutien de la direction à l’égard des activités syndicales, ainsi qu’un salaire mensuel de base de 1200 USD pour chaque travailleur de la branche des services.

C’est la deuxième fois, au cours de ces derniers mois, que Samsung Electronics se retrouve sur le devant de la scène en raison de tensions avec des travailleurs.

Le 14 mai 2014, seulement trois jours avant la mort de Yeom, l’entreprise a fait part de ses excuses officielles pour la prévalence de la leucémie chez les travailleurs de l’usine de semi-conducteurs après avoir nié toute complicité pendant sept ans.

Ces excuses sont arrivées suite à l’émotion suscitée en Corée du Sud au début de l’année par le film d’un producteur indépendant, intitulé Une autre famille (ou Une autre promesse), qui relate la tragédie d’une famille dont la fille a succombé à une leucémie après avoir travaillé à l’usine de semi-conducteurs de Samsung.

Un climat de répression

La fin du conflit de Samsung Electronics Service est plutôt une bonne nouvelle pour les syndicats d’un pays où le climat de répression contre les syndicalistes s’intensifie.

De nombreux commentateurs et organisations de la société civile, telles que l’ONG de juristes Lawyers for a Democratic Society (MINBYUN), se sont interrogés sur le rôle des travailleurs intérimaires mal formés et sur le manque de rigueur des réglementations de l’État dans le naufrage du ferry sud-coréen Sewol, qui a coûté la vie à 293 personnes le 16 avril 2014.

Cependant, le gouvernement actuel s’est systématiquement rangé du côté des principaux conglomérats du pays (appelés chaebol) pour les questions liées au travail et a adopté jusqu’à présent une position fortement antisyndicale, en s’opposant à l’amélioration de la réglementation et des droits des travailleurs, qui garantiraient de manière plus satisfaisante la sécurité du public et des travailleurs.

Le 10 mars dernier, la présidente Park Geun-hye annonçait : « Une réglementation superflue doit être considérée comme notre ennemi, comparable à une tumeur cancéreuse qui continue de tuer notre corps, et c’est seulement une fois qu’elle sera éliminée grâce à tous nos efforts que nous pourrons parvenir à l’innovation économique ».

De nombreux grands syndicats sont en butte à la répression exercée par l’État depuis 18 mois, sous la présidence de Park, notamment le syndicat des travailleurs des chemins de fer Korean Railway Workers’ Union (KRWU), la confédération syndicale nationale Korean Confederation of Trade Unions (KCTU) et le syndicat des employés du gouvernement Korean Government Employees’ Union (KGEU).

Le 26 juin 2014, le syndicat d’enseignants Korean Teachers and Education Workers’ Union (KTU) a annoncé une demi-journée d’arrêt de travail et une manifestation dans le centre ville de Séoul en réaction aux sanctions prises par le gouvernement parce que le syndicat avait autorisé neuf enseignants licenciés à rester membres du syndicat.

Après cela, le ministère de l’Éducation et la police ont promis une « réaction radicale » pour toute action menée par les enseignants et ont juré d’engager des poursuites pénales à l’encontre des enseignants qui s’exprimeraient publiquement contre la présidente ou le gouvernement.

Pendant ce temps, le 28 juin 2014, le syndicat du secteur de la santéKorean Health and Medical Workers’ Union (KHMU), le syndicat des services publics et sociaux et des transports Korean Public and Social Services and Transportation Workers’ Union (KPTU), le KCTU et la Confédération nationale des agriculteurs ont tous organisé de grands rassemblements dans le centre ville de Séoul pour protester (entre autres) contre l’ouverture du marché national du riz aux entreprises étrangères, le projet du gouvernement de privatiser le système national de santé et la répression permanente à l’égard des syndicats.

Hwang Hyeon-su, le directeur international du KTU, estime que les atteintes actuelles à l’encontre des syndicats sont de nature idéologique.

« Le préjudice causé au KTU a commencé sous le mandat du précédent président, Lee Myung-bak, qui a nommé de nombreux conservateurs dans le secteur de l’économie, mais la situation s’est aggravée avec Park Geun-hye, qui s’est entourée de conservateurs à l’idéologie extrémiste de l’époque de son père [le général Park Chung-hee] » précise-t-il.

Chong, du KMWU, fait elle aussi part de ses réserves quant à l’avenir des syndicats et des droits du travail sous le mandat de l’actuelle présidente, qui « représente un conservatisme vraiment radical, fondamentalement opposé aux syndicats ».

Elle ajoute : « Cela nous replonge dans le régime dictatorial du passé, lorsque l’État réprimait les droits syndicaux et persécutait politiquement les syndicats ».

Traduit de l’anglais par Equal Times.
(1) Lire également
Corée du Sud : Suite au suicide d’un militant syndical du groupe Samsung, 300 policiers prennent d’assaut sa veillée funèbre et arrêtent 25 syndicalistes.
http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article3869


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