Madagascar, Maroc : Gen Z en quête de justice et d’un meilleur partage des richesses

vendredi 3 octobre 2025
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : France-Culture

Madagascar, Maroc : Gen Z en quête de justice et d’un meilleur partage des richesses

Mercredi 1 octobre 2025

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/culture-de-l-info/madagascar-maroc-gen-z-en-quete-de-justice-et-d-un-meilleur-partage-des-richesses-7266587

Quatre jours de manifestations à Madagascar et aucun signe d’apaisement en vue. Quatrième journée de contestation au Maroc. Et à peu de choses près les mêmes slogans, la même colère. Enfin, quatre lettres en commun : Gen Z. Dans ce podcast, double éclairage sur deux jeunesses en lutte.

C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète et pourtant : Madagascar possède des richesses naturelles exceptionnelles, qui ne profitent pas à la population : 75% des Malgaches en effet, vivent sous le seuil de pauvreté.

Depuis jeudi dernier, la Jeune génération, celle qu’on appelle la Gen Zi ou Gen Z, nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, est dans la rue. Des défilés de centaines de personnes ont été signalés dans plusieurs grandes villes du pays comme Antsiranana (nord), Toamasina (est) et Toliara (sud).

A l’origine, le mouvement a ciblé les coupures d’eau et d’électricité incessantes, qui empoisonnent encore un peu plus la vie quotidienne, mais depuis quelques jours leurs revendications sont d’une autre nature.

Lundi dernier, le chef de l’Etat, Andry Rajoelina a annoncé le limogeage du gouvernement au complet.

Ce qui n’a pas suffi à calmer la fronde.

Des milliers de manifestants venus investir hier la "place de la Démocratie", jusqu’ alors hors d’atteinte.

Ce que n’a pas manquer d’immortaliser notre correspondante à Antananarivo Sarah Tétaud. Ils ont moins de 30 ans comme 60 % de la population malgache.

La plupart font ou ont fait des études supérieures, parlent français et sont hyperconnectés.

Certains ont vu dans les mouvements de protestation étrangers au Sri Lanka, en Indonésie ou au Népal, le déclic qui leur a donné le courage d’exprimer leur ras-le-bol.

Et quand on le questionne sur la décision dangereuse de la veille de limoger son gouvernement, la réponse de Mir est cinglante : "Ils essaient de nous faire croire que c’est le gouvernement le problème, que c’était les ministres, la source de la corruption. Mais en fait, le président, il fait partie d’un système qui est corrompu et qui veut absolument casser tout ce qui est preuve de leur corruption."

Pour ces jeunes, l’abolition d’un système de gouvernance dysfonctionnel, incapable en ces temps d’apporter des solutions pour améliorer l’accès en eau et en électricité dans le pays, doit aussi passer par la démission du président de la République.

Des milliers de jeunes se retrouvent finalement à la place tant convoitée.

C’est à ce moment là que les forces de l’ordre se mettent à réprimer la foule.

Grenades assourdissantes, gaz lacrymogènes. Les jeunes se défendent, renvoyant à mains nues les projectiles fumants sur les forces d’intervention. Une scène de guérilla urbaine qui durera jusqu’au soleil couchant, jusqu’à ce que la foule éreintée, se disperse. Le mouvement a annoncé se donner 24 h pour se concerter avec les forces vives du pays.

Selon un dernier bilan, la répression de ces manifestations a fait au moins 22 morts et une centaine de blessés.

Il semblerait que ce mouvement se donne les moyens de s’étendre. Les jeunes du collectif Gen Z à l’origine des rassemblements multiplient les appels à la solidarité en direction de leurs aînés de la génération X, celle des Malgaches nés dans les années 1960. Peu visibles dans les cortèges, nombre d’entre eux affirment pourtant voir d’un bon œil les événements actuels.

L’objectif : la démission du chef de l’Etat malgache

Depuis ses origines, ce mouvement a élargi ses revendications.

Les manifestants chaque jour plus nombreux, ont réclamé hier encore le départ du Président de la République et du Président du Sénat, ainsi que la poursuite par la justice du plus puissant homme d’affaires du pays, considéré comme le « fossoyeur » de l’île.

Mais, au-delà, est-ce que ce ne sont pas tous les dirigeants, en réalité, qui portent une responsabilité dans cette colère ?

En d’autres termes, est-ce que ces protestations se concentrent sur la seule figure du président, ou bien concernent-elles plus largement toute la classe politique ? On rappellera peut-être qu’en 2018, déjà, des manifestants avaient obtenu à l’époque la démission du président en place.

Nous avons sollicité à cet égard, Solouf Randrianja, Directeur du Laboratoire Gouvernance et Développement à l’Institut des Etudes Politiques de Madagascar avec Thomas Cluzel, dans notre journal de 12h30 : "Le partage des bénéfices des richesses est tout à fait inégal. Il y a tout un système mafieux en quelque sorte, dans les cercles du pouvoir qui monopole toutes ces richesses. Et on voit sur les réseaux sociaux de ces mêmes personnes qui profitent de ces et de ces richesses, des gens qui sont à Dubaï, qui envoient leurs enfants en Suisse faire leurs études, etc. Donc tout ça c’est un choc."

Question : dans un contexte où les espaces d’expression citoyenne en Afrique se réduisent comme peau de chagrin. est ce que cette mobilisation des jeunes malgaches ne fait pas mentir tout ceux qui regrettent finalement souvent une forme de résignation, de fatalisme face à des régimes puissants et arrogants ?

Solouf Randrianja : "Il y a eu cette période de fatalisme, de résignation face à la brutalité de ce régime, je dirais. Il y a plusieurs prisonniers politiques, par exemple, qui sont encore sous les verrous, notamment des jeunes lanceurs d’alerte. Moi, je les considère comme des prisonniers politiques, des journalistes, puis une menace qui plane.

Et tout cela a un peu découragé, disons, ceux qui s’expriment dans des formes plus classiques d’expression. Et c’est pour ça que ça a pris cette forme de Génération Z à travers les réseaux sociaux, etc.

Ça se retourne contre le président qui est lui même un consommateur de Facebook notamment. Le président symbolise et incarne cette corruption et tout ce qui est un peu contre la loi. "

L’organisation Transparency International place Madagascar au 140e rang sur 180 dans son indice de perception de la corruption et le gouvernement se montre incapable d’assurer des services de base à sa population.

Pourtant, Madagascar est riche : en nickel, en or, en titane, en cobalt, en saphirs. Elle dispose par ailleurs d’atouts agricoles et forestiers considérables.

Le mouvement appelle la fonction publique à "se joindre à la grève générale". Le principal syndicat des inspecteurs du travail ainsi que de la société nationale de distribution d’eau et d’électricité (Jirama) ont annoncé se mettre en grève.

Au Maroc, des manifestations pour plus de justice sociale

De jeunes manifestants à Rabat 29/09/2025 © AFP - Abdel Majid Bziouat

Le « mouvement Gen Z » qui coordonne les appels à manifester s’est formé en référence aux contestations du même nom au Népal, plus tôt au mois de septembre.

Au Maroc, depuis plusieurs jours, des cortèges de jeunes gens, à l’appel du groupement GenZ 212, apparu récemment via des appels à protester sur des réseaux sociaux comme Discord et dont les fondateurs sont inconnus, dénoncent les inégalités et la pauvreté, l’absence de perspectives d’avenir aussi. GenZ 212 se décrit comme un "espace de discussion" sur "des questions qui concernent tous les citoyens, comme la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption", et affirme rejeter "la violence" et agir par "amour de la patrie et du roi" Mohammed VI.

"Ce sentiment de précarité, ce sentiment d’insécurité psychique, sociale vient d’un besoin d’Etat"

Hier soir, la mobilisation en cours a dégénéré dans de nombreuses villes, avec des violences et des pillages, nous raconte Sédik Ralfi, notre correspondant au Maroc.

Des échauffourées à Oujda, mais aussi près d’Agadir, où forces de l’ordre et émeutiers se sont affrontés toute la nuit. Des dizaines de blessés sont recensés de part et d’autre. Des reculs de police et de gendarmerie ont été incendiés.

Et ce jeune percuté par un véhicule de police à Oujda. Le mouvement Gen Z de ce week end change de ton. Il avait manifesté pacifiquement, mais les autorités ont répondu par des centaines d’arrestations. Extrait d’un témoignage "Je suis un citoyen. Pourquoi vous m’arrêtez ? Donnez-moi une raison !

" La coalition gouvernementale s’est réunie en urgence et dit comprendre les aspirations de la jeunesse. Santé, éducation, corruption ou encore chômage sont au cœur des revendications pour cette jeunesse qui dénonce un Maroc à deux vitesses. Un paradoxe pour le politologue Nasser Gabriel : "Les manifestations qui ont eu lieu, c’est pour plus d’Etat. Ce n’est pas moins d’Etat mais plus d’Etat aujourd’hui pour ces nouvelles générations. ce sentiment de précarité, ce sentiment d’insécurité psychique, sociale vient d’un besoin d’Etat, l’Etat semble faible". Face à la réponse brutale des autorités. Les jeunes ont décidé d’occuper le pavé. Tous les yeux sont maintenant tournés vers ce jeune manifestant, percuté hier par une voiture de police. La wilaya de Oujda assure qu’il est toujours vivant.

Les fondateurs de Gen Z 212 ont exprimé leur "regret" face aux violences et appelé les manifestants "à respecter le caractère pacifique" de leurs protestations, selon un communiqué publié hier soir sur les réseaux sociaux.

Ces protestations interviennent dans un contexte tendu après le décès récent dans un hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour des césariennes.

Le directeur de l’hôpital et des responsables locaux ont été limogés et une enquête interne a été diligentée.
Mais lors d’une manifestation le 14 septembre des heurts ont opposé des policiers et des protestataires venus dénoncer un manque d’équipements et de médicaments dans l’établissement.


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