« On ne peut améliorer le sort de tout le monde en enrichissant toujours plus les multimilliardaires »

mardi 9 septembre 2014
par  onvaulxmieuxqueca
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Interview d’Erik Solheim est le président du Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)…
NON Erik Solheim n’est pas membre d’une organisation d’extrême gauche…


Source : EQUAL TIMES

8 septembre 2014

« On ne peut améliorer le sort de tout le monde en enrichissant toujours plus les multimilliardaires »

par Vince Chadwick

Erik Solheim est le président du Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), groupement des principaux donateurs mondiaux chargé d’évaluer le développement international et de contribuer à des engagements majeurs tels que les Objectifs du millénaire pour le développement.

À cette occasion, il partage avec Equal Times sa vision de la lutte contre l’inégalité.

Avant votre apparition au Congrès mondial de la Confédération syndicale internationale (CSI), à Berlin, en mai dernier, vous avez diffusé un tweet dans lequel vous affirmiez que les syndicats étaient « cruciaux » pour le développement – qu’entendez-vous par là ?

Nous vivons une époque de progrès sans précédents, certes, mais nous devons améliorer le sort de tout le monde. Nous devons créer de l’emploi. Les gens ne peuvent vivre uniquement des subventions. L’emploi figure au cœur du syndicalisme et la création d’emploi s’inscrit, au même titre que l’emploi décent, au cœur du développement.

Il existe des arguments extrêmement solides à faire valoir à l’appui de la réduction des inégalités dans le monde.

Des arguments moraux, pour sûr, mais aussi des arguments d’ordre économique et écologique. Des sociétés plus équitables engrangent de meilleurs résultats et sont plus productives.

On ne peut améliorer le sort de tout le monde tout en enrichissant toujours plus les multimilliardaires. Les syndicats se trouvent donc au centre des revendications pour des sociétés plus équitables à l’échelle internationale mais aussi, résolument, au niveau national.

Comment faire en sorte que l’aide profite à tout le monde dans la société et n’exacerbe pas les inégalités ? Au Ghana, par exemple, des préoccupations ont été soulevées concernant l’octroi de fonds d’aide au développement à des écoles privées au détriment du système d’enseignement public.

Je ne suis pas au fait de cet exemple spécifiquement mais en effet, tout le monde doit avoir accès à l’éducation. Il convient cependant aussi d’améliorer la qualité de l’éducation. Il faut aussi veiller à avoir un enseignement supérieur de qualité car sans enseignement supérieur vous n’aurez pas d’enseignants.

Les enseignants se trouvent au cœur de la question. L’éducation ne se limite pas aux manuels ou bâtiments scolaires : Le plus important ce sont des enseignants de qualité. Il suffit pour s’en convaincre de voir ce qui se passe dans tous les pays dits avancés du monde, c’est ce qu’il y a de plus important.

Que peuvent faire les gouvernements avec leurs budgets d’aide au développement pour encourager les entreprises à investir dans les pays en développement ?

Les budgets d’aide au développement peuvent absorber une partie du risque dans les domaines les plus difficiles. La vaste majorité des investissements est ciblée sur les pays à moyens revenus, ce qui est justifié car ils sont nécessaires. Toutefois, dans les zones les plus défavorisées d’Afrique, il convient de traiter le budget d’aide au développement comme un outil d’atténuation des risques car les entreprises en tant que telles ne peuvent générer des profits normaux, à long terme – et je ne parle pas ici de bénéfices exceptionnels ou irréalistes. Les budgets d’aide au développement sont à mêmes d’absorber une partie de ce risque, en coopération avec les entreprises privées.

Le rapport Doing Business (Pratique des affaires) du FMI fait la part belle aux pays dotés de réglementations du travail faibles en présentant ceux-ci comme des pays où il fait bon investir. Peut-on parler de tension entre des syndicats forts et des entreprises qui évaluent un pays et décident d’investir ailleurs, là où la législation du travail est plus faible ?

Je doute que vous puissiez trouver une tendance générale en ce sens. Le Brésil a été un grand favori des multinationales en termes d’investissements au cours des dix dernières années mais le pays a, dans le même temps, connu un énorme succès tant pour ce qui a trait à la réduction des inégalités que l’amélioration du sort des pauvres. Ils ont mis en place des salaires minimums et les ont même multipliés par deux ; ils ont aussi mis sur pied le programme Bolsa Familia (subvention pour la famille) destiné essentiellement aux personnes en marge du marché du travail. Le succès remporté par le Brésil dans ces domaines a été formidable.

Autre exemple, celui de la Chine, où l’on voit que le nombre de personnes qui s’organisent et passent à la négociation collective croît rapidement or rien ne semble indiquer une quelconque tendance chez les gens à ne plus vouloir investir en Chine.

Certes, des difficultés peuvent survenir quand, par exemple, certains syndicats ne sont pas juste des syndicats mais aussi des outils servant les intérêts des différents partis politiques ou toutes autres fins. On peut le voir dans certains cas quand des grèves sont uniquement organisées contre certains partis et pas d’autres. C’est ce que je nommerais du syndicalisme négatif et il est important de l’éviter.

Peut-on envisager que l’aide aille directement aux syndicats ?

Certainement, et c’est déjà le cas pour toute une série de domaines comme la formation et le renforcement des capacités. Les syndicats les mieux organisés dans certains pays développés mettent aussi en œuvre des programmes pour venir en aide aux syndicats plus faibles dans des pays en développement.

Cet article a été traduit de l’anglais.


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