Pierre Rosanvallon : "Il existe un sentiment que ceux qui nous représentent ne connaissent rien à nos vies"
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| Ci-dessous une interview d’un haut niveau sur les mouvements sociaux…malgré des questions des deux journalistes, qui montrent leurs méconnaissances (et références) des mouvements sociaux. Visiblement, ce n’est pas uniquement une grande partie des partis politiques qui sont éloignés de la réalité de la majorité de la population. ONMQC |
Source : France-Culture
Pierre Rosanvallon : "Il existe un sentiment que ceux qui nous représentent ne connaissent rien à nos vies"
Publié le jeudi 11 septembre 2025
Hier, le mouvement “Bloquons tout” s’est concrétisé dans plusieurs villes de France. Selon De nombreuses interpellations ont eu lieu. Au-delà du bilan immédiat de cette journée de mobilisation, que nous révèle ce mouvement né sur les réseaux sociaux de l’état de notre démocratie ?
Avec
• Pierre Rosanvallon, historien et sociologue, directeur d’études de l’EHESS en histoire et philosophie du politique
"Bloquons Tout" : l’expression d’un mécontentement diffus
Le mouvement "Bloquons tout" illustre les nouvelles formes de mobilisation en France : plus spontanées et marquées par le refus plutôt que par des revendications précises. Pour Pierre Rosanvallon, “Il faut aujourd’hui inventer des instruments de représentation de la société, de surveillance des pouvoirs, de contrôle.” Ces manifestations rappellent les "Gilets jaunes" ou "Nuits debout", révélant une société qui interroge à la fois la justice sociale et les formes de la démocratie.
La mobilisation autour de Gaza illustre un autre enjeu : “Derrière cette question du Proche-Orient, nous voyons bien aujourd’hui qu’elle est au centre de la sensibilité sociale.” Pour le sociologue, l’identification à la souffrance des Palestiniens rappelle celle des Vietnamiens pendant la guerre du Vietnam.
Un fossé entre citoyens et représentants politiques, symbole d’une démocratie à bout de souffle
L’élément central des Gilets jaunes est la révélation d’une société d’invisibles. Le sociologue souligne le décalage entre élus et citoyens : “Il existe un sentiment que ceux qui nous représentent ne connaissent rien à nos vies.” Selon lui, les partis politiques fonctionnent encore comme des machines à sélectionner des candidats, mais “ne sont plus des expressions des lieux et des moments de vie”, incapables de représenter les nouvelles attentes des citoyens. Interrogé sur l’existence de deux gauches irréconciliables, le sociologue précise que les divisions tiennent davantage aux luttes d’appareil qu’à des divergences réelles entre les militants. Le Parti socialiste, par exemple, “manque de se doter d’une nouvelle philosophie de l’économie et de la justice sociale”. Pour le sociologue, "on ne peut pas laisser enfermer le débat social dans ce débat des partis.”
La nomination de Sébastien Lecornu à Matignon marque une continuité plutôt que la rupture réclamée : “Les Français ont besoin d’une explication” affirme le sociologue. Pendant ce temps, les syndicats et les forces sociales restent largement oubliés dans la discussion publique depuis un an.
Réinventer les insitutions démocratiques
Pour le sociologue, “nous sommes à un moment où il va y avoir besoin d’une réinvention des institutions démocratiques au-delà des formes de gouvernement et des organisations de partis.”
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