Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU sur les territoires palestiniens : "Je suis pro-droits humains"

vendredi 21 novembre 2025
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : France Culture

Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU sur les territoires palestiniens : "Je suis pro-droits humains"

Publié le mardi 18 novembre 2025

Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés, publie “Quand le monde dort”. Dans ce livre, elle tisse un récit autour de la Palestine à travers dix portraits, autant de témoignages qui éclairent les multiples facettes du conflit.

Avec
• Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés.
Juriste de formation, Francesca Albanese est devenue, depuis sa nomination en 2022, une voix majeure de la cause palestinienne, qualifiant dès mars 2024 la situation à Gaza de génocide. Position qui lui vaut à la fois un soutien international et de vives critiques, jusqu’aux sanctions américaines prononcées contre elle en juillet 2025.
"Je ne suis pas pro-palestinienne : je suis pro-droits humains"

Dès l’ouverture, Francesca Albanese refuse l’étiquette « pro-palestinienne » : "Je ne suis pas du tout une voix pro-palestinienne… Je suis pro-droits humains, et c’est ce que je fais en tant que rapporteuse spéciale.

" Elle critique fortement la résolution votée par le Conseil de sécurité, qu’elle considère manipulée : "La seule présence internationale qu’on devrait avoir, c’est une qui garantisse ce que la Cour internationale de Justice a demandé : retirer les troupes, démanteler les colonies, arrêter d’exploiter les ressources."

Pour elle, le cessez-le-feu n’en est pas vraiment un : "Le cessez-le-feu n’a pas été un cessez-le-feu… Il a ralenti les bombardements, mais il y a eu presque 300 morts. On a imposé un mot d’ordre pour dire “il y a la paix”, mais il n’y a pas de paix." Elle insiste sur le cadre légal défini par la Cour internationale de Justice : "La CIJ a demandé à Israël de se retirer du territoire palestinien occupé en totalité. Retirer l’armée, démanteler les colonies… au moins les 22 % restants doivent être libérés."

Sur les otages israéliens, elle condamne explicitement leur prise : "Bien sûr que je condamne la prise d’otages. C’est illégal, c’est un crime. Je condamne la prise d’otages israéliens comme je condamne la prise d’otages palestiniens." Mais elle critique également l’inaction du gouvernement israélien : "Israël n’a pas fait assez pour les libérer, parce qu’il voulait traîner cette “guerre” avec le Hamas."

Antisémitisme, Hamas, apartheid : "critiquer Israël n’est pas détester les juifs"

Francesca Albanese répond longuement aux accusations d’antisémitisme ou de minimisation : "Je suis critiquée pour mes propos sur Israël, qui ne concernent pas ce qu’Israël est, mais ce qu’Israël fait. Je souhaite uniquement qu’Israël se conforme au droit international."

Elle s’appuie sur les débats internes au monde académique israélien : "Il y a des intellectuels juifs d’Israël et d’ailleurs qui se battent contre l’antisémitisme, mais aussi contre sa manipulation."

Sur le Hamas, elle rappelle ses critiques anciennes : "J’ai travaillé à Gaza, j’ai vu comment le Hamas attaquait même les camps d’été… Il a régné avec un poing de fer. Il n’y a rien à soutenir dans un mouvement religieux qui s’impose sur les droits humains." Mais elle refuse d’interpréter le 7 octobre comme une attaque motivée par l’antisémitisme : "C’est dangereux d’insister que la matrice des attaques du 7 octobre était l’antisémitisme, car cela projette toute la population palestinienne comme des ennemis existentiels des Israéliens, et ce n’est pas le cas."

Sur l’usage du terme apartheid, elle distingue Israël et les territoires occupés : "Dans le territoire palestinien occupé, Israël garde une forme de dictature militaire. Deux systèmes légaux : la loi civile pour les colons et la loi militaire pour les Palestiniens. C’est le backbone de l’apartheid."

"Gaza est une fracture "

Francesca Albanese consacre une partie du livre à la violence vécue par les enfants palestiniens. Elle raconte longuement l’histoire de Hind : "Hind, 5 ans, était dans une voiture lorsque l’armée israélienne a tiré. Toute sa famille a été tuée. Elle a appelé la Croix-Rouge avec le téléphone du corps de sa cousine. Trois heures plus tard, plus de nouvelles… On a retrouvé la voiture frappée par plus de 350 balles."

Elle accuse la communauté internationale d’avoir échoué à empêcher la destruction de Gaza : "Les Nations unies avaient l’obligation d’arrêter la guerre." Sur les tensions en France, elle reconnaît la réalité de la peur dans les communautés juives : "Je comprends tout à fait pourquoi les communautés juives ont peur ici. Il y a des tensions avec des communautés arabes et maghrébines, et cela crée des tensions entre les communautés."

Elle condamne fermement les propos de la ministre italienne Eugenia Roccella, qui relativisait les voyages à Auschwitz : "Dire que la mémoire ne sert à rien, c’est de la folie pure. La mémoire est essentielle. Je suis ce que je suis grâce à la mémoire." Interrogée sur un éventuel engagement politique, elle répond : "Je ne suis pas devenue une figure politique. Je suis engagée pour le droit. Gaza est une fracture dans ce contexte-là." Elle conclut sur la confusion entre judaïsme et sionisme : "Il faut distinguer le sionisme du judaïsme. Beaucoup de juifs ont pris ma défense. La réalité est bien plus complexe que ce que certains veulent faire croire."

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/l-invite-e-des-matins-emission-du-mardi-18-novembre-2025-4364962


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