À Paris, une manifestation bouillonnante de colère

mercredi 4 avril 2018
par  onvaulxmieuxqueca
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Source : L’Huma

L’union fait leur force

Sébastien Crépel
Mardi, 3 Avril, 2018
L’Humanité
Ce premier jour de la grève unitaire à la SNCF a été très suivi, hier. Le signe d’une colère et d’une détermination qui déjouent les scénarios d’une « réforme » jouée d’avance.

Des quais vides de trains et de passagers. Les images saisissantes de gares désertées en disent plus long sur la réussite de la grève des cheminots que les chiffres fournis par la SNCF, selon laquelle ‘‘seul’’ un tiers des effectifs de l’entreprise publique (33,9 %) auraient cessé le travail hier, contre 35,4 % le 22 mars. Les trains qui n’ont pas circulé ce mardi fournissent un autre décompte : sept TGV sur huit annulés, quatre trains régionaux sur cinq (TER et Transilien) et entre 50 et 80 % des RER restés au dépôt.

Pour expliquer ce décalage, la direction a fait valoir un taux de grévistes très supérieur chez les personnels indispensables à la circulation, soumis à déclaration préalable : 48 % auraient manifesté leur « intention » de cesser le travail, dont 77 % rien que chez les conducteurs.

Un chiffre que la CGT cheminots, syndicat majoritaire, estimait pour sa part lundi soir à 83 %, et à 1 salarié sur 2 tous personnels confondus.

Reste une réalité incontournable : ce premier jour d’une grève appelée dans l’unité la plus complète par tous les syndicats représentatifs (CGT, Unsa, SUD et CFDT) contre un projet qui « vise à détruire le service public ferroviaire par pur dogmatisme », selon eux, a été particulièrement suivi.

Le signe d’un mécontentement et d’une détermination qui déjouent les scénarios d’une « réforme » plus facile à mener qu’en 1995, par exemple.

Pour cela, l’exécutif comptait, outre sur sa majorité très large à l’Assemblée nationale pour valider fissa les ordonnances, sur la bienveillance d’une opinion publique préparée depuis des années par le travail de division des salariés entre eux.

Pourtant, à rebours de cette entreprise de conditionnement et malgré l’avalanche des reportages traditionnels sur la « galère des usagers », le sentiment d’une mobilisation justifiée gagne des points dans l’opinion : 46 % sont désormais de cet avis selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche, contre 42 % quinze jours auparavant selon ce même institut pour CNews et Sud Radio. C’est davantage que la grève des transports pour les « régimes spéciaux » de 2007 (37-38 % qui l’estimaient « justifiée »).

Certes, une majorité (53 % ; - 5) reste pour l’instant plutôt de l’avis du gouvernement. Mais la dynamique n’est pas de son côté : 48 % ne souhaitent pas qu’ils mènent son projet à terme, et déjà, des secteurs cruciaux ont ‘‘basculé’’ majoritairement du côté des cheminots, à l’instar des moins de 35 ans et des catégories modestes.
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https://www.humanite.fr/rail-les-cheminots-gagnent-la-premiere-manche-653156

Source : Reporterre

À Paris, une manifestation bouillonnante de colère

3 avril 2018 / Maxime Lerolle (Reporterre)
• Paris, reportage
Le cortège n’a pas encore démarré que l’ambiance s’électrise. En ce mardi 3 avril, premier jour de la grève nationale de la SNCF, la manifestation parisienne renoue avec la virulence militante. Autour du ballon vert Sud Rail, à l’avant de la manifestation, fusent des slogans qui renouent avec la tradition communiste : « Tous ceux qui ont, ils l’ont volé/Partage du travail/Partage des richesses/ Sinon ça va péter ». D’autres fustigent la stratégie du « dialogue social » chère aux gouvernements, aux entreprises et aux directions syndicales : « C’est pas dans les salons, qu’on obtiendra satisfaction ». Enfin, quelques slogans explicitent la confrontation qui s’annonce : « De l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat/Et l’argent, on l’prendra, dans les caisses du patronat ! »

Qui a connu les manifestations contre la loi Travail en 2016 observe une petite révolution dans l’organisation de la lutte. Il y a deux ans, les grandes centrales syndicales – CGT en tête – maintenaient un cordon sanitaire rigoureux entre un cortège de tête franchement offensif et le reste du cortège, plus porté à pousser la chansonnette que des caddies dans les barrages policiers. Aujourd’hui, il n’y a pas eu de cortège de tête. Ou alors, il faut considérer l’ensemble de la manifestation – exceptés les moins nombreux militants FO et CGT à l’arrière – comme un cortège de tête, tant la manifestation bouillonnait de colère.

Dans ce joyeux bazar marchaient côte à côte cheminots de Sud Rail, étudiants et quelques postiers et personnels hospitaliers. Les premiers amenaient avec eux les fumigènes et la sono ; les deuxièmes leur savoir en matière de casse de vitrines.

Malgré la fermeté du gouvernement, les militants n’en démordent pas : pour eux, la lutte va déboucher sur quelque chose. Laurence, cheminote syndiquée à Sud Rail, esquisse une analyse de la colère : « Le conflit est latent depuis des années. La réforme actuelle a provoqué le ras-le-bol général. Aujourd’hui, les cheminots sont unanimes quant au combat à mener dans la rue. Y a matière à ce que ça pète. » Amar, un autre cheminot de Sud Rail, dresse quant à lui un tableau dramatique de la situation : « Les gens se réveillent d’une anesthésie et prennent conscience qu’en attaquant les cheminots, on s’attaque au dernier bastion qui résiste à l’économie de marché. On est en train de livrer la dernière bataille du rail. »

Et de prophétiser : « Beaucoup de cheminots sont désormais prêts à l’affrontement. On se dirige vers un grand conflit social. Après tout, c’est dans le sang qu’on a acquis nos droits sociaux. »

Côté étudiants, on se réjouit aussi de la convergence des luttes. Martin (prénom modifié) s’enthousiasme de la « bonne ambiance », qui tient selon lui aux « liens qui se créent entre les travailleurs et les cheminots, notamment à Tolbiac », et qui avaient « manqué en 2016 ».

Mais en face, les forces de l’ordre n’ont pas lésiné pour contenir l’explosion tant désirée. Peu présents au début de la manifestation, les CRS ont fait leur apparition peu avant 16h, en bloquant l’avenue Magenta, contraignant ainsi le cortège à emprunter les étroites rues du IXe arrondissement.

À 16h10 éclatent les premières échauffourées : une charge de CRS rue Maubeuge, suivie de quelques grenades lacrymogènes. Et à 16h30, un canon à eau posté rue de Chateaudun bloque définitivement la manifestation. Selon Paris-Luttes Info, on compterait deux blessés et quatre à cinq interpellations chez les manifestants.


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