À Kolbsheim, la mobilisation ne faiblit pas contre le GCO de Strasbourg

lundi 17 septembre 2018
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : Reporterre

À Kolbsheim, la mobilisation ne faiblit pas contre le GCO de Strasbourg

17 septembre 2018 / Guillaume Krempp (Reporterre)

Une manifestation a rassemblé près de 2.000 personnes à Kolbsheim, près de Strasbourg, au terme d’une semaine agitée par les violences de l’Etat. Dans le village, l’alliance entre les habitants et les zadistes est totale. Et la lutte continue.
Kolbsheim (Bas-Rhin), reportage


« Certains zadistes sont concernés par des fiches S à caractère terroriste »
 : dans la matinée du 15 septembre à Kolbsheim, tous les habitants se moquent de ces propos du préfet de la région Grand Est.

Ils trouvent l’article des Dernières Nouvelles d’Alsace qui rapporte ces propos d’autant plus drôles qu’ils n’ont pas pu le lire dans l’édition de Kolbsheim : la page où le préfet Jean-Luc Marx est citée a mystérieusement disparu des canards distribués dans le village.

« Tout le monde aide les zadistes. » Alix (le prénom a été modifié) fait partie de ces Kolbsheimois en colère depuis l’évacuation de la Zad, dans la forêt voisine.
Vêtu d’un bob gris et d’une chemise rayée, le retraité taille un plant de tomates tout en fustigeant un projet autoroutier vieux de 45 ans : « C’était l’époque du tout-voiture… »

Quelques maisons à colombages plus loin, Lucie tient le même discours en cette matinée du 15 septembre : « Les zadistes sont là pour nous défendre. Sans eux, il y aurait déjà eu les travaux. » Vendredi soir, cette habitante du village a offert « une soupe de légumes et des knacks ». De quoi nourrir une vingtaine de personnes, dont plusieurs anciens résidents des de la Zad.

Dans cette commune au cœur de la contestation anti-GCO (Grand contournement ouest de Strasbourg), le ressentiment est sur toutes les lèvres. Chacun a une anecdote sur le sentiment de ne plus être libre de se déplacer dans son propre village à cause de la présence des gendarmes. L’une n’a pas pu cueillir ses pêches car son terrain est désormais interdit d’accès. L’autre a récolté le maïs en vitesse ce matin « avant qu’il ne soit trop tard. »

Dans l’épicerie Label Hélène, le châtelain du village ne passe pas inaperçu.
Après avoir acheté cinq paquets de cigarettes, Erik Grunelius rentre chez lui. Sur le chemin, il évite le sujet du viaduc de Kolbsheim. Cette partie du Grand contournement ouest doit passer à 507 mètres de son château. Une catastrophe sonore et visuelle pour son château, classé monument historique. Son frère, Jean-Marie, est plus loquace. Depuis plus d’un an, le propriétaire du moulin éponyme de la Zad a accepté l’installation des zadistes et a payé l’utilisation de l’eau et de l’électricité. « C’était une demande de mon ami et maire de Kolbsheim, Dany Karcher », dit-il.

Retour dans le seul commerce à Kolbsheim, l’épicerie. La propriétaire a perdu sa clientèle du village voisin : « La route entre Ernolsheim et Kolbsheim a été coupée depuis l’évacuation », lundi 10 septembre. Derrière son comptoir plein de bretzels, de gelée de pot-au-feu et d’asperges artisanales, Hélène Scheffer décrit des zadistes « sympathiques, de tous les âges. » En riant, elle évoque l’idée de « vendre des lunettes de plongée » pour se protéger du gaz lacrymogène utilisé tout au long de la semaine. Avant de fermer son commerce pour l’après-midi, la commerçante résume le processus à l’œuvre à Kolbsheim : « Plus les gendarmes sont agressifs, plus nous sommes soudés. »

L’heure du rassemblement anti-GCO approche.

Vers 13h, la place devant la mairie se remplit.

Depuis plusieurs jours, les zadistes se retrouvent dans la cour de récréation de l’école.

Sous un auvent, ils peuvent y stocker leurs affaires et cuisiner.

Luigi (le prénom a été modifié) porte deux casquettes, l’une en avant, l’autre en arrière. Il apprécie les nombreux encouragements des villageois. Selon lui, « les relations avec les habitants de Kolbsheim étaient déjà constructives avant l’évacuation. Ils nous apportaient souvent de l’aide matérielle ou venaient simplement discuter le dimanche. »

Aujourd’hui, une dizaine de zadistes dorment sur un terrain laissé par une habitante.

Ils ont d’abord dormi dans le presbytère, mis à disposition depuis longtemps par la pasteure. Vers 14h, Caroline Ingrand-Hoffet s’y trouve avec plusieurs élus et membres du collectif GCO Non Merci pour organiser le rassemblement « Aux Arbres Citoyens ! » A la sortie, elle évoque l’organisation d’un lieu de parole, pour les nombreux habitants traumatisés par les interventions brutales des gendarmes tout au long de la semaine : « Il y a des gens qui pleurent, il y a des enfants qui font des cauchemars. Certaines personnes me disent ressentir en eux une violence qu’ils n’ont jamais connue. »

Depuis une semaine, le village a repris vie.

« Les gens sortent dans la rue pour parler. Il y a une reconnaissance réciproque entre les zadistes et les habitants. Mais cette solidarité a toujours existé », affirme la pasteure.

La manifestation commence. La foule remplit la rue de la Division Leclerc. Après quelques discours sur la place de la mairie, zadistes, villageois, élus et opposants de toute l’Alsace se dirigent vers la forêt amputée. Ils sont plus de 2.000 à marcher pendant une bonne demi-heure. A l’arrivée, le choc. Devant les troncs d’arbres au sol, certains filment, d’autres fustigent un « massacre ». L’accès au site de l’ancienne Zad est interdit par les gendarmes.

Interrogé par Reporterre, le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, évoque un « soutien pour les zadistes qui a explosé depuis l’évacuation, tout simplement parce que beaucoup de gens les découvrent et voient que ce ne sont pas les personnes que le préfet a décrites. »

La manifestation se termine par des prise de parole dans un pré voisin. Germaine est toujours là. Malgré ses 89 ans, cette habitante de Kolbsheim était présente lors de l’évacuation de la Zad du Moulin. Des zadistes lui chantent un hommage : « Germaine, c’est pour te dire que l’on t’aime / Germaine, matraque ou lacrymo, c’est la même. » D’une voix faible, la doyenne des opposants au GCO s’excuse de ne pas savoir que dire au micro : « Je suis très fatigué. Espérons que l’on garde un peu de cette forêt. »

Pour les opposants au GCO, les prochains rendez-vous sont fixés au tribunal administratif - en espérant que la destruction de la forêt ne se poursuivra pas d’ici là. Deux audiences concernant des procédures en référé se tiennent les 19 et 20 septembre.

Si le juge donne raison à Alsace Nature suite à la première audience, les travaux engagés seraient condamnés à cesser.

D’ici là, Michael Kugler, du collectif GCO Non Merci, appelle à se rendre à Pfettisheim et Pfulgriesheim pour s’opposer à d’autres déboisements possibles.


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