Hongrie : les enjeux des élections législatives vus du gros village de Nyírbogát

samedi 11 avril 2026
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : France Culture

Hongrie : les enjeux des élections législatives vus du gros village de Nyírbogát

Loin de Budapest, à l’extrême Est du pays, Nyírbogát est un autre pays, où la population Rom vit dans des taudis, où le Fidesz de Viktor Orbán règne en maître et où des voix peuvent être achetées pour un sac de pommes de terre ou du bois de chauffe pour l’hiver. Témoignages édifiants.

Par Louise Bodet • Publié le samedi 11 avril 2026 à 07:05
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-reportage-de-la-redaction/le-reportage-de-la-redaction-emission-du-samedi-11-avril-2026-2724742

En Hongrie, le leader national-populiste Viktor Orbán joue ce dimanche sa réélection lors des législatives. Le Premier ministre est malmené dans les sondages par son rival Péter Magyar, qui promet la fin de la corruption et le rétablissement de l’État de droit. L’élection va se jouer principalement dans les campagnes, car les villes et notamment Budapest, semblent aujourd’hui acquises à Péter Magyar et à son mouvement Tisza. Viktor Orbán compte sur ses fiefs ruraux réputés imprenables pour l’emporter, des petits villages sous la coupe de son parti - le Fidesz - depuis seize ans, où la carotte comme le bâton sont utilisés pour s’arroger les voix des plus vulnérables.

"Oui, j’achetais des voix à la demande de la maire du village"

Iztvan Salkar a été une petite main du système à Nyírbogát pendant plus de dix ans : "Je sais qui peut être acheté, c’est pour ça qu’ils m’ont donné de l’argent, 20 ou 30 000 forints par personne. Cela fait 50, 75 euros, pour acheter le vote et pour transporter les gens en voiture. J’ai fait ça pendant douze ans." Il y a deux mois, il a perdu sa jambe gauche après une infection mal soignée : "Après l’amputation, quand je suis rentré, Tisza, le parti de l’opposition, a organisé une collecte pour m’acheter une voiture, pour que mon fils puisse me transporter à l’hôpital pour les traitements. Mais ce n’est pas vrai que j’ai été acheté. Je ne demande pas d’argent, je veux juste dire la vérité."

Des fenêtres de sa maison où elle vit recluse depuis qu’elle est entrée en guerre contre la mairie, Erzsébet observe les allées et venues : "Ils viennent chercher les alcooliques, les plus pauvres, à une heure fixée à l’avance. Ils les emmènent au bureau de vote et ensuite ils reçoivent l’argent. C’est les mêmes voitures qui font des allers-retours dans le village. Les gens n’osent pas dire non parce que beaucoup sont employés par la mairie."

Iabor Touba est lui conseiller municipal, ancien candidat à la mairie de Nyírbogát : "Notre maire est la femme du député, elle est à l’Assemblée départementale. C’est aussi le médecin du village, le médecin du travail, la responsable de la maison de retraite. C’est elle qui prescrit les ordonnances, qui dit qui peut travailler pour la mairie ou dans une usine, qui peut recevoir du bois de chauffe sur critère social. Elle décide de tout, toute seule. C’est un système féodal." Système dont les jours sont, dit-il, comptés. "De plus en plus de gens sortent de l’ombre, ils assument qu’ils votent pour Tisza et qu’ils veulent le changement." [NDLR : contactée par téléphone, la maire dément toutes ces accusations.]

"Il y aura toujours de la corruption. Ce qui compte, c’est que les gens ordinaires s’en sortent"
Mais prudence, car les électeurs ruraux Fidesz de Viktor Orbán ne sont pas tous achetés, loin de là. Le socle électoral du Premier ministre est régulièrement sous-évalué et de nombreux Hongrois sont sincèrement attachés au parti au pouvoir. Pour les rencontrer, nous avons repris la route vers Budapest, une petite demi-heure de voiture, et on arrive à Tiszaeszlár, petit village bien propret sous le soleil. "Ce bâtiment où nous sommes a été construit grâce à la mairie. L’école maternelle a été rénovée, le centre du village s’est embelli. La place devant l’église a été réaménagée."

Comptable le matin, esthéticienne l’après-midi, Christina nous accueille dans son salon de beauté avec Margaux, sa cliente et amie, qui est aussi l’ancienne institutrice de ses filles, désormais retraitée : "Nous avons un parc formidable et mes enfants ont du travail." Tout va pour le mieux donc à Tiszaeszlár, tant que Viktor Orbán est au pouvoir et protège le pays des migrants, de Bruxelles et bien sûr de la guerre en Ukraine : "Ici, nous sommes proches de la frontière ukrainienne. Et d’après ce que j’entends, je pense qu’on a raison d’avoir peur. Mon beau-fils et mon fils ont 40 ans, l’âge d’être envoyés à la guerre."

Alors les achats de voix dans les villages, la corruption au sommet de l’État ? Oui, c’est un problème, mais ce n’est pas l’essentiel : "Il y aura toujours de la corruption. Ce qui compte, c’est que les gens ordinaires s’en sortent et je pense qu’en Hongrie, les gens comme nous, ceux qui veulent travailler, peuvent se débrouiller." Dans la balance, l’État de droit n’est pas ce qui pèse le plus lourd, mais qu’en sera-t-il demain dans les urnes ? Les sondeurs proches du gouvernement donnent Viktor Orbán gagnant, alors que les instituts indépendants accordent 7 à 20 points d’avance à son opposant Péter Magyar. Miroir de la fracture qui s’est installée en Hongrie et des réalités parallèles dans lesquelles évoluent désormais ces habitants jusque dans les campagnes hier acquises à Victor Orbán.


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