2024 : année chromatique, avec l’historien Michel Pastoureau

vendredi 27 décembre 2024
par  onvaulxmieuxqueca
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Source ; France culture

2024 : année chromatique, avec l’historien Michel Pastoureau

Publié le vendredi 27 décembre 2024
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/france-culture-va-plus-loin-l-invite-e-des-matins/2024-annee-chromatique-4722128

L’année 2024 a été marquée par plusieurs couleurs : celles des Jeux Olympiques, les couleurs retrouvées de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ou encore celles de la brume.
Avec
• Michel Pastoureau Historien, directeur d’études à l’École pratique des hautes études
2024 : année grise

L’année 2024 a été la plus pluvieuse et la plus grise depuis soixante-cinq ans.

L’historien des couleurs Michel Pastoureau offre une analyse surprenante sur la couleur grise : "le gris, comme chaque couleur, présente des bons et des mauvais aspects. Au Moyen-Âge et à la Renaissance, le gris renvoie à l’espérance, à la sagesse, contrairement au noir qui est la couleur du deuil. Mais le gris renvoie également au chagrin, la tristesse, mais aussi à l’incertitude car il fait penser au brouillard."

De la dissolution parlementaire, au vote du Projet Loi de Finances et à la motion de censure du gouvernement Michel Barnier, l’incertitude a marqué la vie politique de la France en 2024. Cette instabilité politique a mis en lumière les finances publiques, dites "dans le rouge". Selon l’historien, le rouge peut symboliser le danger en faisant penser au feu et au sang : "le rouge signale un danger, l’idée est présente dans la Bible, et traverse le Moyen-Âge et l’époque moderne. Etre dans le rouge, c’est être dans la zone dangereuse. Beaucoup de pratiques de notre vie quotidienne, à commencer par la signalétique, nous montrent que le rouge invite à être prudent, voire à s’abstenir de certaines choses."

Les couleurs retrouvées de la cathédrale Notre-Dame de Paris

La présence des couleurs dans l’Église remonte à des époques très anciennes et a toujours suscité des débats, tant chez les catholiques que dans les temples protestants. Luthériens et calvinistes, par exemple, n’ont pas tout à fait les mêmes positions sur l’usage des couleurs dans les lieux de culte. Michel Pastoureau rapporte que certaines couleurs de la chapelle auraient été éclaircies ou revisitées, ce qui a engendré de nouvelles controverses. En effet, l’historien affirme que les couleurs dans les églises surprennent le public : "nous sommes parfois choqués par des couleurs jugées trop vives. Pourtant, ce rejet trahit une erreur historique. À l’époque romane, tout était peint, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des églises. À l’époque gothique, une grande partie des surfaces intérieures et extérieures était également ornée de peinture. Cela s’inscrit dans une continuité avec les temples grecs et romains, eux aussi largement polychromes."

Il ajoute ensuite que la vision de la Grèce antique comme un monde de marbre blanc est une idée reçue. Cet imaginaire a émergé d’abord à la Renaissance, puis au XVIIIe siècle avec l’art néoclassique. Les monuments et les statues de la Grèce antique étaient en réalité richement colorés, bien loin de l’image monochrome véhiculée par le cinéma, la télévision et les bandes dessinées.

Les couleurs olympiques de Paris 2024

les Jeux Olympiques ont été le grand rendez-vous de l’été 2024. Les couleurs olympiques, avec leurs cinq anneaux – bleu, noir, rouge, jaune, vert – symbolisent les cinq continents : le noir pour l’Afrique, le jaune pour l’Asie, le rouge pour l’Amérique, le bleu pour l’Europe et le vert pour l’Océanie. Michel Pastoureau rappelle qu’il en existe une sixième couleur : le blanc, couleur du fond du drapeau sur lequel se dessinent les anneaux colorés.

L’historien des couleurs revient sur l’élaboration des couleurs des Jeux Olympiques au XXème siècle : "ces couleurs ont été décidées en 1912 par des hommes âgés, qui, pour la plupart, n’avaient jamais mis les pieds ni en Afrique ni en Asie. Le drapeau olympique, conçu à cette époque, n’a cependant flotté qu’à partir des Jeux d’Anvers en 1920, la Première Guerre mondiale ayant retardé sa mise en avant.

Ce choix de couleurs reflète les sensibilités raciales de l’époque : le noir pour l’Afrique, le jaune pour l’Asie, le rouge pour l’Amérique, évoquant les « Peaux-Rouges », et le bleu pour l’Europe, souvent représentée ainsi sur les cartes géographiques depuis le XVIIIe siècle. Quant au vert, il a été attribué par élimination. Cette décision a fini par être acceptée, au point que l’Australie, par exemple, joue régulièrement dans des maillots verts ou jaune-vert."

Selon lui, c’est le blanc qui domine les autres couleurs olympiques car elle est très présente dans l’histoire du sport moderne depuis les années 1870 : "pour des raisons pratiques et hygiéniques au départ. Les vêtements blancs, salis par l’effort, sont plus faciles à laver à haute température avant l’avènement des teintures résistantes et des machines à laver."

De plus, il ajoute : "dans les sports féminins, jusqu’aux années 1950, il était mal vu pour une femme de transpirer, et on pensait que la transpiration se remarquait moins sur le blanc." C’est ainsi que des disciplines comme le tennis, l’escrime ou l’aviron ont longtemps adopté cette couleur pour les tenues.

Quant au jaune, couleur de l’or olympique, Michel Pastoureau nuance : "l’or, à l’état naturel, est polychrome. Il existe des nuances de jaune de toutes sortes. Cependant, c’est à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance qu’on commence à associer conceptuellement le jaune et l’or."

Pour aller plus loin : Michel Pastoureau, Rose : histoire d’une couleur, publié aux éditions Seuil en 2024.


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