L’Inde se prépare à une démonstration d’unité ouvrière « sans précédent »

mercredi 11 décembre 2013
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Equal Times

11 décembre 2013

L’Inde se prépare à une démonstration d’unité ouvrière « sans précédent »

Plus d’un demi-million de travailleuses et travailleurs indiens devraient prendre part à une marche à New Delhi ce jeudi dans une démonstration « sans précédent » d’unité ouvrière en Inde.

Des travailleurs des quatre coins du pays se sont donné rendez-vous devant le parlement indien à Delhi, pour dénoncer les « politiques antipopulaires » du gouvernement de l’Alliance progressiste unie (United progressive alliance, UPA).

Des rassemblements et manifestations sont également prévus dans d’autres villes et localités du pays.

Si les actions collectives syndicales sont désormais relativement courantes dans les grandes métropoles comme New Delhi, une telle démonstration d’unité dans les autres États, à l’échelle du pays, est inédite.

Bien que le gouvernement de l’UPA soit reconnu pour avoir adopté une série de mesures historiques visant à améliorer les conditions de vie de plus de 800 millions d’Indiens qui vivent avec moins de 2 dollars par jour – notamment la Loi sur la sécurité alimentaire qui est fréquemment citée comme l’un des plus grands programmes de lutte contre la faim dans le monde ; l’interdiction de l’emploi de personnes dans la récupération manuelle de déchets et le nettoyage des fosses sceptiques et des égouts ; et la loi sur les vendeurs ambulants qui reconnaît les droits de 10 millions de travailleurs parmi les plus marginalisés de l’Inde – les détracteurs qualifient ces initiatives de « subterfuges » dont la finalité serait de remporter les prochaines élections générales en mai 2014 plutôt que d’éradiquer durablement la pauvreté en Inde.

« L’explosion du coût de la vie, le chômage galopant, l’ouverture de tous les secteurs aux investissements directs étrangers et le désinvestissement dans le secteur public ont plongé le pays dans une situation de crise économique », affirme DL Sachdeva, secrétaire national de l’All-India Trade Union Congress (AITUC).

« Dans ce contexte, on assiste à un soulèvement de la classe ouvrière contre l’indifférence et l’injustice dont elle est victime. C’est à présent au tour du gouvernement de faire face à des luttes plus soutenues et plus unies aux quatre coins du pays. »

Une rare démonstration d’unité

Une démonstration d’unité d’autant plus rare qu’elle verra des représentants de 11 centrales syndicales (CTUO) et de différentes fédérations nationales des secteurs des banques, des assurances, de l’énergie et des mines se rallier aux syndicats indépendants et aux travailleuses et travailleurs de l’économie informelle.

Ils soumettront conjointement au Premier ministre Manmohan Singh un protocole reprenant le cahier de revendications en 10 points présenté au mois de mai de cette année.

Celui-ci incluait une demande de rehaussement du salaire minimum et l’extension de la sécurité sociale universelle à tous les travailleurs.
« Qu’il s’agisse de la gauche, du BJP [Bharatiya Janata Party] ou du [Indian National] Congress, tous les partis lorsqu’ils ont occupé le pouvoir ont très opportunément eu tendance à ignorer les problèmes des travailleurs et c’est pourquoi toutes les CTUO ont conjugué leurs forces », a confié à Equal Times R Chandrasekharan, vice-président national de l’Indian National Trade Union Congress (INTUC).

« Quand plus d’un demi-million de personnes s’unissent, je pense que le gouvernement n’aura d’autre choix que de prendre au sérieux les problèmes de la classe laborieuse. »

La charte de revendications en dix points présentée par le comité de coordination syndical incluait l’augmentation du salaire minimum mensuel à 10000 roupies (approximativement 163 dollars), l’extension de la couverture de sécurité sociale universelle et des prestations de retraite à tous les travailleurs et des salaires (et des prestations) égaux pour les travailleurs contractuels effectuant un travail égal.

La charte réclame en outre une application plus stricte de la législation du travail, l’adoption de dispositions concrètes pour contenir l’augmentation du coût de la vie et assurer la création d’emploi, la fin du désinvestissement dans le secteur public, l’enregistrement obligatoire des syndicats à l’intérieur d’une période de 45 jours et la ratification immédiate de la Convention 87 (liberté syndicale et protection du droit syndical) et de la Convention 98 (droit d’organisation et de négociation collective) de l’OIT.

« Le 28 février 2012, le comité de coordination des syndicats a organisé une grève générale nationale [hartal en hindi]. Les 20 et 21 février 2013, le pays tout entier a été paralysé par une grève totale de 48 heures qui a contraint le Premier ministre à former un comité GoM (groupe des ministres) », indique Saji Narayanan, président national du Bharatiya Mazdoor Sangh (Syndicat indien des ouvriers, BMS).

Le 23 mai 2013, les CTUO ont adressé une lettre conjointe au Premier ministre Singh enjoignant à ce dernier d’amorcer, dans le mois, un dialogue sur leur liste de demandes.

« Mais malgré cela, il n’en a rien été », affirme Tapan Sen, secrétaire général du Centre of Indian Trade Unions (CITU).

Pour les syndicats, l’action de ce jeudi n’est qu’un début.

« Le gouvernement ne cesse de faire des promesses en l’air. Taxer les pauvres et subventionner les riches, c’est ça la politique du gouvernement. Nous poursuivrons notre lutte jusqu’au jour où nous obtiendrons des résultats », dit Narayanan.

« Forcés d’écouter »

Le secteur bancaire qui représente approximativement 75 pour cent du crédit intérieur en Inde participera à la mobilisation sous la bannière de l’United Forum of Bank Unions.

« Dans sa démarche de désinvestissement des actions au profit du secteur privé, le gouvernement sera forcé de nous écouter, sans quoi nous le forcerons à changer », a affirmé CH Venkatachalam, secrétaire général de l’All-India Bank Employees Association.

Manali Shah, secrétaire nationale de la Self-Employed Women’s Association (SEWA) a déclaré à Equal Times que cette marche représente tous les travailleurs indiens.

« Ce qui est reflété à travers cette marche c’est l’unité. La charte de revendications a été préparée unanimement et conformément à ce qui a été convenu, les actions collectives seront relayées dans les chefs-lieux de districts de tous les États.

« Les demandes présentées sont bénéfiques pour l’ensemble de la classe ouvrière, a fortiori pour les membres de notre syndicat. »
Alors que la session parlementaire d’hiver est en cours et que des élections générales sont prévues pour mai 2014, les politiciens indiens sont plus que jamais soucieux de remporter la confiance – et les votes – du peuple.

Les élections récentes à l’assemblée législative ont vu le parti Aam Aadmi (citoyen ordinaire) remporter un vif succès à l’assemblée de l’État de Delhi.

Le fait qu’un parti créé il y a tout juste un an parvienne à remporter 23 des 70 sièges à Delhi, mettant par-là même un terme à 15 années de domination du Congress Party a provoqué une onde de choc au sein des anciennes hiérarchies et patriarchies politiques indiennes.
Compte tenu du rôle essentiel que les masses indiennes auront à jouer lors des prochaines élections, le mouvement syndical tient à s’assurer que sa voix sera entendue – jeudi et par la suite.


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